Cicatriser les blessures de la société

Pour Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d'Etat à l'intégration, aujourd'hui engagé dans le combat pour la démocratie au Togo, François Hollande est le plus à même de battre une droite «qui se prétend toujours républicaine tout en épousant les pires travers de l'extrémisme».

Pour Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d'Etat à l'intégration, aujourd'hui engagé dans le combat pour la démocratie au Togo, François Hollande est le plus à même de battre une droite «qui se prétend toujours républicaine tout en épousant les pires travers de l'extrémisme».

 

 

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puceinvite.jpgLa campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy, marquée par un ultra libéralisme aujourd'hui caduc et des slogans nationalistes directement puisés dans la phraséologie du Front national, annonçait d'inquiétants bouleversements.

Devenu président, Nicolas Sarkozy fait tout et son contraire, il zigzague en heurtant tout sur son passage et repart, au hasard, dans une nouvelle direction, comme le ferait un canard sans tête.

Il ne reste finalement, de ces quatre années d'exercice hystérique du pouvoir, qu'un sentiment d'épuisement collectif, une dette obèse qui atteint 85% du PIB et des Français en colère.

Mais ce qui caractérise, plus que tout autre chose, la politique de Nicolas Sarkozy, c'est l'instrumentalisation de la xénophobie pour en faire une arme politique, une mécanique odieuse au service de ses intérêts électoraux.

La droite, notre adversaire de toujours, a changé de visage. Elle est devenue cette entité hybride, qui se prétend toujours républicaine tout en épousant les pires travers de l'extrémisme.

S'attaquer à la cohésion nationale pour fortifier son pouvoir politique, c'est à mes yeux un crime dont le Président sera comptable devant les Français et l'Histoire.

Il faut se souvenir de ces images insoutenables d'enfants arrêtés dans les cours d'école par les forces de police pour l'unique raison que leurs parents ont le malheur de ne pas avoir de papiers. Il faut se rappeler ces souricières tendues par la police à la sortie des soupes populaires pour agrafer les pauvres, qui sont en situation irrégulière sur le territoire. Arrestations, expulsions se suivent à un rythme effréné, peu importe que cela ne serve à rien, peu importe combien tout cela coûte à l'état, il faut faire du chiffre à tout prix même si ce prix c'est celui de notre honneur, de notre dignité.

Nicolas Sarkozy ne veut pas créer une France plus sûre, il veut faire de l'insécurité l'obsession des Français : c'est un marchand de peur.

Le Président de la République n'a jamais vraiment quitté sa fonction de ministre de l'intérieur, fonction qu'il a d'ailleurs détournée de son sens républicain pour en faire une tribune politicienne. Depuis 2002, date à laquelle il a été nommé ministre de l'intérieur, il a fait voter 42 textes de lois relatifs à la sécurité, soit environ 10% de l'ensemble des textes soumis à l'Assemblée nationale jusqu'à aujourd'hui. 44 fichiers de police ont vu le jour incluant, pour certains d'entre eux, des données comme l'orientation sexuelle, la confession religieuse, l'appartenance politique, l'état de santé et l'origine ethnique. Plus grave encore, ces banques de données, qui échappent à tout contrôle, peuvent concerner tous les Français condamnés ou non et ce dès l'âge de 13 ans.

En fait, toutes les activités «qui pourraient porter atteinte à la sécurité publique», comme participer à une manifestation par exemple, sont susceptibles de nous faire atterrir, nous citoyens français, dans l'un de ces fichiers.

Voilà l'état de notre malheureux pays : une France brisée économiquement et fragilisée moralement.

Une France peu sûre d'elle-même, où certains Français, hélas trop nombreux, regardent de travers leurs concitoyens au motif qu'ils n'ont pas la même couleur de peau ou la même religion. Une France où les plus pauvres sont devenus l'objet de toutes les suspicions... fraude, paresse et où les plus riches bénéficient de privilèges exorbitants, qu'ils n'ont même pas réclamés.

Si, par malheur, l'actuel Président venait à obtenir un second mandat, se croyant confirmé dans son action, il exercerait un pouvoir sans limite dont les quatre années écoulées ne seraient que le timide prélude.

Notre responsabilité politique est donc immense.

Il ne s'agit pas de faire triompher un homme, un clan ou un parti, il s'agit de gagner pour la France.

Nous n'avons pas seulement une obligation de moyens, nous avons une obligation de résultat.

Le projet présenté par François Hollande est crédible, courageux et ambitieux.

Ce programme, de restauration de la cohésion nationale, les Français peuvent se l'approprier.

Je mets en garde ceux qui sont tentés par l'agression verbale et la médisance dans l'espoir de gagner ces primaires, qui ont pour objet de désigner et de fortifier notre candidat pour 2012. Il n'y a aucun avenir dans la division de notre camp, le seul adversaire c'est Nicolas Sarkozy et personne ne veut revivre un nouveau 21 avril 2002.

La société française doit cicatriser ses blessures et pour cela elle a besoin de toute la gauche.

J'ai choisi de soutenir pleinement François Hollande, qui est le mieux désigné pour accomplir cette difficile mission. Il est en mesure, plus que tout autre, de rassembler les Français par une action guidée par l'intérêt général.

J'invite tous ceux, qui veulent construire une France apaisée aux espérances renouvelées à faire de même et, ensemble, nous remporterons cette victoire essentielle au destin du pays.

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