Pour Roberto Romero, vice-président de la région Ile-de-France, et Rodrigo Tavares, chef du bureau spécial aux affaires internationales de l’Etat de São Paulo, il est temps que les gouvernements locaux s'engagent dans de vrais partenariats internationaux, ce qu'ils sont en train de faire en faveur d'un développement urbain durable.


Les Etats apparaissent de plus en plus souvent comme des cadres d’action inadaptés : trop petits pour résoudre les problèmes globaux, comme le changement climatique ou la criminalité transnationale, trop grands pour répondre aux enjeux locaux tels l’aménagement du territoire ou la mobilité urbaine. Pour permettre de trouver un équilibre, les gouvernements locaux – villes, Etats fédérés, régions – se réinventent, et jouent un rôle de plus en plus prépondérant dans la gestion quotidienne de la vie de leurs habitants.

Selon l’agence ONU-Habitat, en 2030, 60% de la population vivra en zone urbaine. Le Forum économique mondial, lors de ses sommets en Amérique latine et en Afrique, qui se sont respectivement tenus en avril et en mai, a présenté différents scénarios dans lesquels les gouvernements locaux sont appelés à devenir les principaux acteurs de la coopération internationale et de conscientisation citoyenne. Plusieurs régions dans le monde sont plus grandes, plus peuplées et plus riches que de nombreux Etats Nations, et sont en première ligne face aux enjeux de pollution, déchets, transports, auxquels ils doivent fournir des réponses. Il est donc temps que les gouvernements locaux s’engagent dans de vrais partenariats internationaux, pour que leurs habitants puissent bénéficier d'innovations et d'expertises ayant déjà fait leurs preuves ailleurs dans le monde. Il est temps que ces acteurs se positionnent à l’échelle internationale, pour y promouvoir leurs intérêts et y faire connaître leurs besoins. C’est ce que leur offre aujourd’hui la coopération décentralisée.

Attentifs à cette tendance, l’Etat le plus riche d’Amérique latine et la première région d’Europe – la plus avancée dans la conversion écologique et sociale – ont lancé le programme de coopération « 2014, Année d’Ile-de-France et de São Paulo pour le développement urbain durable ». Ce partenariat a été établi, en décembre, sous le patronage du président de la République française, François Hollande. Il garantit que, en 2014, les deux régions s’engagent fortement pour la promotion du développement urbain durable, en se concentrant sur les transports, l’énergie, le logement, l’assainissement et la dépollution de fleuves, l’environnement. L’accord repose sur un plan de travail qui compte plus de vingt initiatives communes dans ces différents domaines. 

Les zones métropolitaines d’Ile-de-France et de São Paulo totalisent ensemble 34 millions d’habitants – ce qui correspond à la population du Canada. Malgré l’hétérogénéité de ces territoires, les responsables paulistes et franciliens sont confrontés aux mêmes enjeux : transports, pollution, logement. Et Ils partagent les mêmes préoccupations : l’amélioration du cadre et de la qualité de vie des habitants de leur territoire.

Les deux régions ont fait le choix d’un partenariat pragmatique et non protocolaire, qui doit apporter des réponses concrètes. L’Etat de São Paulo va ainsi mobiliser l’expertise et l’expérience franciliennes pour mettre en place une autorité organisatrice des transports. Appuyé par le Syndicat des transports d’Ile-de-France, il entend ainsi proposer des solutions qui ont déjà prouvé leur efficacité dans l’amélioration de la mobilité urbaine. De son côté, le Conseil régional d’Ile-de-France, qui a décidé de faire de l’action internationale un outil au service du développement de son territoire, trouve dans la coopération avec l’Etat de São Paulo une vitrine et des débouchés pour son expertise et ses savoir-faire, en particulier en matière d’innovation dans la ville durable.

En mai, ce partenariat franchit un cap important. Durant la semaine de l’environnement, qui vient de se tenir à São Paulo, des représentants d’Ile-de-France ont participé à un séminaire et à des visites techniques sur l’eau et l’assainissement. A été abordée la dépollution des fleuves Tietê et Pinheiros, qui traversent l’Etat de São Paulo. L’expérience positive de la dépollution de la Seine, engagée par le Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap) a été partagée avec les Brésiliens. En juin, le pôle de compétitivité francilien Advancity, qui réunit des entreprises, des centres de formation et des centres de recherche sur le thème du développement durable, sera à São Paulo dans le cadre du projet Serra do Mar. Ce programme de logements sociaux, pionnier en la matière et porté par le gouvernement de l’Etat de São Paulo, permettra aux Franciliens de proposer des technologies durables en matière de logements et d’infrastructures, dans une des régions à la biodiversité la plus riche d’Amérique du Sud.

Enfin, São Paulo étant l’un des plus grands producteurs et consommateurs mondiaux d’énergies renouvelables, des rencontres seront organisées en France avec le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, l’Agence régionale de l’environnement et des énergies renouvelables en Ile-de-France et EDF, visant une coopération sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, ainsi que la création d’un réseau de chercheurs des deux régions sur ce thème.

Ces initiatives renforcent le principe de la coopération internationale décentralisée et humanisent la politique internationale. Moins soumis aux aléas des relations intergouvernementales, les gouvernements sous-nationaux naviguent aujourd’hui dans des eaux plus vastes, et peuvent adopter des politiques plus opérationnelles et avoir des préoccupations plus humaines. 

Au-delà de son contenu, l’esprit de notre coopération, tout comme les modalités de sa mise en œuvre, illustrent une approche renouvelée de la coopération internationale des collectivités locales : un partenariat équilibré entre deux métropoles mondiales de premier rang ; des projets pensés, financés, et mis en œuvre de manière conjointe et égalitaire, et au bénéfice direct et partagé de nos territoires et de leurs habitants.

Ce partenariat traduit la réalité des nouveaux équilibres mondiaux et des changements intervenus à l’échelle de nos pays et de nos régions. Il nous permet d’agir en cohérence avec la place et le rôle qui sont aujourd’hui les nôtres, et de les assumer : du côté français, en nous engageant dans une action internationale tournée vers le développement économique et l’innovation et en renonçant, lorsque c’est pertinent, à une politique centrée sur l’aide au développement ; du côté brésilien, en déployant des méthodes de coopération conformes au statut qui est celui de notre pays aujourd’hui.

Roberto Romero, vice-président de la région Ile-de-France en charge des affaires européennes et internationales
Rodrigo Tavares, chef du Bureau spécial aux affaires internationales du gouvernement de l’Etat de São Paulo

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