La parole au travail

Dans le cadre du lancement d'un mensuel numérique, Patrice Bride, coopérative Dire Le Travail  et Guy Jobert, professeur émérite au CNAM, directeur de la revue Éducation permanente affirment la nécessité de donner davantage de place à des récits sur le travail. « Dire quelque chose du travail : ça ne peut faire que du bien, à celui qui le dit, à celui qui l’entend ? Mais si la parole peut être thérapeutique, elle est aussi toujours politique ». 

Dans le cadre du lancement d'un mensuel numérique, Patrice Bride, coopérative Dire Le Travail  et Guy Jobert, professeur émérite au CNAM, directeur de la revue Éducation permanente affirment la nécessité de donner davantage de place à des récits sur le travail. « Dire quelque chose du travail : ça ne peut faire que du bien, à celui qui le dit, à celui qui l’entend ? Mais si la parole peut être thérapeutique, elle est aussi toujours politique ». 


 

Le travail est toujours l’œuvre d’une personne. Travailler, ce n’est pas seulement exercer un métier, c’est mettre de soi pour faire ce que l’on a à faire : de l’intelligence, des émotions, des convictions. Être infirmière en début ou en fin de carrière, dans une clinique d’une petite ville ou dans un grand hôpital parisien, avec sa façon personnelle d’accomplir les gestes à faire, d’entretenir la relation avec les patients, sa sensibilité particulière aux questions déontologiques : tout cela déborde une fiche de poste, une liste de consignes ou de procédures à appliquer. Mais c’est bien ce qui fait qu’au final, les soins sont prodigués.

 

La parole sur le travail à ceux qui le font

Un enseignant dans une classe, un commercial en rendez-vous avec un client, un chauffeur routier en manœuvre ne passent pas leur temps à réfléchir à ce qu’ils doivent faire : ils agissent, parce qu’ils savent ce qu’il faut faire. S’autoriser à en parler, c’est prendre conscience de tout ce qu’on maitrise dans son travail, sans forcément s’en rendre compte dans le feu de l’action. L’écrire, c’est analyser les difficultés et les réussites, ouvrir des possibles. Le partager, c’est le faire reconnaitre, affirmer le rôle social de celui qui travaille.

 

Le travail, plus que le PIB

C’est vrai à l’échelle de la société. Les médias nous invitent à suivre attentivement la progression de la croissance, la courbe du chômage, l’évolution de la productivité ou de la compétitivité. Ils expliquent les politiques budgétaires, les réformes envisagées ou en cours, les choix stratégiques des entreprises. Mais que sait-on du travail réel derrière les chiffres, les décrets, les communiqués ? Comment les collectifs de travail, dans les administrations ou les entreprises, se débrouillent effectivement de ce qu’ils ont à faire ? Le travail, c’est beaucoup plus que le PIB. Ce qui fait fonctionner la société, c’est beaucoup plus que des décisions de cabinets ministériels et de conseils d’administration. C’est parce que ceux qui travaillent font plus et mieux que ce qu’on leur dit de faire que les trains roulent, que les réseaux de communication fonctionnent, que les magasins se remplissent.

 

En ce sens, le travail déborde largement le monde des emplois rémunérés. Si des entreprises peuvent embaucher, c’est parce que les chômeurs travaillent, souvent intensément, à se former, à répondre aux offres d’emploi. Si les jeunes, les vieux, les malades peuvent profiter d’activités éducatives, de soin, d’accès à la culture, c’est parce que des bénévoles travaillent pour faire vivre des associations.

 

Dire le travail

Le travail est partout, le travail de chacun est unique : il y a de quoi en parler, écrire. Chacun est capable de tenir un discours construit sur son travail. Les outils numériques facilitent aujourd’hui les échanges de récits du travail, rendent possible la constitution d’une communauté d’auteurs et de lecteurs. Dans un paysage médiatique saturé de communication politicienne ou commerciale, il y a besoin de montrer davantage le travail réel, fondement de la vie sociale.

 

Non pas travailler plus, peut-être travailler mieux, en tout cas dire le travail, ses grandeurs et ses épreuves. Dire les engagements, les conflits, les fiertés, les dilemmes et les solidarités de ceux qui travaillent : ce qui fait avancer la société.

 

Une campagne de financement participatif pour le projet « Dire Le Travail – le journal » est en cours : http://fr.ulule.com/travail-a-la-une/

 

Avec le soutien de :

Alain Alphon-Layre, responsable national Santé – Travail CGT; Gérard Aschieri, président de l’Institut de Recherches de la FSU; Anne Barrère, sociologue; Éric Beynel, délégué général Solidaires; Fabienne Brugel, compagnie NAJE; Patricia Champy-Remoussenard, professeure en sciences de l’éducation; Philippe Davezies, enseignant-chercheur en médecine et santé au travail; Vincent de Gaulejac, sociologue; Hervé Garnier, secrétaire national CFDT; Cécile Gondard-Lalanne, déléguée générale Solidaires; Hervé Hamon, écrivain, auteur de Pour l’amour du capitaine(Seuil, 2015); Françoise Lantheaume, professeure en sciences de l’éducation; Michelle Olivier, SNUipp; Philippe Meirieu, pédagogue; Sylvain Pattieu, écrivain, auteur de Beauté Parade (Plein jour, 2015); Ghislaine Tormos, ouvrière, auteure de Le Salaire de la vie(Don Quichotte, 2014). 

  

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