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Le Club de Mediapart mar. 27 sept. 2016 27/9/2016 Édition de la mi-journée

Sortir Nexcis de la «vallée de la mort»

Après la décision d'EDF de fermer sa filiale, les experts scientifiques français du photovoltaïque tirent la sonnette d'alarme pour sauver la société Nexcis, située près d'Aix-en-Provence, qui produit des modules photovoltaïques made in France.

Après la décision d'EDF de fermer sa filiale, les experts scientifiques français du photovoltaïque tirent la sonnette d'alarme pour sauver la société Nexcis, située près d'Aix-en-Provence, qui produit des modules photovoltaïques made in France.


 

Il y a quelques jours a été annoncée, à l’initiative des représentants des salariés, la mise en cessation d’activité de la société Nexcis, avec une fermeture définitive possible au 31 juillet. Cette annonce secoue profondément la communauté scientifique française engagée depuis des années dans la recherche photovoltaïque afin d’améliorer, en permanence, les performances des cellules solaires et promouvoir l’innovation industrielle.

Nexcis est justement issue de travaux originaux menés depuis les années 90 dans les laboratoires français du CNRS, d’écoles d’ingénieurs et d’universités, motivés par les recherches de rupture sur les filières photovoltaïques en couches minces. Un long cheminement, également soutenu par l’Union européenne, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), l’Agence nationale de la recherche (ANR), a vu ces recherches se consolider sur le plan industriel: d'abord avec la création de l’Institut de recherche et développement sur l'énergie photovoltaïque (Irdep), en association entre EDF, le CNRS et Chimie Paris Tech, puis la création, en 2009, de la start-up Nexcis. Cette phase de développement industriel a permis également la consolidation d’une relation étroite avec les laboratoires de recherche permettant d’être en continu à la pointe de l’innovation dans ce domaine très compétitif.

En six ans, avec le soutien constant d’EDF, les résultats de Nexcis, sur le plan des performances photovoltaïques ,ont été remarquables, débouchant sur la mise au point d’une technologie originale de fabrication de modules, au meilleur niveau international. Ces résultats, reconnus internationalement par la communauté scientifique, ont également été salués de toutes parts en France comme exemplaires de l’association recherche académique-industrie pour promouvoir l’innovation industrielle dans notre pays. Tout semblait donc réuni pour qu’une nouvelle étape d’industrialisation se mette en place afin de pouvoir commencer à tirer les fruits de cette réussite. La situation actuelle de Nexcis prouve que cette marche est particulièrement difficile à franchir, et ce n’est pas pour rien que cette étape est généralement appelée « la vallée de la mort » dans le processus d’innovation industrielle.

Les raisons qui ont conduit à cette situation sont connues et objectives. Il ne s’agit pas pour nous de les balayer d’un revers de main ; elles sont économiques, et nous les comprenons. A la base, il y a la réalité d’un phénomène de consolidation de l’industrie photovoltaïque en cours au niveau mondial. Celui-ci a entraîné une crise industrielle sans précédent partout dans le monde, en particulier en Europe et en France, qui a touché de nombreux acteurs ne pouvant faire face à la concurrence du marché. Nexcis est maintenant rattrapée par ce tourbillon au moment où elle voulait effectuer sa mue industrielle, et cela peut conduire à sa disparition. Nous avons cependant le devoir d’explorer, avant qu’il ne soit trop tard, toutes les solutions susceptibles de préserver les acquis uniques portés par Nexcis dans le domaine du photovoltaïque en France.

Nous pensons que, dans le contexte de retournement de l’industrie photovoltaïque au niveau mondial, qui est en plein essor, et des enjeux liés à la transition énergétique, la fermeture de Nexcis n’est pas inéluctable et que la situation actuelle peut déboucher sur de nouvelles opportunités de déploiement industriel (exemple du phtovoltaïque intégré au bâti), compte tenu de sa pertinence technologique, de son caractère fortement innovant, et de la qualité de ses équipes. La disparition de Nexcis signifierait aussi la perte d’un démonstrateur préindustriel des technologies couches minces, qui est un maillon essentiel pour transférer rapidement les résultats de recherche et développement vers des produits innovants.

Nous demandons donc à ce que toutes les pistes soient explorées pour permettre une reprise de l’activité de Nexcis. Celle-ci peut compter sur le soutien de la communauté scientifique française pour l’accompagner également dans cette nouvelle phase.

SIGNATAIRES
Elisabeth Chassaing, directrice de recherche CNRS
Stéphane
Collin, chargé de recherche CNRS
Ludovic
Escoubas, professeur des universités
Arnaud
Etcheberry, directeur de recherche CNRS
Jean-François
Guillemoles, directeur de recherche CNRS
Jean-Paul
Kleider, directeur de recherche CNRS
Jean-Louis
Lazzari, chargé de recherche CNRS
Mustapha
Lemiti, professeur des universités,
Negar
Naghavi, chargée de recherche CNRS,
Pere
Roca i Cabarrocas, directeur de recherche CNRS
Christian
Seassal, directeur de recherche CNRS
Jean-Jacques
Simon, maître de conférence
Abdelilah
Slaoui, directeur de recherche CNRS

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Tous les commentaires

Dans tous les domaines, la France a toujours la flemme de faire évoluer ses structures, s'ils ont investit c'est qu'il devait y avoir un retour, non ? mais comment  ?.. ben ca demande une certaine reconversion, de bousculer les habitudes des gens bien assis dans leur fauteuils avec son lot d'actionnaires ... quel manque de dynamisme ! c'est idem dans la culture et le numérique, chaque organisation veut son passe droit (Hadopi et Co) au lieu de faire évoluer leur rôle à eux ! c'est aussi ce que doit faire EDF , et le gouvernement s'en fout ? On va faire culpabiliser les gens parce qu'ils ne trouvent pas de travail ? , mais le dynamisme de l'entreprise, la capacité des pouvoirs publics pourraient grandement aider la France. Pardonnez moi mais je suis révolté par leur conservatisme encrouté ! d'autant que c'est encore et toujours les mêmes qui trinquent ...

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