Dimanche 17 mai, Andrea Caizzi, Jean-Baptiste Pascal d'Audaux, Emmanuelle Pettazzi et des bénévoles de l'association ASET 93 qui aide à la scolarisation des enfants tziganes en Seine-Saint-Denis, organisaient une sortie pour 27 enfants d'un bidonville de la Courneuve. Sur le quai du tramway depuis trois minutes que le haut-parleur de la RATP diffusait le message « on nous signale la présence de pickpockets sur le quai et dans les rames ». Stéréotype quand tu nous tiens.



Il y a les Nations-Unies, et puis il y a la RATP. Il y a les enfants, et puis il y a les pickpockets. Vendredi 15 mai, Palais des Nations-Unies, New-York. « Rappelant sa Recommandation générale no. 27 concernant la discrimination à l’égard des Roms, le Comité des Nations-Unies pour l’élimination de la discrimination raciale encourage l’Etat (la France) à poursuivre ses efforts et à mettre en oeuvre les mesures nécessaires, y compris des mesures spéciales, pour prévenir et combattre la discrimination raciale contre les Roms, sous toutes ses formes. A cet égard, le Comité recommande à l’Etat partie de :

a) Mener des campagnes de sensibilisation de sa population afin de promouvoir la tolérance et la bonne entente avec les populations Rom;

b) D’accroître la vigilance et de veiller à l’application effective de sa législation concernant tout propos haineux à l’égard des Roms, y compris de la part de milieux politiques ; etc. 

 

Dimanche 17 mai, arrêt du tramway Hôtel de Ville, à la Courneuve, 13h15. 27 enfants de 5 à 11 ans, venus du très ancien bidonville de la rue Pascal, attendent sagement le tramway pour se rendre sur le parvis de la basilique de Saint-Denis, haut-lieu de la France éternelle.  Ils sont parfaitement calmes,  ils ont leur ticket,  ils sont accompagnés par cinq adultes. Ils comptent passer un moment à la Fête annuelle de l'insurrection tzigane, qui commémore le 70ème anniversaire du soulèvement, le 16 mai 1944, du camp des familles tziganes d’Auschwitz II- Birkenau.

 

Des enfants comme les autres ? Certainement pas pour les caméras de surveillance de la RATP.

 

Trois minutes sur le quai, et le haut-parleur diffuse un message bien adapté à la circonstance : « on nous signale la présence de pickpockets sur le quai et dans les rames ».  Branle-bas de combat : on cache son téléphone portable, son porte-monnaie, on ferme son sac, un bon père de famille serre ses deux garçons contre lui et leur montre où se trouve le danger. 

 

Il y a les enfants, et puis il y a l'instigation à la haine, la conformité aux stéréotypes, la construction méthodique d'une stigmatisation qui ne peut aboutir qu'à l'exclusion – et à bien pire encore.

 

Il y a les enfants, et puis il y a des enfants dont on ne veut pas. Une régie publique doit-elle contribuer à cette œuvre de sape du lien social ? A-t-elle droit de catégoriser des enfants (au faciès ? au nombre ? au lieu ?) pour les livrer à la vindicte populaire ? Est-ce le monde dans lequel nous souhaitons vivre ?

 

« Promouvoir la tolérance et la bonne entente avec les populations Rom », certes: mais qu'ils ne prennent pas le tramway, s'il vous plaît. Eviter les « propos haineux », certes : mais qu'ils ne croisent pas l'oeil d'une caméra ou de passants qui veillent, c'est bien le minimum.

 

 

 

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Seuls ceux qui n'ont pas récemment utilisé ces modes de transport ignorent que l'esprit de ce monde-underground, tant par sa tenue que par sa mentalité, ses manières et les violences qu'il commet régulièrement contre des usagers parfois peut-être discourtois, et auxquelles violences il se laisse aller avec une jubilation emportée et déterminée, que ce monde undergroud tient plus des SA que du service-public-citoyen.