Violences policières: l'appel aux candidats

«Candidates, candidats, nous vous invitons à répondre à la prise de conscience populaire qui résulte des tragédies que sont les violences policières “illégitimes”», et dont nous tous, vous compris, sommes témoins.» Par Farid El Yamni, président du comité Justice et vérité pour Wissam (1).

«Candidates, candidats, nous vous invitons à répondre à la prise de conscience populaire qui résulte des tragédies que sont les violences policières “illégitimes”», et dont nous tous, vous compris, sommes témoins.» Par Farid El Yamni, président du comité Justice et vérité pour Wissam (1).



Citoyennes, citoyens, candidates, candidats à la fonction de président de la République française,

Cet appel est une invitation au dialogue, à la rencontre, et à la réflexion. Pour qu’ensemble, vous les gouverneurs, et nous les gouvernés, l'on trouve des solutions pour éteindre les flammes d'un feu qui touche les bases de notre système. En effet, vous n'êtes gouverneurs que dans la mesure où nous le sommes, en allant vous choisir, en vous faisant confiance, en vous donnant notre voix. Et les flammes qui touchent les bases de notre société viennent mettre en danger la confiance que nous, gouvernés, nous donnons à notre société. En nous y sentant en sécurité. Le but de cette invitation est de vous interpeller sur des faits inacceptables et contraires à notre république démocratique.

Candidates, candidats, nous vous invitons à répondre à la prise de conscience populaire qui résulte des tragédies que sont les violences policières « illégitimes », et dont nous tous, vous compris, sommes témoins. Parce que vous vous dites proches du peuple, et pour que vous apparaissent plus clairement la pertinence et l'importance d'un tel message, brossons un portrait du contexte dans lequel évolue le peuple.

C'est la crise. Chômage, et donc problème de l'emploi. Retraites. Éducation. Délinquance, et plus généralement la problématique des jeunes générations. Problème de la santé et des difficultés rencontrées par notre système de sécurité sociale. La mondialisation grandissante, laquelle rend la nation vulnérable. La place du capitalisme dans notre société, et tous les enjeux financiers qui en découlent. La pauvreté grandissante, handicapant de plus en plus nos contemporains. Le problème du logement, s'aggravant jusqu'au stade où certains travailleurs dorment dans leurs voitures. L'immigration, et plus généralement la place donnée au cosmopolitisme dans notre pays aujourd'hui... Voici quelques thèmes récurrents des campagnes présidentielles qui sont les vôtres. Et parmi ces thèmes, il y en a un que l'on ne peut omettre de citer : la sécurité et l'insécurité.

Ce thème est d'autant plus important que la sécurité, et l'insécurité, sont des problèmes qui doivent être pris dans leur globalité. Ainsi, il est question de toutes les formes d'insécurité. Y compris celles dues à une partie de ceux qui sont censés assurer la sécurité publique en France. De ce contrat républicain dépend le bien-être de notre démocratie, et son image dans le monde. On ne peut demander au peuple de favoriser un climat de paix sociale, si ceux qui sont censés faire respecter cette paix sociale attaquent de manière délibérée le peuple, jusqu'à tuer, au lieu de protéger et rassurer chacun d'entre nous.

Qui sommes-nous, pour nous permettre de vous interpeller sur ces questions ?

Nous sommes, autant que vous, le peuple, cette matière première qui permet à la démocratie d'exister.

Dans une démocratie, pour que les choses se passent bien, il faut faire les choses dans l'ordre. L'ordre, pour y veiller, notre démocratie y consacre des forces : «les forces de l'ordre». C'est grâce à ces forces que chacun peut circuler, communiquer, penser, et vivre en paix. Candidates, candidats, qu'en est-il de la théorie, et qu'en est-il de la pratique? Je vous pose la question à vous, qui vous dites proches du peuple.

Venons-en au fait, venez nous dire comment il se fait qu'aujourd'hui en France, un homme meurt, sous les pieds de la force, des « forces de l'ordre », pour un jet de pierre. Une bavure de plus ? Non ! Un tir lourd qui vient dégrader l'édifice de la démocratie. Nous savons et vous savez que pendant ces périodes de campagne beaucoup de vos collègues candidates et candidats au poste présidentiel multiplient les promesses sans lendemain. Qu'en est-il de votre sincérité avec les électeurs, la nation, la France? Nous parlons de faire les choses dans l'ordre, et les priorités veulent que vous veniez nous voir, que vous veniez voir les gens. Qui sommes-nous ? Des victimes d'un système qui met en péril la sécurité même de chacun.

Aujourd'hui des mères ont peur pour leurs enfants, dehors, le soir. Certes, elles ont peur qu'ils ne fassent des bêtises, c'est une vérité. Mais elles ont aussi peur que ceux qui sont censés les empêcher de faire des bêtises, ne fassent eux-mêmes une bêtise, une bavure. Un fait divers, un de plus. Mais un mort. En l’espace de 20 ans, 300 morts, mais aucune peine d'emprisonnement.

(1) Tombé dans le coma après son interpellation, le 31 décembre 2011, Wissam El Yamni est décédé neuf jours plus tard. Lire aussi notre article du 17 février 2012.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.