Immigration: des ponts, pas des murs

 Quelque 250 associations africaines et européenne se réunissent à Paris vendredi 17 et samedi 18 octobre lors d'un sommet qui va tenter de répondre aux nouvelles orientations de la politique migratoire européenne. A cette occasion, les responsables de la Cimade, du Centre de recherche et d’information pour le développement, d'Emmaüs International et d'ATD Quart Monde France publient sur Mediapart, un texte-manifeste: «Des ponts, pas des murs».

 

Quelque 250 associations africaines et européenne se réunissent à Paris vendredi 17 et samedi 18 octobre lors d'un sommet qui va tenter de répondre aux nouvelles orientations de la politique migratoire européenne. A cette occasion, les responsables de la Cimade, du Centre de recherche et d’information pour le développement, d'Emmaüs International et d'ATD Quart Monde France publient sur Mediapart, un texte-manifeste: «Des ponts, pas des murs».

 

Immigration choisie, tests ADN, lutte contre l'immigration illégale, directive retour et augmentation de la durée de rétention des futurs « expulsables », même mineurs...la construction d'une politique européenne sur les migrations invite clairement nos concitoyens à ressentir les populations migrantes comme une menace.

 

La crise actuelle pourrait marquer la faillite annoncée d'un modèle de développement où , au Nord comme au Sud, l'accès aux droits fondamentaux pour toutes et tous, droit de se nourrir, de se loger dignement, de vivre en famille, d'aller à l'école, de se soigner, a disparu au profit de la recherche de la rentabilité des placements financiers.

A travers le monde, ce modèle va amener des centaines de millions de citoyens à supporter collectivement les conséquences de ses dérives : privatisation de super-bénéfices pendant des années, nationalisation/socialisation des immenses pertes financières générées, ô comble du cynisme, par des risques pris sur les capacités d'endettement des pauvres.

 

Il est à craindre que cette crise soit utilisée pour justifier la nécessité de fermer encore plus nos frontières, de faire en sorte que les pauvres du Sud restent chez eux sous prétexte qu'on leur distribue en contre-partie quelques bribes d'aide publique au développement ?

 

Notre « civilisation » occidentale ne prend toujours pas de responsabilité face à la dépendance qu'elle a provoquée par la colonisation et l'impérialisme, pas plus que face aux inégalités qu'elle a créées en son sein. Le progrès économique a amélioré la vie de beaucoup mais il enfonce aujourd'hui de plus en plus de nos concitoyens dans la précarité ou dans la misère. L'exclusion sociale est aujourd'hui posée comme inévitable, nous restreignant à n'avoir qu'un regard condescendant voire réprobateur face à l'incapacité de certains à ne pas pouvoir se sortir de leur précarité.

 

Ce contexte nous pousse aujourd'hui à lancer un appel à nous unir et à refuser le piège idéologique qui consiste, pour expliquer les situations de crise actuelles, à mettre en avant les facteurs ethniques et les difficultés d'intégration, plutôt que l'aggravation des inégalités sociales.

 

Il serait simpliste et faux de réduire le combat des immigrés et le combat des pauvres à un seul et même combat. Comme il serait faux de dire que toutes les populations immigrées sont pauvres et que toutes les populations dans la misère sont issues de l'immigration. Nous avons des professeurs, des médecins, des ministres mêmes issus de cette immigration tant crainte aujourd'hui.

 

En revanche, l'expérience du rejet que vivent les immigrés, rejet que les législations mises en œuvre ces dernières années n'a fait que renforcer, est similaire à celle que vivent les pauvres « expulsés » dans leur propre pays. « Vivre dans la misère, c'est comme vivre en exil dans son propre pays. » explique Sergio Pinheiro, expert droits de l'homme auprès des Nations unies. Mais de cette expérience du mépris de l'homme par l'homme peut naître un choix un engagement de devenir solidaire des plus pauvres.

 

Chacun doit être défendu non pas parce qu'il est migrant sans papiers, non pas parce qu'il vit dans la misère, mais parce qu'il est homme, femme ou enfant.

 

L'abandon des uns ou l'abandon des autres est de même nature, et nous nous devons de les refuser tous les deux.

 

Nous joignons nos voix pour appeler ensemble à refuser les mépris, pour vaincre les peurs du plus pauvre, du migrant, du souffrant, tous ces êtres que l'on abandonne et qui sont pourtant nos égaux dans leur condition humaine.

 

Nous nous joignons pour reprendre l'appel du père Wresinski, fondateur d'ATD Quart Monde, fils d'un immigré polonais et d'une immigrée espagnole, qui déclarait le 17 octobre 1987 :

« Là où les hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'homme sont violés. S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré ».

 

A nous, sociétés civiles du Sud et du Nord, de jeter ensemble des ponts entre les pays, entre milieux sociaux. A nous d'inventer d'autres politiques migratoires, d'autres politiques au service du développement et de la lutte contre l'exclusion sociale, fondées sur la justice , le respect des droits et de la dignité humaine.

 

Nous réclamons des ponts, pas des murs !

 

Laurent Giovannoni

secrétaire général de la Cimade,

 

 

Nathalie Péré-Marzano,

déléguée générale du Centre de recherche et d'information pour le développement (CRID),

 

 

Jean Rousseau,

président d'Emmaüs international,

 

 

Bruno Tardieu,

délégué national d'ATD Quart Monde France.

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