Obamania: paradoxes et contradictions

Le monde entier attend d'Obama qu'il bouleverse la donne mondiale et règle ses problèmes? «Bienvenue dans la continuité», écrit Materneau Chrispin, expert en relations internationales. Et il explique pourquoi il faut tempérer l'enthousiasme qu'a suscité cette élection.

Le monde entier attend d'Obama qu'il bouleverse la donne mondiale et règle ses problèmes? «Bienvenue dans la continuité», écrit Materneau Chrispin, expert en relations internationales. Et il explique pourquoi il faut tempérer l'enthousiasme qu'a suscité cette élection.

 

 

Ca y est Barack Obama est parvenu à se faire élire président de « la nation la plus puissante sur la face de la terre ». Sa campagne électorale formidable et son élection ont soulevé un engouement et un enthousiasme sans précédent tant aux Etats-Unis que dans le monde. L'obamania est mondiale. Chacun y projette ses attentes, ses désirs ou ses espoirs. Beaucoup en Europe souhaitent que le nouveau président adopte une politique étrangère axée sur le multilatéralisme. On peut facilement y déceler un désir que, ce faisant, Obama tienne compte davantage des idées et des options de l'Europe dans la gestion des affaires mondiales. Et le plus possible sans jouer des rivalités entre la « veille et la nouvelle Europe », selon la fameuse formule de l'ancien secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld. La coopération espérée par le continent favoriserait la reconnaissance par les Etats-Unis d'un plus grand rôle politique de l'Europe dans le monde. Ce qui à son tour renforcerait et faciliterait la construction de l'Europe politique qui tarde à se matérialiser vraiment.

 

Certains pays, notamment dans le tiers-monde espère que les Etats-Unis d'Obama seront plus attentifs à leurs problèmes de développement ou faciliteront la recherche de solutions à leurs problèmes de guerre, de pauvreté ou environnementaux. Si seul le temps nous permettra de vérifier le bien-fondé de tels espoirs, je trouve ces espérances complètement démesurées. Tout ceci me fait penser à la communion universelle (ou à l'hystérie collective, c'est selon) qu'on a pu observer lors de l'entrée dans ce nouveau millénaire. On a formé tous les vœux pieux et espéré si fortement que le changement de siècle nous changerait radicalement et qu'on se mettrait tous à travailler ensemble pour la solution des grands problèmes de la planète dans une nouvelle fraternité et dans une solidarité sans faille. Force est de constater que le siècle a changé, l'écume est retombée et que nous sommes restés ce que nous nous sommes accoutumés à être. Bienvenue dans la continuité.

 

La popularité mondiale et la spécificité historique de l'élection d'Obama s'expliquent en grande partie, pour beaucoup, par le fait qu'il soit le premier noir a accédé à une telle fonction prestigieuse dans un pays où il y a une cinquantaine d'années la couleur de la peau était la base d'un système légal de ségrégation entre ses différentes composantes ethniques. On se doit de reconnaître que cette élection est une preuve de plus de la vitalité des Etats-Unis d'Amérique et de la capacité de ce pays à faire des progrès énormes dans tous les domaines et à se réinventer. Ces traits de la société américaine sont à saluer et même à louer. Toutefois, la charge symbolique de cet évènement tant elle me parait énorme, profonde pour les Américains, tant elle me semble exagérée quand elle est extrapolée à d'autres pays.

 

Et c'est là, l'un des premiers paradoxes qu'on peut identifier dans le phénomène Obama. Des sondages réalisés un peu partout dans le monde ont montré qu'une majorité écrasante de personnes voteraient pour Obama, s'ils le pouvaient. L'une des raisons d'un tel vote est liée au fait que justement d'un point de vue symbolique l'élection d'un Obama représente beaucoup pour les Etats-Unis. Elle donne l'image de l'Amérique que « nous aimons » aimer. Elle signifie aussi un progrès pour l'humanité.

 

En lisant les résultats de tels sondages, on ne peut s'empêcher de se demander si ces mêmes personnes voteraient pour un candidat issu d'une minorité ethnique (ou même d'une majorité ethnique, pour certains pays. Je pense ici notamment aux populations indigènes en Amérique du Sud) qui a été si récemment encore l'objet d'une

* Materneau Chrispin, expert en relations internationales, est diplômé de l'Académie de droit international de la Haye.

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