Y aurait-il des zones de non-droit à Lyon ? Des rues où l’extrême-droite fait la loi ? Dans la ville où le ministre de l’Intérieur macroniste cumule les fonctions de sénateur-maire socialiste et de président de la Métropole? C’est en tout cas ici que la Préfecture interdit à la Marche des Fiertés –ou Gay Pride- de traverser le quartier du Vieux-Lyon, fief revendiqué par l’extrême-droite.

Il y a deux ans, ici-même, le rassemblement contre la GPA (Gestation pour autrui) organisé par la Manif pour tous avait été autorisé. Ces jours-ci, dans ces rues, un groupuscule nauséabond squatte impunément un immeuble « pour venir en aide aux Français ». Parallèlement, on refuse la manifestation pacifique, ce samedi 17 juin, de celles et ceux qui revendiquent la liberté et l'égalité des orientations sexuelles. Faut-il s’étonner, quand Gérard Collomb a annoncé, dès octobre 2012, qu'il ne célébrerait pas de mariage de personnes homosexuelles…

La présence de quelques fascistes dicte donc le parcours de la Gay Pride. Le Vieux-Lyon serait-il devenu un nouveau « Bronx » réservé à l’extrême-droite? Au printemps dernier, Gérard Collomb employait ce terme pour qualifier le premier arrondissement. Il oubliait au passage que sa fonction lui donne les pouvoirs de police depuis 2001 dans notre ville. Outre cette amnésie passagère, le ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron se montre donc désormais incapable de garantir la sécurité de certaines manifestations. Dont acte.

Gérard Collomb a en revanche fait preuve de ses capacités pour bannir les pauvres de sa ville. En les privant de bains-douches dans le premier arrondissement lyonnais, en coupant, l’été dernier, l’eau des fontaines municipales à quelques familles sans domicile, en pratiquant des expulsions à répétition. Cette peur des pauvres, qui sont aussi ceux qui subissent au quotidien les plus grandes violences, n’a rien à voir avec des valeurs de gauche.

Mais au-delà de ses déclarations à l’emporte-pièce, au-delà de ses contradictions politiciennes, au-delà cette « tolérance zéro » à géométrie variable, c’est sa vision du « tout sécuritaire » qui nous inquiète aujourd’hui. En vertu de ses nouvelles fonctions, celui qui a déjà fait des caméras de surveillance son mantra, sera désormais chargé « d’interdire à une personne délinquante de fréquenter le quartier où elle a commis ses délits » selon les termes du programme En Marche.

La mise en œuvre de cette promesse pose bien des questions en termes d’éthique, d’efficacité, et tout simplement de faisabilité. Même si Gérard Collomb possède – on l’a vu- une certaine expérience en matière de relégation.

En faisant de l’Etat d’urgence la norme, les futurs députés affiliés à la majorité présidentielle voteront sans sourciller des mesures liberticides, dont la surveillance massive des communications et d’internet de n’importe quel citoyen, le développement des fouilles, les assignations à résidence sur simple soupçon, la limitation du droit à manifester. Ils autoriseront aussi le ministre de l’Intérieur à créer une nouvelle catégorie de « bannis » comme au Moyen-Age, sans se soucier ni des causes, ni des conséquences.

Nous leur préférons l’indépendance de la justice, la fermeté contre la corruption, le recrutement de policiers bien formés, le développement de services de proximité, l’accent sur des mesures de prévention et de réinsertion, ainsi que des mesures visant à lutter contre toute forme d’exclusion. Ce n’est pas être laxiste, mais réaliste, pour vivre ensemble, en sécurité, quotidiennement et durablement.

 

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