Plutôt garder notre pub que de perdre nos emplois...

Y aura-il une soirée électorale sur France 3 ce dimanche? Des négociations sur l'emploi à la privatisation de la régie France télévisions Publicité, le détail du conflit raconté par Marc Chauvelot, secrétaire général SNRT CGT de France télévisions.

Y aura-il une soirée électorale sur France 3 ce dimanche? Des négociations sur l'emploi à la privatisation de la régie France télévisions Publicité, le détail du conflit raconté par Marc Chauvelot, secrétaire général SNRT CGT de France télévisions.

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Vendredi 19 mars 23h00, Siège de France télévisions. La négociation du préavis de grève déposé par la CGT, FO et la CFTC vient de s'achever. Elle fait suite à une grève inédite qui a occulté les deux tiers des soirées électorales lors du premier tour des élections régionales sur France 3. Stupéfaits, les téléspectateurs de France 3 avaient eu droit à Zorro et Bernardo en guise de résultats et de débats citoyens...
Nicolas Sarkozy porte l'entière responsabilité de cette grève qui pour la première fois a planté les élections régionales sur France télévisions. C'est la conséquence directe de la déstabilisation entamée le 8 janvier 2008 par l'annonce irresponsable de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Quelle entreprise pourrait survivre à l'amputation de 30% de son budget?
Cette annonce a conduit dès 2008 à un déficit abyssal dans cette entreprise de service public qui avait toujours été à l'équilibre. Pour le combler, un plan d'affaires avec mise en œuvre de synergies et d'économies drastiques dans tous les secteurs de l'entreprise. La renégociation des conventions collectives s'inscrit dans le mouvement, tout comme la réorganisation en entreprise unique.
D'où ce mouvement du 14 mars. Fruit de la colère de salariés ballottés par des décisions politiciennes ne répondant à aucune rationalité économique. Mais pour le second tour des élections où un nouveau préavis de grève avait été déposé cette fois élargi à FO et la CFTC, la négociation s'est faite sous la pression.
La direction a bien dû faire bouger les lignes de manière significative au cours de longues heures de négociation puisqu'elle ne pouvait plus se permettre de miser sur un flop de la mobilisation. Conséquence, le protocole de sortie de grève, sur lequel les sections sont en train de se prononcer, comporte de nombreuses avancées.
Sur la négociation de la convention collective, remise sur des rails bien différents de la proposition initiale, sur les garanties salariales, le respect des métiers, le temps de travail... Sur la restructuration, l'emploi, les programmes régionaux et ultra marins, le global média, le contrôle de la réorganisation pour qu'elle ne se passe pas comme à France télécom Orange...
Cela fait des années que la CGT de France télévisions planche sur ces problèmes de fond. En 2006, elle avait élaboré un Livre Blanc détaillé sur sa stratégie, son modèle économique et social. Comment assurer le financement le plus pérenne et dynamique à France télévisions? Par le panachage des ressources bien sûr, le mixage entre les ressources publiques et les ressources commerciales, publicitaires entre autres.
L'affaire France télévisions Publicité survient dans ce contexte. Lorsque de la première rencontre de l'intersyndicale de France télévisions avec Nicolas Sarkozy à l'Elysée en mars 2008, la première question posée par la CGT avait porté sur le devenir de la régie. Sarkozy ayant affirmé qu'il ne toucherait pas au périmètre, «Est-ce que la régie FTP en fait partie?», avions nous demandé. Sarkozy avait hésité un instant avant de répondre: «Si on ne fait plus de pub, on n'a plus besoin de régie...» Cqfd.
Sauf que, plus de deux ans après l'annonce, la donne a complètement changé. Le modèle économique de remplacement prend l'eau de toutes parts. La taxe sur la pub transférée au privé coupée en deux par les députés compatissants pour TF1/M6, la taxe sur les télécoms et les FAI retoquée par Bruxelles... Et un constat: la pub continue de sur performer en journée sur les chaînes publiques après le creux de 2008 qui a frappé tout le marché publicitaire.
Et pourtant, comme si de rien n'était, on décide en haut lieu de mener le processus de privatisation de FTP jusqu'à son terme. Sur fond d'affairisme et de petits arrangements entre amis, contre toute pertinence stratégique, l'emblématique patron de FTP monte au créneau pour pousser à l'entrée au capital de Lov Publicis, la holding d'un des amis proches de Nicolas Sarkozy. Et il ne lésine pas sur les moyens. Il arrache un avis favorable du comité d'établissement de FTP dans des conditions à la limite de la légalité.
Alors que Patrick de Carolis annonce la création de deux groupes de travail chargés d'approfondir la question, Philippe Santini n'en tient aucun compte et précipite la consultation de l'instance. Quand les élus demandent à recueillir l'avis des salariés, c'est Santini lui-même qui organise l'assemblée générale. La consultation s'opère en deux coups de cuillère à pot, et fait l'objet d'un communiqué de presse triomphaliste voulant faire croire à l'approbation de cette privatisation par la CGT qui compte 3 élus sur 5 au CE. En réalité, un des élus CGT étant absent, c'est un élu sans étiquette qui a voté à sa place.
Il est vrai que la CGT est le syndicat majoritaire de FTP depuis les élections de juin 2009. Mais pour cela, il lui a fallu obtenir devant le juge la confirmation de ses listes qui avaient immédiatement été contestées par la direction. Une fois passées les élections, entre pression permanente et offre de mobilité plus favorable, la direction a réussi à faire le vide dans les rangs de la CGT.
Plus fort encore. Compte tenu de l'opposition très ferme du CCE de France télévisions, autre instance nécessairement consultée, Philippe Santini organise un coup de force à l'entrée de la séance du 10 mars. Les élus du CCE accueillis par une quarantaine de salariés, ligne managériale en tête, venus distribuer des tracts mensongers réclamant à grands cris le rachat de la régie par le consortium Lov Publicis. Une sorte de cauchemar syndical.
Pour cette manifestation, une feuille de route est établie, expliquant en termes très professionnels le mode opératoire de l'opération, discrètement remise la veille à tous les acteurs de cette invraisemblable mascarade. Ne manquait à l'appel que Philippe Santini lui-même, resté au Siège de FTP pour assurer le standard !!!
Pendant ce temps, l'affaire FTP grossit. Le Conseil d'Etat, les syndicats de producteurs, les politiques, les annonceurs, tout le monde s'interroge. Les députés et sénateurs s'interrogent sincèrement sur le maintien de la publicité en journée, et même son rétablissement en soirée sur les chaînes publiques... Et dans ce cas, Monsieur Sarkozy, on garde la pub sur France télévisions... France télévisions ne devrait-elle pas conserver sa régie?
Aujourd'hui, les salariés de France télévisions ont manifesté leur détermination pour donner un avenir à notre télévision de service public. Et pour cela, il savent bien qu'il faut maintenir et développer en son sein un domaine commercial dont le principal outil sera France télévisions Publicité. Plutôt garder notre pub que de perdre nos emplois...

Marc Chauvelot
Secrétaire général
Du SNRT CGT France télévisions


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