Le désarmement nucléaire, vous soutenez ?

Patrice Bouveret (Observatoire des armements), Sylvie Brigot-Vilain (ICAN-France), Jean-Marie Collin (Parlementaires pour la non-prolifération nucléaire et le désarmement) et Sophie Morel (Réseau Sortir du nucléaire), interpellent les candidats aux élections européennes et leur demandent de se prononcer sur la mise au ban des armes nucléaires, défendue depuis plusieurs années par le Parlement de l'Union.

Patrice Bouveret (Observatoire des armements), Sylvie Brigot-Vilain (ICAN-France), Jean-Marie Collin (Parlementaires pour la non-prolifération nucléaire et le désarmement) et Sophie Morel (Réseau Sortir du nucléaire), interpellent les candidats aux élections européennes et leur demandent de se prononcer sur la mise au ban des armes nucléaires, défendue depuis plusieurs années par le Parlement de l'Union.


 

Le 25 mai, de nouveaux députés rejoindront le Parlement européen. Appelés à se prononcer notamment sur les questions de sécurité et de relations internationales, auront-ils à cœur de se saisir également de la question de l'arme nucléaire ? En effet, bien que cela soit peu connu, le Parlement européen s'est prononcé clairement, à plusieurs reprises, pour le désarmement nucléaire, allant jusqu’à demander en 2008 une Europe sans armes nucléaires. En s’appuyant sur la dynamique de l’approche humanitaire du désarmement, impulsée successivement par la Norvège et le Mexique, le Parlement européen devrait prendre de nouvelles initiatives. Les candidats parlementaires doivent y réfléchir… et se prononcer.

Une troisième conférence sur « l’impact humanitaire des armes nucléaires » aura lieu les 8 et 9 décembre 2014. Elle est organisée par l’Autriche à Vienne, siège de l’ONU et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), un lieu emblématique pour envisager le désarmement nucléaire. L’Autriche y attend plus de 150 représentants d’États et une forte délégation de la société civile. Ces conférences sont dénoncées par les États nucléaires du P5 (États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni et Chine) comme des « diversions » du Traité de non-prolifération (TNP). Diversions, le mot est fort, mais il exprime bien l’attitude des ces États qui ne veulent pas envisager un réel processus de désarmement nucléaire.

Les parlementaires européens se sont inquiétés en 2005 de l’absence de l’Union européenne dans les conférences d’examen du TNP. Une délibération a obligé le Conseil de l’UE à aller siéger au TNP et à présenter la position de l’Union. Ce fut effectif à partir de 2007. D’autres délibérations du Parlement européen, adoptées à une large majorité, sont tout autant significatives. En 2005, c’est un soutien au projet de Convention d’élimination des armes nucléaires proposé par le Costa-Rica et la Malaisie. En 2007, un soutien au projet de l’association Mayors for Peace (Maires pour la Paix) pour un désarmement nucléaire avant 2020. En 2008, une demande que l’Europe soit une Zone exempte d’armes nucléaires comme il en existe déjà cinq sur la planète et comme il en est demandé une au Moyen-Orient. Enfin, en 2013, plus de la moitié des eurodéputés ont voté le soutien au plan d’action de Global Zero pour une élimination progressive et contrôlée des armes nucléaires dans le monde.

En effet, le processus de désarmement nucléaire, prévu dans le cadre du TNP, est figé au moins depuis une vingtaine d’années. Les Conférences d’examen du TNP se suivent tous les 5 ans. En 1995 : décision d’une Conférence sur l’élimination des armes nucléaires au Moyen-Orient. Sans suite. Engagement renouvelé en 2010, sans suite. En 2000, adoption de « 13 étapes de désarmement ». Sans suite. En 2010, décision d’un plan de « 64 actions » dont 22 de désarmement. Sans suite. Le traité d’interdiction complète des essais nucléaires, adopté en 1996, n’est toujours pas entré en vigueur par absence de ratification de plusieurs États, dont les États-Unis, la Chine, Israël, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord… Le traité d’interdiction de production de matière fissile, discuté depuis plus de vingt ans, est toujours dans une impasse. À continuer dans cette voie-là, le TNP prouve qu’il est incapable de réaliser un quelconque désarmement nucléaire. Son discrédit est maintenant quasiment total dans la plupart des États.

D’où l’idée de nombreux pays de créer une autre voie, complémentaire au TNP. La Conférence d’Oslo a notamment établi qu’aucun État ou organisation internationale ne pourrait assurer les secours en cas de frappe nucléaire, dont les effets se feraient sentir bien au-delà des frontières. La Conférence de Nayarit (Mexique) a montré combien les risques de déclenchement du feu nucléaire sont sous-estimés et le Président de la conférence a appelé dans ses conclusions les États à négocier un traité d’interdiction des armes nucléaires, ainsi que le demandent les 350 ONG réunies dans la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN). Après les conférences d’Oslo (127 États présents) et de Nayarit (146 États présents), Vienne, en décembre 2014, sera la troisième du genre.

L’Union européenne doit y être présente pour soutenir cette nouvelle voie vers le désarmement nucléaire actuellement refusée par la France et le Royaume-Uni. Une délibération du nouveau Parlement européen, élu au mois de mai 2014, est donc indispensable au plus tôt. Cela confirmerait l’objectif clair de l’Union de contribuer au désarmement nucléaire. Les candidats des élections de mai 2014 doivent donc se prononcer dès maintenant.

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