Le 1er mai «deux en un» de Marine Le Pen

Secrétaire national du Parti de gauche (PG), Alexis Corbière analyse le sens donné par la double campagne d'affichage du Front national, dans l'optique de la fête de Jeanne-d'Arc, le 1er mai prochain.

Secrétaire national du Parti de gauche (PG), Alexis Corbière analyse le sens donné par la double campagne d'affichage du Front national, dans l'optique de la fête de Jeanne-d'Arc, le 1er mai prochain.

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puceinvite.jpgTelle une célèbre marque de lessive, Marine Le Pen, prépare un 1er mai «deux en un». Pour cela deux affiches assez différentes ont été imprimées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la première, aucune référence à Jeanne d'Arc, pas de discours au pied de sa statue, tel que le faisait précédemment son père. Celle-ci proclame: «Avec Marine, pour un printemps social». Sur la seconde, l'ombre bleutée de la «pucelle d'Orléans» occupe la moitié de l'affiche, plus importante encore que le profil de la présidente du FN en bas en gauche et le titre est sans ambiguïté: «Défilé de Jeanne d'Arc» en gros caractère.

Ces deux images: par leurs façons différentes de présenter les choses: expriment l'existence de deux orientations politiques au sein du FN, qui ne s'annulent pas mais fusionnent tel que c'est le cas depuis sa création, quoi qu'en dise Mme Le Pen.

On pourrait d'abord ironiser sur la première et ce «printemps social» voulu par le FN à contre temps. Ce parti n'a cessé lors de «l'automne social» bien réel, mobilisant plus de 9 millions de salariés pour la défense de la retraite à 60 ans, d'insulter les syndicats. Marine Le Pen a condamné régulièrement les mobilisations lors de ses apparitions médiatiques. Elle signait un communiqué au plus fort de la grève du 22 octobre très clair: «Il faut que cette mascarade cesse dans l'intérêt de tous (...) Elle nuit à notre pays et ne sert à rien». Le gouvernement UMP peut donc lui dire merci. Le FN aime les ouvriers... qui ne manifestent pas contre la droite.

Pourtant, la première affiche veut essayer de pénétrer plus efficacement la classe ouvrière organisée pour élargir sa base sociale. Pour l'heure, contrairement à certains commentaires superficiels, le FN est encore loin du compte. Une étude Harris interactive réalisée pour Liaisons sociales, à l'occasion des élections cantonales, soulignait que «le Front national réalise un moins bon score parmi les personnes se sentant proches d'un syndicat qu'au niveau national: 9 %».

Pour combler cette faiblesse, et faire face à la résistance des confédérations syndicales, le FN veut structurer un Cercle national de défense des travailleurs pour «se regrouper indépendamment de leur appartenance syndicale, pour assurer une défense et une riposte». Il voudrait à la tête de son cortège du 1er mai un défilé de syndicalistes. En a-t-il réellement les moyens? J'en doute. Mais, il aimerait bien faire «comme si».

La deuxième affiche, elle, se place dans la continuité des rassemblements «pour honorer Jeanne d'Arc, héroïne nationale, sainte et martyre», tel que le disait l'an dernier dans son discours Jean-Marie Le Pen. Ajoutant, «il est le 101e puisque c'est en 1909 que la première fois, les Camelots du Roi, bravant l'interdiction gouvernementale inaugurait la tradition de cet hommage populaire».

Par ses propos, Jean-Marie Le Pen marquait clairement une continuité avec l'action des «Camelots», violente organisation monarchiste, catholique ultra conservatrice, qui prônait un antisémitisme d'Etat, cassant la figure des enseignants juifs et ennemie irréductible du mouvement ouvrier. Depuis un siècle, et particulièrement depuis 1972 sous la houlette du FN, la «fête de Jeanne d'Arc» a toujours été le rendez-vous des intégristes catholiques, des pétainistes nostalgiques et des néo-fascistes. Par cette affiche, Marine Le Pen assume un lien politique et historique direct avec cette mouvance d'extrême droite n'ayant jamais renoncé à la construction d'un «fascisme à la française».

Il est vrai que depuis longtemps, le 1er mai du FN joue d'une ambiguïté. Mais, il faut être clair. Il n'est pas l'héritier, même bâtard, du 1er mai du mouvement ouvrier, né après la répression d'une manifestation à Chicago en 1886, et décidé en 1889 lors d'un congrès de la IIe internationale, pour en faire une journée mondiale de solidarité. Non. Il en a toujours été l'adversaire farouche.

Marine Le Pen dit vouloir débarrasser le FN d'un certain folklore démodé d'extrême droite. Les crânes rasés sont priés de se faire discrets. Mais, en septembre 2010, au micro de Radio Classique, face à Guillaume Durand, elle nous a prévenus : «Je ne vais pas affadir le programme du FN, mais je vais l'affiner. Les idées du FN sont les miennes et elles sont bonnes».

L'existence de ces deux affiches montre, par l'image, la bicéphalie du FN rattachée à un corps unique. Comment se dire laïque en fêtant avec des intégristes «la sainte Jeanne»? Comment se dire républicaine en perpétuant les rassemblements des Camelots du Roi? Comment se prétendre sociale en condamnant la plus grande grève que notre pays ait connu depuis 40 ans? Comment défendre les ouvriers sans proposer une hausse du SMIC et en prônant la suppression de l'âge légal de la retraite ?

Marine Le Pen est bien une héritière. L'héritière de ceux qui ont toujours été les adversaires de la République et des grandes conquêtes ouvrières. Ceux qui prétendent que le FN a changé ne font qu'exprimer leurs désirs d'alliances pour demain.

Lire aussi le blog d'Alexis Corbière

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