Climat et lutte contre la faim : vigilance autour de l’initiative « 4 pour 1000 » !

CCFD-Terre Solidaire et Action contre la Faim expriment leurs doutes et inquiétudes concernant « 4 pour 1000 », l’initiative que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a présenté, mardi 13 octobre, à la FAO comme la solution idéale pour faire face aux enjeux de la sécurité alimentaire, de l’agriculture et des changements climatiques, en vue de la COP21.

CCFD-Terre Solidaire et Action contre la Faim expriment leurs doutes et inquiétudes concernant « 4 pour 1000 », l’initiative que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a présenté, mardi 13 octobre, à la FAO comme la solution idéale pour faire face aux enjeux de la sécurité alimentaire, de l’agriculture et des changements climatiques, en vue de la COP21.


 

 

Etats-Unis, Chine, Russie… : Stéphane Le Foll s’est lancé depuis plusieurs mois dans une véritable opération séduction des plus grandes puissances à quelques mois du lancement officiel de l’initiative « 4 pour 1000 », prévu pendant la COP21. Mardi 13 octobre, il était à la FAO à Rome pour présenter ce programme qui vise à réconcilier agriculture, lutte contre la faim et climat. Celui-ci repose sur une théorie scientifique : l’augmentation annuelle de 0.4% (4 pour 1000) du taux de croissance du stock de carbone dans les sols permettrait d’absorber l’ensemble des émissions de CO2. L’initiative « 4 pour 1000 » s’appuie sur une des propriétés intrinsèques des sols leur permettant de stocker du carbone, tout en améliorant leur fertilité. Une solution qui semble tenir du miracle. Attention toutefois à ne pas mettre la charrue avant les bœufs monsieur le Ministre !

 

Qui est autour de la table ?

Basé sur un concept scientifique connu depuis plusieurs années, l’initiative réunit un grand nombre d’instituts de recherche, français et internationaux. En revanche, les organisations paysannes sont largement absentes du processus alors même qu’elles sont présentées comme des acteurs-clés de ce programme. Si l’on souhaite rendre complémentaires les objectifs de sécurité alimentaire et de lutte contre les changements climatiques, il est impensable de faire l’impasse sur une concertation en amont avec les organisations paysannes. L’agriculture familiale paysanne nourrit 70% de la planète, c’est donc elle qui doit constituer le cœur de toute initiative censée agir sur le climat et l’agriculture.

 

Mettre en avant l’agro écologie ?


Avec le « 4 pour 1000 », Stéphane Le Foll nous assure de sa volonté de faire rayonner l’agro-écologie. Problème : aucune garantie n’est donnée. En effet rien dans l’initiative aujourd’hui ne permet d’établir des critères clairs en termes de modèles agricoles à privilégier. Les documents officiels mentionnent par exemple l’agriculture de conservation dont l’un des fervents défenseurs est aujourd’hui Monsanto qui met en avant l’utilisation du RoundUp. On a connu meilleur pour la planète et pour les hommes. Attention aux concepts vagues et aux mots valises qui feraient perdre tout son sens à l’initiative « 4 pour 1000 » !

 

L’absence de définition et critères clairs, ainsi que le format de l’initiative, en rappellent une autre lancée l’année dernière, l’Alliance Globale pour l’Agriculture Intelligente face au Climat, qui englobe dans ce concept une variété de pratiques incluant les OGM ou les intrants chimiques. Elle recueille aujourd’hui l’opposition record de 355 organisations de la société civile qui dénoncent un agenda mis en place pour verdir les activités de l’agrobusiness.

 

Sécuriser les droits fonciers, préciser l’approche de l’agroécologie, privilégier des financements publics, clarifier la gouvernance de cette initiative sont autant de prérequis incontournables si la France ne veut pas être à l’origine d’une nouvelle « fausse solution », dont la liste ne cesse de s’allonger à quelques semaine de la COP21. 

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