Billet de blog 20 nov. 2015

Faire face à la terreur suppose de répondre à ses causes

Taoufiq TAHANI, président de l'Association France Palestine Solidarité, tient à rappeler que « les causes du terrorisme sont certes multiples et renvoient aux complexes fragilités internes des sociétés du Proche-Orient comme à la redoutable fracturation sociale de notre propre société française avec ce qu’elle charrie de perte de sens et de désespérance ». Et « la question palestinienne toujours au cœur même de ce volcan régional aujourd’hui si menaçant ». 

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Taoufiq TAHANI, président de l'Association France Palestine Solidarité, tient à rappeler que « les causes du terrorisme sont certes multiples et renvoient aux complexes fragilités internes des sociétés du Proche-Orient comme à la redoutable fracturation sociale de notre propre société française avec ce qu’elle charrie de perte de sens et de désespérance ». Et « la question palestinienne toujours au cœur même de ce volcan régional aujourd’hui si menaçant ».


Nous sommes pour longtemps sous le choc du carnage commis à Paris dans la nuit du 13 novembre. Passé le premier moment de sidération et de deuil, il faut chercher à décrypter cet âge de fer dans lequel nous sommes entrés.

Nous sommes malheureusement bien placés, comme organisation de solidarité avec le peuple palestinien, pour savoir ce que signifie le terrorisme et quelles sont ses racines. Nous le répétons depuis des années : nous sommes sur une trajectoire qui mène au chaos si rien n’est fait pour prendre un autre chemin.

Les causes du terrorisme sont certes multiples et renvoient aux complexes fragilités internes des sociétés du Proche-Orient comme à la redoutable fracturation sociale de notre propre société française avec ce qu’elle charrie de perte de sens et de désespérance.

Mais le chaos régional installé au Proche et Moyen Orient a pour point de départ les interventions extérieures qui en ont bouleversé l’équilibre depuis maintenant un siècle. Accords Sykes-Picot partageant la région en zones d’influence dans le mépris tout colonial de ses peuples et qui ont débouché sur les frontières aujourd’hui bousculées par Daech. Déclaration Balfour par laquelle le gouvernement britannique donnait au mouvement sioniste carte blanche pour disposer d’un pays tiers, en toute puissance et logique impériale. Mandat britannique sur la Palestine conféré par une Société des nations essentiellement européenne et qui s’emploie alors à consolider le « foyer national juif » sans se soucier des droits de la population autochtone.

D’une façon générale, nous sommes face à l'incapacité à penser hors des schémas coloniaux couronnée lors de la calamiteuse expédition de Suez… Cette incapacité débouchera, après que les Etats-Unis eurent pris le relais de la défense inconditionnelle et du surarmement illimité d’Israël devenu leur pièce stratégique pour le contrôle de la région, sur la « guerre globale contre la terreur » engagée par un George W. Bush brandissant l’étendard de la croisade du bien contre le mal.

Pour qui n’a pas le regard rivé à la surface de l’actualité immédiate, la profonde centralité de la question de Palestine est une évidence. Elle est l’archétype même de l’injustice historique dotée d’une force symbolique extraordinaire commise avec la participation active de l’Occident, avec l’indifférence ou l’instrumentalisation de nombre de régimes arabes. Et qui pourrait bouleverser le monde musulman tout entier si les messianistes, désormais proches des cercles dirigeants israéliens, allaient au bout de leurs provocations sur l’esplanade des mosquées.

Comment ne pas être saisis de nausée à entendre Benjamin Netanyahou déclarer qu’Israël « se tient aux côtés de la France dans la guerre commune contre le terrorisme » ? Propos odieux et manipulateurs venant d’un Etat qui depuis 48 ans maintient sous occupation le territoire palestinien, territoire qu’il colonise en violation du droit international comme des conventions de Genève. Comme si le terrorisme cruel et inhumain de Daech pouvait en quoi que ce soit dédouaner les dirigeants israéliens de leurs propres actes qui relèvent de la Cour pénale internationale.

Alors, certes, la question palestinienne n’est pas tout, mais redisons-le avec force en ces jours dramatiques : on ne peut faire comme si elle n’était pas installée au cœur même de ce volcan régional aujourd’hui si menaçant.

