Billet de blog 21 mars 2011

Islam, laïcité: les femmes instrumentalisées

Fatima Lalem, adjointe au maire de Paris chargée de l'égalité, rappelle les revendications des femmes et dénonce l'instrumentalisation dont elles font l'objet dans le débat voulu par l'UMP sur la laïcité et l'islam.

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Fatima Lalem, adjointe au maire de Paris chargée de l'égalité, rappelle les revendications des femmes et dénonce l'instrumentalisation dont elles font l'objet dans le débat voulu par l'UMP sur la laïcité et l'islam.

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Est-il nécessaire de rappeler, alors que la journée de la femme s'est tenue tout récemment, qu'en France comme dans de nombreux autres pays dans le monde, il reste de nombreux droits à acquérir et à défendre pour les femmes? Les enjeux liés aux droits des femmes sont en outre réactualisés à travers les mouvements révolutionnaires actuels au Maghreb et au Machrek: faut-il rappeler que bon nombre de femmes qui se battent dans ces pays entendent inscrire le principe de laïcité et des droits des femmes comme un enjeu central pour le combat démocratique?

Dans le même temps, ici en France, on voudrait porter un débat sur l'islam en utilisant, encore une fois, les arguments de la place des femmes et de la laïcité pour le justifier. Qui peut être dupe de cette énième instrumentalisation?

Voilà qu'après avoir pris pour cible l'été dernier les Roms et les gens du voyage, après avoir voulu créer, de fait, deux catégories de citoyens en souhaitant déchoir de la nationalité des Français d'origine étrangère, après nous avoir imposé un débat sur l'«identité nationale», prétexte à tous les amalgames et tous les dérapages, ce pouvoir s'apprête encore à jeter nos compatriotes les uns contre les autres. Nous n'avons pas besoin de ce débat qui risque de stigmatiser une partie de nos compatriotes, mais d'une véritable action politique qui favorise le respect de nos valeurs républicaines et de nos lois, au premier rang desquelles le principe constitutionnel de l'Egalité entre les femmes et les hommes.

Si l'une des préoccupations de ce gouvernement était réellement la promotion de cette égalité, alors pourquoi ne compte-t-il ni ministère dédié ni même un secrétariat d'Etat aux droits des femmes?

Ce que demandent les femmes, c'est une égalité salariale garante de leur autonomie alors qu'aujourd'hui encore leur salaire moyen est inférieur de 20% à celui des hommes. Revendication très ancienne... puisque la première loi évoquant la parité salariale date de1972! Elles veulent pouvoir vivre décemment alors qu'elles sont six fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel, deux fois plus nombreuses à occuper des emplois précaires et que leur pension de retraite est inférieure de 42% à celle des hommes.

Ce qu'elles demandent à nos gouvernants, c'est qu'ils agissent concrètement pour que, dans nos quartiers, l'égalité entre femmes et hommes soit une réalité tangible, pour que les droits des femmes ne soient pas niés au nom de la tradition ou de l'obscurantisme comme cela est trop souvent le cas.

Ce qu'elles demandent, c'est que sur tout le territoire national, il soit possible pour une jeune fille, quelle que soit son origine ou sa religion, de faire les études qu'elle souhaite et de fréquenter qui elle désire.

Ce qu'elles demandent, c'est de pouvoir, sans entraves, disposer librement de leur corps. C'est que la loi sur l'IVG soit vraiment appliquée, alors même que la récente réforme hospitalière, guidée par la seule rentabilité économique, impose des restructurations et des coupes budgétaires qui mettent gravement en cause ce droit chèrement acquis.

Ce qu'elles demandent c'est la possibilité d'accéder aux responsabilités, tant dans l'entreprise que dans la vie politique, alors qu'aujourd'hui, en France, seulement un député sur cinq est une femme.

Ce qu'elles demandent, c'est une action déterminée pour que cessent les violences faites aux femmes. Celles-ci étaient censées être la «grande cause nationale de 2010», mais force est de constater que les structures d'information, de prévention et d'accueil sont sous-dotées par l'Etat et qu'aujourd'hui, en France, une femme meurt encore tous les 2 jours ½ sous les coups de son compagnon.

Certains me rétorqueront que ce débat sur l'islam a surtout pour but de rappeler l'importance du principe de laïcité dans notre pays et de dénoncer l'intégrisme musulman qui s'attaque systématiquement aux femmes et défigure le vrai visage de l'islam. Qui peut croire que ce débat résoudrait ces problèmes?

Le combat pour un islam républicain mérite mieux que cette volonté de désigner une sorte d'«ennemi» de l'intérieur. Il faut rappeler qu'il existe un islam de la République, compatible et respectueux de celle-ci, qu'il faut protéger et défendre tout en étant d'une extrême fermeté contre toutes les tentations communautaristes qui sont autant de sources de morcellement pour notre société.

Je ne peux m'empêcher de mettre en parallèle la velléité répétée de ce gouvernement et du parti présidentiel à inscrire des débats qui ciblent les musulmans et leur attitude pour le moins très distanciée face aux mouvements révolutionnaires qui ont secoués les sociétés tunisiennes, algériennes, égyptiennes et libyennes.

Comment peuvent-ils rester aveugles face à ces femmes qui, loin de vouloir être considérées comme des victimes, se sont battues et continuent à se battre pour leurs droits et leurs libertés en refusant d'êtres condamnées à la sphère intime? Comment ne pas voir combien les femmes tunisiennes luttent actuellement pour sauvegarder leurs acquis, réclamer de nouveaux droits et instaurer la séparation du religieux et du politique dans leur pays? Comment ne pas voir le combat des femmes algériennes luttant pour leur liberté et demandant à cor et à cri l'abolition du Code de la famille inspiré de la charia? Ces femmes qui luttent pour la démocratie sont les premières à être vigilantes et à refuser de se voir dépossédées des révolutions qu'elles ont contribué à mener. Actrices de l'effondrement des régimes de Ben Ali ou de Moubarak, elles ne laisseront pas l'avenir de leurs pays se faire sans elles.

Il faut cesser de vouloir à tout prix instrumentaliser les combats des femmes. A contrario, il est urgent et fondamental pour notre République de répondre à leurs aspirations et à leurs revendications légitimes.

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