Antilles: contre l'obscurité, par José Hayot

José Hayot est entrepreneur à la Martinique, descendant de l'une des principales familles de colons, les «békés». Héritier de la principale fortune de la Martinique, c'est néanmoins un progressiste — jeunesse hippie, bourlingueuse... Surtout, il a demandé à Edouard Glissant d'être le parrain de son fils: de mémoire de béké, un parrain nègre, cela ne s'était jamais vu… Il donne aujourd'hui son point de vue sur la situation aux Antilles.
José Hayot est entrepreneur à la Martinique, descendant de l'une des principales familles de colons, les «békés». Héritier de la principale fortune de la Martinique, c'est néanmoins un progressiste — jeunesse hippie, bourlingueuse... Surtout, il a demandé à Edouard Glissant d'être le parrain de son fils: de mémoire de béké, un parrain nègre, cela ne s'était jamais vu… Il donne aujourd'hui son point de vue sur la situation aux Antilles.

 

 

 

Comme tous les Martiniquais, j'ai découvert avec tristesse et accablement le contenu du documentaire Les derniers maîtres de la Martinique, diffusé le 9 février par la chaîne de télévision Canal +. J'ai vu le racisme le plus lamentable et les méfaits de la bêtise. J'ai vu des postures et des comportements d'un autre âge dans lesquels je ne me reconnais en aucune manière, et qui ne correspondent en rien aux valeurs que je voudrais transmettre à mes enfants.

 

L'indignation et la colère qui se sont répandues dans notre population sont non seulement justes et légitimes mais nécessaires et bienfaisantes. Je les éprouve.

 

Je les partage et les soutiens au plus haut point, et sans aucune réserve ; d'abord comme martiniquais, ensuite comme être humain soucieux d'une éthique essentielle ; enfin comme un simple individu appartenant à ce qui est communément appelé la « communauté békée. »

 

Il y aurait beaucoup à dire sur les réalités du fait «béké» en Martinique ; les choses ne sont jamais aussi simples qu'elles le paraissent ; et les pesanteurs historiques méconnaissent souvent le cheminement souterrain de dynamiques nouvelles. On pourrait en parler très longuement et démontrer que, tout comme il existe une Martinique archaïque en train de disparaître, il existe aussi une Martinique nouvelle où les mentalités, les conceptions du monde, le rapport à l'Autre sont en train de connaître des évolutions et des mutations profondes. Ce sont elles, et seulement elles, qui changeront en profondeur les bases mêmes de notre société.

 

Les obscurités et les pesanteurs sont là. Mais des refus, des exigences, des intentions plus larges, suivent des cheminements que rien ne saurait arrêter. Il nous faut les favoriser sans aucune retenue. Il est donc important que les comportements d'une autre époque qui doivent être condamnés le soient avec la plus extrême célérité.

 

Il s'agit de ne laisser aucune place à l'obscurité !

 

C'est pourquoi je m'associe sans réserves à toutes les initiatives qui seront prises pour que M. Alain Huygues-Despointes fasse l'objet des sanctions prévues par les textes de loi en matière de racisme et d'apologie de crime contre l'humanité.

 

Mais il ne s'agit pas simplement de désigner un bouc émissaire, et de se donner ainsi bonne conscience. Le débat doit s'ouvrir, tout doit être dit. Silence et solidarité honteuse sont ici des poisons.

 

Il existe une posture «békée» qu'il nous faut accompagner sans trembler vers les oubliettes de l'histoire, afin que le ciel s'ouvre, que l'horizon s'organise, et que tous ensemble, dans le respect des valeurs les plus hautes qui doivent nous rassembler, nous puissions enfin construire cette Martinique nouvelle que nous portons en nous.

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