Billet de blog 12 août 2012

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Mouloud Aounit, combattant des droits humains

Mehdi Lallaoui, président de l'association Au Nom de la Mémoire, rend hommage à son camarade de combat contre le racisme, la haine et l'intolérance: Mouloud Aounit, décédé vendredi 10 août, figure des luttes pour l'égalité des droits de ces trente dernières années et ancien président du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP).

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Notre ami Mouloud Aounit vient de nous quitter après avoir bataillé plusieurs années contre une tumeur au cerveau qui l'a finalement emporté. Ce n'est pas seulement un ami et un camarade qui nous laisse sans voix au milieu de l'été, mais avant tout, un combattant infatigable et une figure de l'anti-racisme et de la cause humaine en France. Sa gentillesse, ses petites attentions aux amis et à ceux  qui se battent pour faire respecter leur dignité, nous manquent déjà. Ses belles colères, même si parfois, elle purent sembler être excessives à certains, vont manquer aux débats démocratiques et à la défense des exclus et des sans droits.

Nous avons cheminé ensemble depuis plus de trente ans aux avant postes des luttes contre le racisme et pour l'égalité des droits. Durant ces trois décennies, Mouloud a participé à tous les combats pour la dignité humaine ; de la marche contre le racisme et pour l'égalité des droits (dite marche des Beurs) de 1983, aux mobilisations récentes aux côtés des Roms contre leur stigmatisation et leur harcèlement. Rares sont eux qui savent que Mouloud faisait partie au tout début des années quatre-vingt du petit noyau de militants et de militantes qui allaient faire resurgir de l'oubli et de l'occultation d'Etat, le massacre des travailleurs Algériens à Paris, lors de leur manifestation pacifique du 17 octobre 1961. Depuis, il était l'un des orateurs qui chaque année, sur le pont Saint-Michel, rappelait aux consciences assoupies, le désir de justice et de vérité.

A travers tous ces combats, Mouloud mettait en avant l'idée même de la République et de ses principes fondateurs. Comme beaucoup d'acteurs du monde associatif, il ne supportait pas que les citoyens soient discriminés selon leur origines géographiques ou sociales. Il ne supportait pas que les habitants de notre pays puissent avoir, seulement en théorie, des droits et des devoirs, et pour certains, les plus discriminés, plus de devoirs que de droits. Inlassablement, il avait combattu contre les promesses non tenues, tel l'octroi du droit de vote aux municipales pour les étrangers non membres de la Communauté européenne, promesse datant de 1981.

Mouloud, militant puis dirigeant du MRAP, s'est opposé avec virulence et talent à tous les Ministres de l'intérieur qui, selon une mode bien hexagonale, refondaient à chaque élection, les lois touchant aux conditions d'accueil, de séjour, de travail et d'asile des immigrés en France. Durant toute ses années où le chemin fût rude et sinueux, qui vont des mobilisations contre la réforme du code de la nationalité du duo de choc Pasqua-Pandraud jusqu'à celles récentes du nauséeux "débat" sur l'identité nationale, en poursuivant par les décrets s'attaquant aux étudiants étrangers, Mouloud fut toujours en première ligne.

Avec ses camarades du MRAP, Mouloud  était présent sur tous les fronts ou la parole peu convaincre, dénoncer, fédérer, dans l'objectif d'un société plus juste où le "Vivre ensemble" ne serait pas un slogan de circonstances. Avec son énergie et son organisation, il fut un relais efficace des luttes des travailleurs sans papiers et des déboutés du droits d'asile. Il fut sans contestation aucune, un porte-voix constant contre les discriminations (petites ou grandes), contre les violations des droits humains en France et dans le monde, et contre, parfois, l'arbitraire des administrations aux ordres des politiques répressives.

Bête noire du Front National, et aussi des rançis de la droite bêlante, il ne ratait pas une occasion d'attaquer, fusse-t-il devant les tribunaux, les dérives verbales du parti xénophobe. Jusqu'à ces dernières années et malgré sa maladie, Mouloud avait continué à être un combattant. Il était également à nos côtés au collectif d'associations contre la loi du 23 février 2005 qui avait abouti à faire abroger par le Président Chirac, le scandaleux article 4 sur le "Rôle positif de la colonisation". Il était aussi sur le terrain pour contredire les nostalgiques de l'Algérie Française et les anciens terroristes de l'OAS "blanchie" et qui, depuis quelques années, érigent des stèles dans le Sud de la France, en hommage à leurs assassins. Il était encore là pour la création de ce qui allait donner "La semaine anti-coloniale", et là encore dans les manifestations contre les guerres de reconquêtes coloniales.

L'activisme de Mouloud irritait et certaines de ses prises de position furent incomprises. Certains de ses amis du MRAP considéraient que son implication et ses interventions publiques sur l'islamophobie prenaient trop de place sur les autres thématiques du combat de l'antiracisme et de l'égalité des droits. Ces crispations internes au MRAP lui valurent alors, en 2010, sa mise en retrait, accompagnée d'une proposition de présidence d'honneur de l'association. Mouloud se battait pour que les Assemblées élues puissent être à l'image de la réalité et de la diversité de notre société. Aussi, avait-il décidé d'entrée dans l'arène politique aux côté du PCF dont il fut un compagnon de route critique.

C'est ainsi qu'à l'occasion des élections régionales de 2004, il avait  été en Ile-de-France, tête de liste du 9-3 du rassemblement "d'ouverture" de la Gauche populaire et citoyenne, initié par le Parti communiste. Sur les 8 départements représentés dans la liste, le 9-3 avait donné les meilleurs scores dans les quartiers d'habitat social où Mouloud était connu et estimé. Le non renouvellement de son mandat de Conseiller régional en 2010 lui avait laissé un goût d'amertume et de trahison. Depuis, il se consacrait au rassemblement des responsables associatifs à travers une "Convergence citoyenne" pour reconstruire l'espoir et faire de la politique une noble activité, et non une rente de situation.

Pendant longtemps encore, nous rechercherons dans nos manifestations la silhouette de Mouloud, son feutre noir sur la tête et son écharpe rouge autour du cou. Et s'il ne surgissait pas comme à l'accoutumé des rangs des protestataires pour venir nous saluer, c'est sûr que sa présence imprégnera ces cortèges et qu'il sera parmi nous. Longtemps et toujours.

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