Alors que la justice vient de demander le renvoi en correctionnelle de Julien Coupat pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, les députés Sergio Coronado (EE-LV) et Noël Mamère en appellent au président de la République et à sa ministre de la justice pour faire cesser ce que François Hollande appelait en 2009 « le couac de Tarnac ».


 

Après sept ans de procédure, on avait presque oublié ce dossier portant sur les sabotages de lignes TGV survenus en 2008, l’affaire dite du « groupe de Tarnac », triste épisode politico-judicaire élaboré par un montage policier abracadabrantesque. Et voilà que, au lendemain du vote par l’Assemblée nationale de la loi « Renseignement », où des mesures de surveillance encore plus larges et intrusives ont été instaurées par le gouvernement, le parquet de Paris fait fuiter les réquisitions de renvoi en correctionnelle de Julien Coupat et de deux de ses camarades sous le chef d’accusation « d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Rien de moins ! Hasard du calendrier ? Certainement pas.

En effet, les réquisitions du parquet consistent à réhabiliter une enquête contestée et incohérente de la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire et à montrer ainsi que ceux de Tarnac agissent avec les mêmes intentions que les frères Kouachi ou Coulibaly.

En l’absence de preuves tangibles, en dépit des failles d’une enquête menée par des magistrats qui doivent pourtant instruire à charge et à décharge, une enquête partiale fondée sur des manipulations grossières, a conduit le Parquet à requérir le renvoi en correctionnelle notamment de Julien Coupat. Le parquet lui reproche sa supposée intentionnalité idéologique fondée sur un livre, « L’insurrection qui vient », ouvrage théorique sur la Révolution au XXIe siècle, en vente à la Fnac et dans toutes les librairies depuis belle lurette. Si ce livre est si dangereux, pourquoi les autorités compétentes n’ont-elles pas interdit sa diffusion ou encore justifié une saisie préalable à une condamnation ? Et pourquoi peut-on toujours se procurer les écrits de Marx, Lénine, Blanqui, Proudhon, Bakounine, Frantz Fanon, Jean-Paul Sartre, qui peuvent manifestement parfois inciter à la violence … ?

Les précédents ne manquent pas. L’incrimination à caractère idéologique a déjà été pratiquée en Italie. Le philosophe Toni Negri n’a-t-il pas passé de longues années en exil en France, puis en détention en Italie, pour avoir « inspiré » l’action des Brigades Rouges italiennes ?

Pour notre part, nous ne voulons pas que notre pays connaisse des investigations et une politique de répression menées par pur esprit maccarthyste.

Inquiets de l’interprétation extensive de la loi sur le Renseignement ainsi que de la notion de « l’apologie du terrorisme », nous avons refusé de voter ces lois.

Insatisfaits des définitions floues et globalisantes qui permettent de contourner notre Etat de droit chèrement gagné, nous avons refusé d’être pris en otage par les criminels de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher.

Cette affaire expose clairement les dérives, les méthodes déloyales, voire les manipulations, imputées à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), tout juste créée par Sarkozy et Fillon. Cette affaire demeure l'un des plus grands fiascos de l'antiterrorisme de ces dix dernières années.

François Hollande, alors président du Conseil général de Corrèze, où se situe Tarnac, avait clairement exprimé sa conviction lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale en 2009: « Le couac de Tarnac est devenu une affaire politique », avait-il déclaré. Qu’elle le reste sous son quinquennat nous interroge quant à la nature du changement opéré après 2012.

Nous en appelons au Président de la République et à la Garde des Sceaux pour faire cesser ce scandale d’Etat. 

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Comment le parquet peut-il espérer ne pas voir son instruction faire pfuit devant un tribunal ?