Billet de blog 12 févr. 2010

Les leçons du 12 février 1934

Animateurs du club Gauche avenir, les anciens ministres socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès appellent à se souvenir de la manifestation du peuple de gauche, six jours après le funeste 6 février 1934, où la République avait failli céder devant les ligues fascistes. Le 12 février, expliquent-ils en pensant à aujourd'hui, «la gauche et les républicains se mobilisent contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936».

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Animateurs du club Gauche avenir, les anciens ministres socialistes Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès appellent à se souvenir de la manifestation du peuple de gauche, six jours après le funeste 6 février 1934, où la République avait failli céder devant les ligues fascistes. Le 12 février, expliquent-ils en pensant à aujourd'hui, «la gauche et les républicains se mobilisent contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936».

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«Un retour sur le passé peut parfois aider à comprendre les contradictions de notre époque. Il ne s’agit naturellement pas de plaquer des recettes d’hier sur une situation d’aujourd’hui, mais il arrive que l’on puisse tirer des leçons utiles d’évènements forts de notre histoire.

C’est ainsi que l’on considère le 6 février 1934 comme une date noire de notre «calendrier politique». Ce jour là, une grande manifestation de l’extrême droite face à l’Assemblée nationale dégénère dans un affrontement sanglant avec les forces de l’ordre. On se souvient moins du 12 février 1934, qui vit la gauche et les républicains se mobiliser contre les ligues fascisantes, dans une dynamique unitaire qui débouchera sur le Front Populaire et permettra la victoire de la gauche en 1936.

Replongeons-nous dans le contexte de l’époque. Au lendemain du 6 février, se constituent plusieurs comités antifascistes. Ils réunissent des socialistes, des radicaux et des représentants de divers groupes de gauche, mais pas de communistes. A l’époque, de lourds clivages idéologiques persistent entre les deux grandes branches du mouvement ouvrier. Et en dépit d’un péril redoutable, les logiques d’appareils poussent chaque parti à prendre des initiatives propres et séparées. Le 9 février, le PCF et la CGTU organisent un grand rassemblement place de la République, contre le fascisme et pour dénoncer les ambiguïtés du gouvernement. La SFIO préfère, elle, relayer par une manifestation l'appel de la CGT à la grève générale pour le 12 février.

Ce jour là, le PCF décide de se joindre à la manifestation et il place des groupes et des orateurs tout le long du cortège, espérant attirer à lui les militants socialistes. Mais c’est un tout autre scénario qui va s’imposer. Le peuple de gauche a d’autres priorités que la préoccupation des dirigeants des partis d’exercer le rapport de forces. Il a sans doute une conscience plus aigue du danger et de la nécessité d’imposer une autre politique. On voit alors la base communiste se joindre au cortège socialiste et, aux cris de «Unité! Unité!», les militants des deux partis défilent côte à côte.

C’est donc un mouvement populaire puissant qui s’impose, contre la volonté des états-majors et des dirigeants des deux grands partis, malgré les ressentiments profonds qui se sont accumulés depuis près de 15 ans entre socialistes et communistes et malgré de réels désaccords idéologiques et politiques. La manifestation unitaire du 12 février 1934 préparera les esprits à l'idée du rassemblement de la gauche, des partis et, bien au-delà, des associations, des syndicats, de personnalités et d’intellectuels. C’est ainsi que le terme de Front populaire prendra tout son sens.

La crise profonde que nous vivons n’est pas comparable à celle de 1929. Certes, la situation économique et sociale est très préoccupante et des dérives inquiétantes montrent que notre société perd ses repères et que parfois, les esprits s’égarent, comme on l’a vu avec certaines réactions malsaines qui ont jalonné le récent «débat» sur l’identité nationale. Pourtant, la donne a radicalement changé, notamment en raison des nombreuses conquêtes sociales remportées depuis cette période. Quant à la menace fasciste, elle n’a fort heureusement pas la même acuité.

En revanche, l’état de la gauche, ses divisions, une surestimation de la nécessité d’affirmer un rapport de force entre partis, révèlent d’étranges similitudes. Aujourd’hui comme hier, il est à craindre que les appareils politiques soient incapables, sans une pression populaire, de se dépasser, d’offrir un nouveau cadre unitaire où pourra s’exprimer la diversité de la gauche et du mouvement écologiste, où auront envie de s’engager toutes ces femmes et hommes qui aspirent à une victoire de la gauche en 2012: une victoire pour changer leurs conditions de vie, notre société, notre mode de développement.

Dans l’histoire politique de la France, les années 30 ont été un moment d’affrontements majeurs, à forte visibilité, où les citoyens étaient interpelés. Aujourd’hui, ce qui marque notre période, c’est plutôt un apparent désintérêt et l’abstention, manifestations d’une crise démocratique et politique réelle. La division de la gauche, son incapacité à s’unir autour d’objectifs porteurs d’espoirs, les querelles personnelles, les jeux d’appareil constituent autant de facteurs aggravants. Il faut donc inventer des formes nouvelles de mobilisation citoyenne, pour imposer à nouveau le slogan «unité, unité» et lui donner un contenu, afin qu’il devienne le départ d’un nouveau rassemblement des forces populaires, porteur de progrès, d’espérance et de victoire!»

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès

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