Certes, s’engager enfin pour la résoudre sur la base du droit ne réglera pas tout d’un coup de baguette magique. Mais ne pas le faire et accepter la stratégie du pourrissement de B. Netanyahou, c’est à coup sûr prendre le parti du chaos.

En cette matière comme en tout, il est vain de chercher à combattre les effets sans s’attaquer aux causes de ce qui a déstabilisé en profondeur le Proche et Moyen Orient. La course à la sécurité avec toujours plus de restrictions aux libertés est aussi dangereuse que vaine et risque fort de détourner de l’action sur les causes au profit d’une logique militaro-sécuritaire sans fin.

C’est pourquoi il est de l’intérêt et du devoir de la France de stopper la course à l’abîme vers laquelle nous poussent aujourd’hui les dirigeants israéliens, eux qui refusent par principe l’idée même de vivre à égalité, aux côtés d’un peuple palestinien debout dans un Etat souverain.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Le grand bond en arrière climatique
Et si le climat était une victime de la guerre en Ukraine ? Face au risque de pénurie énergétique provoquée par le conflit, les pays européens préparent un recours accru au charbon et au gaz fossile. Une marche arrière alarmante, à l’heure de l’urgence climatique, qui met en lumière notre terrible retard en matière de transition écologique.
par Mickaël Correia
Journal
Viktor Orbán est-il de plus en plus isolé en Europe ?
Embargo sur le pétrole russe, État de droit, guerre en Ukraine... Sur plusieurs dossiers, le premier ministre hongrois, à l’aube de son quatrième mandat consécutif, diverge de la majorité des Vingt-Sept. Débat avec une eurodéputée et un historien spécialiste de la région.
par Amélie Poinssot
Journal — Histoire
Le docteur est-il encore en vie ?
Le 4 mars 1957, le docteur Slimane Asselah est enlevé dans son cabinet médical, au milieu de la casbah d’Alger, par les forces de l’ordre françaises. Mort ou vif, sa famille ne l’a jamais revu. Deuxième volet de notre série.
par Malika Rahal et Fabrice Riceputi
Journal — Amérique du Sud
En Équateur, victoire en demi-teinte pour les autochtones après 18 jours de lutte
Un accord a été conclu jeudi entre le gouvernement et les responsables autochtones, à l’issue d’une longue grève générale, pour réclamer de meilleures conditions de vie. Dans la capitale Quito, la « Casa de la Cultura » (Maison de la culture) a été un endroit clef du mouvement.
par Alice Campaignolle

La sélection du Club

Billet de blog
Les dirigeants du G7 en décalage avec l’urgence climatique
Le changement climatique s’intensifie et s’accélère mais la volonté des dirigeants mondiaux à apporter une réponse à la hauteur des enjeux semble limitée. Dernier exemple en date : le sommet des dirigeants du G7, qui constitue à bien des égards une occasion ratée d’avancer sur les objectifs climatiques.
par Réseau Action Climat
Billet de blog
Apprendre à désobéir
Les derniers jours qui viennent de s’écouler sont venus me confirmer une intuition : il va falloir apprendre à désobéir sans complexe face à un système politique non seulement totalement à côté de la plaque face aux immenses enjeux de la préservation du vivant et du changement climatique, mais qui plus est de plus en plus complice des forces de l’argent et de la réaction.
par Benjamin Joyeux
Billet de blog
Aucune retenue : l'accaparement de l'eau pour le « tout-ski »
J'ai dû franchir 6 barrages de police et subir trois fouilles de ma bagnole pour vous ramener cette scandaleuse histoire de privatisation de l'eau et d'artificialisation de la montagne pour le « tout-ski » en Haute Savoie.
par Partager c'est Sympa
Billet de blog
Chasse au gaspi ou chasse à l'hypocrisie ?
Pour faire face au risque de pénurie énergétique cet hiver, une tribune de trois grands patrons de l'énergie nous appelle à réduire notre consommation. Que cache le retour de cette chasse au gaspillage, une prise de conscience salutaire de notre surconsommation ou une nouvelle hypocrisie visant préserver le système en place ?
par Helloat Sylvain