Billet de blog 15 oct. 2015

Libérons les énergies citoyennes

Serge Coatmeur, gardien du phare de Sein; Patrick Saultier, directeur d’IDSE, Alain Gioda, expert du Débat national sur la transition énergétique et Erik Orsenna, écrivain et membre de l’Académie française appellent les législateurs et le gourvernement à se libérer de l'influence d'EDF pour que les énergies citoyennes puissent se déployer.

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Serge Coatmeur, gardien du phare de SeinPatrick Saultier, directeur d’IDSEAlain Gioda, expert du Débat national sur la transition énergétique et Erik Orsennaécrivain et membre de l’Académie française appellent les législateurs et le gourvernement à se libérer de l'influence d'EDF pour que les énergies citoyennes puissent se déployer.


 « Démocratie participative », « gouvernance locale », « expérimentation, innovation, créativité », « investissement citoyen », « redonner du pouvoir aux territoires et aux acteurs locaux », etc. Ces expressions sont présentes aujourd’hui dans tous les discours politiques et, en particulier, quand est abordé le sujet de la transition énergétique.

Mais qu’en est-il dans les faits ? Prenons l’exemple de l’île de Sein en Bretagne. Ce petit territoire, d'une centaine d’habitants l’hiver à mille l’été, fait partie des zones non interconnectées au réseau électrique continental - les ZNI. L’électricité consommée y est aujourd’hui produite sur place, intégralement par des groupes électrogènes au fioul. Cela est dangereux, cela pollue et cela coûte cher à l'ensemble des consommateurs, notamment par le biais de la CSPE (1).

Pas du tout satisfaits de cette situation, des habitants de Sein ont créé en 2013 une société locale, « Île de Sein Énergies », afin de prendre en main leur destin et d’engager leur transition énergétique. A la suite d'un travail ouvert à l’ensemble de la population, une quarantaine d’habitants est associée de cette société. Une première en France avec beaucoup de Sénans, les habitants de l’île, participant à cette aventure énergétique citoyenne.

Engager la transition énergétique citoyenne de leur île est un projet de développement insulaire et il se résume simplement : « plutôt que de dépenser de l’argent à la seule fin de brûler du fioul, dépensons le pour répondre à nos besoins, grâce aux ressources locales tels le vent, le soleil et la mer et avec l’avantage supplémentaire de créer des activités économiques sur l’île ». Nous avons donc un terrain d’innovation idéal : un petit territoire non connecté (donc sans risque de dégrader l’ensemble du réseau électrique), avec un coût financier non seulement nul pour la collectivité mais, au contraire, un gain à long terme, une volonté locale extrêmement forte, une chance pour le développement de l’île, etc. Selon les mots de Madame la Ministre Ségolène Royal : « un magnifique projet porté par les habitants » (2).

Nous pourrions donc nous attendre à ce que la société locale soit encouragée dans son challenge et que les moyens, notamment administratifs et réglementaires, lui soient donnés. Et bien non, au contraire, tout est fait pour qu’elle cesse ses activités. Le citoyen ne peut-il participer qu’à la condition de ne rien faire ?

L'opposition de l’acteur en place, le groupe EDF, fort de sa position de monopole et malgré son inaction depuis plus de 20 ans, arrive pour l’instant à empêcher cette initiative locale. Et ce, grâce à la complaisance en particulier de nombreux parlementaires qui répètent gentiment les vieux dogmes qu’EDF a bien voulu leur rappeler, à l’image des députés Madame Bareigts et Monsieur Brottes (3). A l'inverse, la ministre en charge de l’écologie, du développement durable et de l'énergie, Madame Ségolène Royal disait au Sénat que « les comptes d’ERDF et d’EDF ne s’écrouleront pas parce que l’on aura donné la possibilité à ces petites îles de changer de gestionnaire de réseau de distribution » (4).

Peut-on laisser la France rater le train de la transition énergétique ? Peut-on laisser faire un groupe surpuissant diriger la politique énergétique nationale, voire dicter sa volonté au gouvernement ? Peut-on décourager ceux qui veulent avancer ? Peut-on continuer à mépriser la volonté d’habitants et d’acteurs motivés par le développement de leur territoire ?

A la veille de la COP21 à Paris, nous appelons au sursaut de nos législateurs et de notre gouvernement afin que l’entreprise EDF, dont l’État est l'actionnaire majoritaire, libère les énergies citoyennes. Les Sénans ont montré leur courage dans la résistance. Laissons-les aujourd’hui nous montrer la voie pour s’affranchir du fioul et faire, de leur île, le phare de la transition énergétique.

(1) CSPE : Contribution au Service Public de l’Électricité. C’est une taxe payée par l’ensemble des consommateurs. La CSPE permet de couvrir notamment les surcoûts de production liés à « l’insularité » et les îliens paient ainsi leur électricité au même prix que les autres Français. Cette taxe sert à financer, dans les ZNI, du fioul et du charbon qui sont des énergies fossiles polluantes et largement impliquées dans le réchauffement climatique.

(2) Discussion au Sénat (1ère lecture)

(3)  Cf. amendement Bareigts – Brottes (15 avril 2015)

(4)  Discussion au Sénat (2ème lecture)

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