Affaire Tapie: l'objectivité du Figaro

Jean Peyrelevade critique vivement le Figaro, qui reprend la thèse de Bernard Tapie sur la vente d'Adidas le mettant directement en cause, alors qu'il n'a été nommé président du Crédit Lyonnais qu'après cette affaire.

Jean Peyrelevade critique vivement le Figaro, qui reprend la thèse de Bernard Tapie sur la vente d'Adidas le mettant directement en cause, alors qu'il n'a été nommé président du Crédit Lyonnais qu'après cette affaire.


On connaît la thèse de Bernard Tapie : il aurait été roulé et donc volé par le Crédit Lyonnais au moment de la vente d’Adidas au début de l’année 1993. Je n’ai pas arrêté de dire qu’à mon sens il n’en était rien et qu’au contraire cette vente avait été organisée pour lui éviter un défaut de paiement, donc pour le sauver.

Un certain nombre de journalistes ont repris à leur compte la thèse de M. Tapie. Tel fut le cas notamment, depuis plusieurs mois, d'Yves Thréard du Figaro. Je m’attendais naïvement que, sur un sujet de cette importance, le journaliste soucieux de vérité croise ses sources et laisse la place à un débat contradictoire.

Tel ne fut pas le cas. Au contraire. Pour essayer de donner plus de véracité à sa thèse, Bernard Tapie y a au contraire ajouté depuis fort longtemps et à de multiples reprises un élément qui me met directement en cause. Président du Crédit Lyonnais, j’aurais été l’organisateur habile du schéma qui l’aurait conduit à être dépouillé de la plus-value Adidas.

La thèse est encore reprise dans un article du Figaro du samedi 22 février dernier, sous la signature d'Yves Thréard et avec le titre suivant : « Affaire Adidas : Tapie attaque Peyrelevade ». 

Cet article violent est mensonger. Par principe, je me refuse à commenter les attaques personnelles de M. Tapie à mon encontre. En revanche, je suis très choqué quand je vois Yves Thréard, que je pensais professionnel, écrire : « L'inimitié entre les deux hommes est connue. Elle date de la vente d'Adidas à Robert Louis-Dreyfus en 1993. Opération menée via un montage off shore par le Crédit lyonnais, alors dirigé par Peyrelevade. »

Cela est grossièrement faux, et il eût été facile à Yves Thréard, s’il en avait eu envie, de vérifier ce qu’il écrivait. La vente d’Adidas a été faite, signée et bouclée, au tout début 1993, alors que je n’ai été nommé président du Crédit Lyonnais qu’en novembre 1993. M. Tapie le sait parfaitement puisque lui était bien présent lors de la vente d’Adidas. Je ne vois donc pas comment je pourrais avoir la moindre responsabilité dans un acte antérieur à ma nomination. J’ai certainement beaucoup de qualités mais pas encore le don d’ubiquité.

Indigné de cette présentation mensongère du passé, j’ai envoyé le 27 février 2014 le mail suivant à Alexis Brezet, directeur des rédactions du Figaro, pour demander sous forme d’interview l’équivalent d’un droit de réponse :

« Cher Monsieur,

Dans le journal du samedi 22 février dernier, M. Yves Thréard, une fois de plus, reprend à son compte les attaques de M. Tapie à mon égard qui sont à la fois gravement mensongères et lourdement diffamatoires.

Je ne me donnerai pas le ridicule d’attaquer en diffamation Le Figaro (dans lequel j’ai plaisir à publier de temps en temps des tribunes), ni de demander un droit formel de réponse. Je préfèrerais avoir l’occasion, qui ne m’a jusqu’à présent jamais été offerte par votre journal, de répondre par une interview aux attaques répétées dont j’y ai été l’objet.

Veuillez agréer, cher Monsieur, mes meilleures salutations.

Jean Peyrelevade » 

En dépit de plusieurs relances téléphoniques, je n’ai eu aucune réponse d’Alexis Brezet. D’où la question simple que je pose : pourquoi l’information donnée par le Figaro et M. Yves Thréard à propos de l’affaire Tapie est-elle, au moins en ce qui concerne mon rôle personnel, volontairement biaisée ?

Jean Peyrelevade, ancien président du Crédit Lyonnais 

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