Pour un « choc » de solidarité en 2014

Le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement transmet ses vœux au président, lui demandant de « rapidement remettre les plus fragiles au cœur des politiques publiques » : des jeunes en rupture scolaires et familiale, des femmes seules avec enfants, des migrants, des personnes âgées, qui vivent à la rue ou dans des bidonvilles, qui ont un toit mais sont menacés d'expulsion ou privés de chauffage.

Le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement transmet ses vœux au président, lui demandant de « rapidement remettre les plus fragiles au cœur des politiques publiques » : des jeunes en rupture scolaires et familiale, des femmes seules avec enfants, des migrants, des personnes âgées, qui vivent à la rue ou dans des bidonvilles, qui ont un toit mais sont menacés d'expulsion ou privés de chauffage.


Loin des cotillons et des bonnes résolutions habituelles, nombre de personnes en difficulté, victimes de la crise économique, commencent cette nouvelle année dans l’incertitude de voir leurs conditions de vie s’améliorer en 2014. Certaines ont fait entendre leur voix lors de mouvements de revendications en ce début d’hiver, mais d’autres sont restées silencieuses et empruntes d’un sentiment d’impuissance. Qui souffre aujourd’hui dans notre pays ? Principalement des jeunes en rupture scolaire et familiale, des femmes seules avec enfants, des migrants, mais aussi des personnes âgées qui se retrouvent en situation de fragilité. Parmi eux, certains n’ont pas de logement, vivent à la rue ou dans des bidonvilles, d’autres ont un toit mais sont menacés d’expulsion, ne se chauffent plus ou vivent dans des taudis sous la coupe de marchands de sommeil qui abusent de leur vulnérabilité.

Le tsunami économique européen n’en a pas fini de faire des victimes, avec 8,7 millions de pauvres, 5 millions de personnes inscrites à Pôle emploi et plus de 3,6 millions de personnes mal logées. C’est en leur nom et dans ce contexte de progression inquiétante de la pauvreté et du nombre de sans abri que les 34 associations du collectif pour une nouvelle politique de lutte contre le mal-logement adressent leurs vœux au Président de la République et plus largement à la Nation. Des vœux forcément différents de ceux que nous avons l’habitude d’entendre. Mais des vœux qui invitent l’ensemble du pays à ouvrir les yeux sur la réalité des plus fragiles et à provoquer un sursaut pour engager le véritable choc de solidarité que nous demandons depuis plus d’un an. 

Notre premier vœu, sans doute le plus cher, est donc qu'ils soient aujourd'hui écoutés. Et surtout entendus. Entendus par le Président de la République afin qu'il s'engage sans relâche dans une politique de lutte contre les exclusions et les inégalités digne de ce nom, mais aussi à la veille des élections municipales par l'ensemble des élus de la Nation. Entendus, enfin, par l'ensemble de la population pour qu'elle s'engage à nos côtés pour exiger du gouvernement une réorientation courageuse de notre modèle de protection sociale qui n’est manifestement plus calibré pour répondre à l'étendue des besoins sociaux dans notre pays. Tous les jours, les associations, les centres communaux d'action sociale, les maires ou les travailleurs sociaux témoignent de l'afflux des demandes d’aides pour payer la cantine, les factures d'électricité et de chauffage ou même des soins médicaux. Alors que la pauvreté s’intensifie, les écarts de richesse ne cessent de croître. Il n'y a pourtant aucune fatalité, mais bien des choix politiques et économiques à faire et notamment une réorientation de la politique du logement. Les 500 000 nouveaux logements (dont 150 000 logements sociaux) prévus chaque année par le gouvernement seront loin d’être atteints en 2013, et le déficit va continuer à se creuser provoquant toujours plus d’exclusion.

Il faut donc, et c'est notre 2ème vœu, adopter dès le début de l'année 2014 une loi de programmation pluriannuelle de logements très sociaux ainsi qu’un grand Plan de mobilisation de logements privés à vocation sociale, en particulier dans les villes qui ne respectent pas la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU) de façon à les faire participer, si besoin sous la contrainte, à l'effort de solidarité.

Notre 3ème vœu concerne le droit au logement opposable. 30 000 ménages reconnus prioritaires Dalo n’ont pas eu de proposition de logement dans les délais fixés par la Loi. Nous demandons au Président de la République de lancer dès janvier un vaste plan de relogement en urgence pour ces personnes.

Notre 4ème vœu concerne les expulsions locatives. Dans ce contexte de crise, le risque est majeur de voir reprendre massivement les expulsions dès la fin de la trêve au mois de mars. Il faut donc sans attendre aller au devant des personnes menacées d'expulsion et donner ainsi les moyens aux acteurs sur les territoires de les accompagner, les aider à rééchelonner leur dette ou à trouver une autre solution de logement tout en dédommageant les propriétaires. Mais nous demandons aussi au Président d'instaurer un moratoire temporaire des expulsions le temps que la garantie universelle des loyers et les mesures de la loi Duflot portent leurs fruits.

Notre 5ème vœu concerne la revalorisation des APL. Ces aides au logement, qui sont vitales pour les plus modestes, viennent d’être fragilisées par le gouvernement qui avait envisagé un temps de les désindexer pour finalement les revaloriser seulement sur les 3 derniers mois de 2014.

Notre 6ème vœu concerne la fin de la gestion saisonnière de la grande exclusion. Dans un contexte très inquiétant d’augmentation de la demande d’hébergement et de saturation extrême du 115, nous demandons au Président de s’engager à ce qu’aucune personne hébergée ne soit remise à la rue à la fin du plan hivernal.

Notre 7ème vœu vise à trouver des alternatives à l’hôtel dans une stratégie de logement d’abord en accentuant la production de logements réellement accessibles aux plus démunis, en mobilisant tous les leviers disponibles : logements d’insertion gérés par les associations, intermédiation locative, pensions de famille, production de PLAI…

Notre 8ème vœu concerne la prise en compte des migrants et la réforme de l’asile. Alors que le gouvernement a annoncé une réforme de l’asile pour 2014, nous demandons au Président une loi de programmation de places en centres d'accueil de demandeurs d'asile permettant un accueil digne et respectueux des droits fondamentaux des personnes.

Notre 9ème vœu concerne le traitement des bidonvilles, dont l’actualité est très inquiétante avec des évacuations qui se poursuivent, malgré la trêve hivernale, le plus souvent sans accompagnement ni relogement des personnes. Nous demandons au Président d’engager en 2014, en lien avec les collectivités locales, un plan national de résorption des bidonvilles en recherchant des solutions respectueuses de la dignité des personnes.

Notre 10ème vœu vise à lutter contre la pauvreté des jeunes, massivement touchés par la crise économique, pour la plupart sans ressources, privés du RSA et exclus de notre système de protection sociale. Le Président souhaite faire de la jeunesse une priorité de son quinquennat : il doit s’engager sur un droit à une allocation et à une protection sociale accessible dès 18 ans, accompagnée d’une formation et d’un accompagnement vers l’insertion.

Il faut donc rapidement remettre les plus fragiles au cœur des politiques publiques. C’est une question de justice, c'est une question de solidarité, sachant qu'au final, nous en sommes convaincus, c'est toute la société qui y trouvera son compte. 

Christophe Robert (directeur général adjoint de la Fondation Abbé Pierre) et Florent Gueguen (directeur général de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale), porte-paroles du Collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement. 

 

 

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