L'International Visual Theatre en danger

L'International Visual Theatre (IVT), à Paris, est unique: des comédiens sourds s'y expriment en langue des signes. Or son existence est fragilisée par le désengagement de l'État, prévient Véronique Dubarry, membre du conseil d'administration de l'IVT, adjointe (EELV) au maire de Paris chargée du handicap.

L'International Visual Theatre (IVT), à Paris, est unique: des comédiens sourds s'y expriment en langue des signes. Or son existence est fragilisée par le désengagement de l'État, prévient Véronique Dubarry, membre du conseil d'administration de l'IVT, adjointe (EELV) au maire de Paris chargée du handicap.

 

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pave.jpgEmmanuelle Laborit, grande comédienne qui a remporté, en 1993, le Molière de la révélation théâtrale pour son interprétation dans Les Enfants du silence, auteure du Cri de la mouette, livre dans lequel elle relate son combat et sa découverte de la langue des signes, donnera lundi soir, en tant que directrice de l'International Visual Theatre (IVT), une conférence de presse pour tirer la sonnette d'alarme sur la situation de son établissement. Rien que de très banal: les établissements culturels se déclarent les uns après les autres au bord de l’agonie financière et donc tout proches de mettre la clé sous la porte.

 

Parce que l’IVT, unique en son genre, a un projet qui conjugue projets visuels et corporels et langue des signes française (LSF), la Ville de Paris accompagne ce théâtre depuis sa création. Il est donc possible que les collectivités, suppléant l'Etat, mettent la main à la poche pour venir en aide à ces établissements. Mais la plupart d'entre elles, elles-mêmes au bord de la faillite, ne peuvent qu'assister, désespérées, à la disparition de la culture de proximité pour tous et toutes.

 

La loi de 2005, jusqu'à ce qu'elle soit récemment sérieusement «rabotée» cet été, a décrété la mise en accessibilité des établissements recevant du public. Mais en ce qui concerne les lieux culturels, l'accessibilité doit aussi permettre aux personnes handicapées d'être les artistes que l'on vient voir. L'IVT fait cela et bien plus. Il permet à des actrices et à des acteurs sourds de se réaliser dans leur passion du théâtre sans pour autant s'enfermer dans une logique qui aboutirait à un théâtre pour les sourds par les sourds. Les spectacles qui y sont proposés, ouverts, mélangent allègrement les acteurs sourds et parlants, proposant des allers-retours entre les deux cultures. Parce que la LSF est une culture. L'IVT lui rend ses lettres de noblesse, langue à part entière, longtemps interdite, encore méprisée.

 

Des expériences de ce type, mêlant culture et handicap (même si, parfois, le terme même de «handicap» est récusé), il y en a quelques unes, rares. Pourtant, donner à voir le talent des personnes handicapées fait partie de ce que l'on appelle communément le «changement de regard». Si nous voulons que cette diversité puisse continuer à exister, à s’exprimer dans sa différence, nous avons la responsabilité de soutenir ceux qui la font vivre. Le seul effort des collectivités territoriales ne suffira pas à rendre la culture accessible à touTEs. L’engagement de l’Etat doit être une priorité.

 

Si demain, faute de ce soutien financier, ce type d'expérience innovante, ce genre de lieu devait au mieux survivre, au pire disparaître, c’est autant d’efforts des élus locaux mais surtout des membres d’associations, bénévoles ou salariés, qui resteront vains. Ce sera la mort de la culture pour touTEs qui permet à chacunEs d’enrichir de sa différence une société sans barrière, sans préjugé.

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