L'hommage de Lula à Chavez

Voici le discours de l'ancien président du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva en hommage à  Hugo Chávez, le président du Venezuela décédé le 5 mars.

Lula da Silva elogia a Hugo Chávez tras su muerte © sucreranda Hugo Chávez Venezuela
Voici le discours de l'ancien président du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva en hommage à  Hugo Chávez, le président du Venezuela décédé le 5 mars.


La mort du camarade Chavez est, pour la politique de l'Amérique du Sud, de l'Amérique latine et je dirais pour le monde entier, une perte irréparable. Chavez était un homme fait à 80% de cœur et à 20% de raison, comme devraient l'être tous les grands hommes. Chavez pensait beaucoup à son peuple et, surtout, aux personnes les plus pauvres. J'ai eu la chance de discuter avec lui à de nombreuses reprises. Je l'ai connu aux temps du Forum de São Paulo. Plus tard, j'ai eu l'occasion de le connaître mieux quand il était Président et que moi je venais d'être élu, pour répondre à une commande de la compagnie pétrolière [vénézuélienne] PDVSA, dont les travailleurs étaient en grève. Nous avons noué une relation très forte parce que nous avions beaucoup d'affinités.

Si nous avions des divergences idéologiques, nous avions beaucoup d'affinités politiques, et nous étions d'accord sur le rôle que devait jouer la relation stratégique entre le Brésil et le Venezuela. Nous partagions la même vision sur la nécessaire relation stratégique avec les autres pays d'Amérique latine et comprenions le rôle des pays pauvres dans le face à face avec les pays du Nord, surtout en termes commerciaux et politiques. Raison pour laquelle un jour, en 2007, plutôt qu'une relation entre deux Présidents, nous avons eu celle de deux camarades. Pour éviter tout problème entre le Brésil et le Venezuela, nous nous sommes mis d'accord avec Chavez pour organiser trois ou quatre réunions bilatérales chaque année: une rencontre au Brésil, une au Venezuela afin de pouvoir mettre en place une association qui équilibre le commerce entre nos pays. De là a surgi l'idée d'une raffinerie à Berlinda.

Beaucoup disent que Chavez était un homme polémique et c'était bien qu'il le soit, parce qu'il rendait les réunions d'Unasur [Union des nations sud-américaines] et de toutes les autres rencontres très intenses, avec beaucoup de débat. Il ne laissait pas une personne paralyser une réunion. Il relançait le débat avec des sujets polémiques. Ce qui importait était sa présence, vif, à discuter des intérêts du Venezuela et de l'Amérique latine et, surtout, à discuter des intérêts des peuples les plus pauvres.

Je pense qu'un siècle ne suffit pas à produire un homme possédant les qualités de Chavez. On ne voit pas tous les jours un pays choisir une personne qui a un engagement différent envers son peuple. Chavez savait que ses raisons d'être au gouvernement impliquaient de rendre le peuple vénézuélien fier, qu'il obtienne des droits, du travail, la santé et la possibilité de faire des études. Bien sûr, il a fait face à une opposition féroce, comme nous tous en Amérique latine. Tous les gouvernements progressistes affrontent une grande adversité mais je crois que le passage du camarade Chavez au gouvernement du Venezuela a valu la peine. Cela a valu la peine non seulement pour les conquêtes mais aussi pour le symbole de ce qu'il a fait pour défendre son pays: il a rendu à son peuple la confiance en soi et a fait en sorte qu'il se mette à croire que le Venezuela était beaucoup plus grand que ce que les élites ne voulaient lui laisser croire. 

Je pense que les idées de Chavez, comme celles de Bolivar, vont perdurer longtemps, parce que l'Amérique latine vit une période exceptionnelle et Chavez en est en grande partie responsable, comme il l'est dans la création de l'Unasur, de la Celac [Communauté d'Etats latino-américains et caraïbes], du Conseil de défense de l'Unasur, du Banco del Sur et d'autres idées que nous jetions sur un papier avant d'en discuter et de les concrétiser petit à petit. J'espère que le peuple vénézuélien comprendra qu'aujourd'hui il a besoin de la paix, de maturité, de tranquillité et d'unité parce que le Venezuela ne peut pas reculer.

Le peuple vénézuélien a appris à faire confiance à son gouvernement, il a appris à se sentir fier de son pays, une valeur inestimable impossible à oublier. Il existe des divergences politiques qui perdureront, mais cela doit rester mineur dans les relations entre les partis politiques et ne pas empêcher la construction d'un climat de paix et de grande tranquillité, parce que le Venezuela a besoin de continuer à croître, à créer des emplois, de la richesse, et à améliorer la vie du peuple.

Que Dieu garde Chavez comme il le mérite! J'ai eu le plaisir de partagé huit ans avec lui comme Président et je suis fier d'avoir partager avec lui la mise en place de tant de choses positives. Je reste triste aussi de ne pas avoir fait plus. De toutes façons, cela valait la peine. Camarade Chavez, si vous n'existiez pas, il vous faudrait naître car le monde a besoin de dirigeants comme vous! Que Dieu vous bénisse!

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.