Les vœux génocidaires de Jean-Marie Le Pen

Le président socialiste du conseil général de l'Essonne, Jérôme Guedj, condamne les propos de Jean-Marie Le Pen, qui a déclaré à l'occasion d'un meeting à Marseille que le virus Ebola était la solution face au « risque de submersion » de la France par l'immigration : « Il faut une réponse pénale, car il est interdit en France d’en appeler au génocide, comme à la haine raciale, et une réponse politique. Le racisme n’est pas une opinion, c’est un crime. »

Le président socialiste du conseil général de l'Essonne, Jérôme Guedj, condamne les propos de Jean-Marie Le Pen, qui a déclaré à l'occasion d'un meeting à Marseille que le virus Ebola était la solution face au « risque de submersion » de la France par l'immigration « Il faut une réponse pénale, car il est interdit en France d’en appeler au génocide, comme à la haine raciale, et une réponse politique. Le racisme n’est pas une opinion, c’est un crime. »


« Monsieur Ebola peut régler tout ça en trois mois. » Jean-Marie Le Pen, qui faisait estrade commune avec sa fille hier à Marseille en meeting, donne donc du « monsieur » au virus mortel qui a fait sa réapparition il y a quelques mois en Afrique. Il lui donne du « monsieur » car il est selon Jean-Marie Le Pen la solution face au « risque de submersion » de la France par l'immigration et au « remplacement de la population qui est en cours ».

Il ne s’agit pas d’un dérapage, d’une parole raciste de plus dans la bouche d’un multirécidiviste en la matière. Non, on est bien au-delà dans le domaine de la haine. Il vient de faire un vœu génocidaire. Ce personnage, qui serait grotesque si le parti politique et les héritières qu'il a engrangées n’étaient des dangers mortels pour la République, a exprimé le souhait qu’en Afrique des millions de personnes disparaissent. 

Le président d’honneur du Front National, fondateur et incarnation historique du parti que les sondages placent en tête à l’élection européenne de dimanche, claironne donc à qui veut l’entendre lors d’un rassemblement de sa formation politique que la solution à une question politique, l’immigration, est une solution finale, l’éradication d’une partie de l’humanité, les Africains.

Si certains avaient encore besoin de clarification sur la nature du Front National, sur les idées puantes qui règnent dans ses rangs et la matrice idéologique de ses cadres, Jean-Marie Le Pen vient de leur rafraîchir la mémoire. Le Front National se réclame de la République, emprunte désormais nombre de ses thèmes à la gauche, joue à plus laïque que moi tu meurs, palabre à haute voix sur la défense du monde ouvrier, envoie sur les plateaux télé des cadres bien proprets ? Chassez le naturel, il revient au galop. Le Front National n’est rien de ce qu’il affirme être. Prononcez le mot immigration, et la fable du parti dé-diabolisé, avec ses personnages et ses thèmes fictifs, s’effondre. Prononcez le mot immigration, et la vraie nature de ce parti ressurgit, son logiciel originel se remet en route, avec, intégrée, toute la panoplie de l’extrême droite, dont le génocide, héritage programmatique des nazis. On y est, il n’a pas fallu gratter bien longtemps.

Je ne prendrai pas le temps de répondre ici au mythe des invasions barbares, à la trouille des musulmans et du « remplacement de la population » européenne. Rappelons juste que si quelques valeurs nous unissent encore, c’est bien celles qui président au fait qu’on se fout bien de savoir en France qui sont vos parents ou vos grands-parents, mais quels sont vos droits et vos devoirs. Que s’il existe une identité à la Nation française, elle est fondée sur la citoyenneté, la responsabilité civique qui en découle et s’incarne dans la République, ce vieux projet universaliste que nous ont légués une bande d’illuminés qui décidèrent à la fin du XVIIIe de renverser le cours de l’histoire et d’embarquer l’humanité dans le projet d’une « société des égaux ». Je le rappelle car nous ne sommes pas issus de nulle part. L’Europe non plus, celle pour laquelle nous votons dimanche.

C’est malheureux de devoir remettre sans cesse le couvert, mais si aujourd’hui nous avons le privilège, l’immense privilège, de vivre librement dans le plus grand espace démocratique du monde, c’est loin d’être un hasard et ce n’est pas un acquis éternel. Avant nous, avant que les démocraties européennes ne décident de s’associer pour ne plus se faire la guerre, la spécialité continentale était justement la guerre. Lorsque Jean-Marie Le Pen fait un vœu génocidaire, il se place non dans l’histoire que nous construisons depuis 70 ans, mais dans celle que les nazis voulaient construire pour « mille ans » en Europe. Un monde où on éradique des peuples, des populations parce qu’on estime qu’elles sont un problème pour le genre humain. Ainsi, lorsqu’il déclare hier à Marseille que ce « phénomène d'immigration massive est aggravé chez nous par un fait religieux : une grande partie de ces immigrés sont des musulmans, une religion qui a une vocation conquérante, d'autant plus conquérante qu'elle se sent forte et qu'ils se sentent nombreux. Elle va jusqu'à conquérir jusque dans nos propres rangs – pas au FN mais en France – de nombreux et nouveaux fidèles » (Le Monde, 21/05), il ne fait que reprendre le thème de la « vermine » qui viendrait tarir une « race pure », sous couvert de différences religieuses et culturelles. Dans l’Europe dominée par les nazis, il s’agissait de la « vermine juive », elle a juste été recolorée, mais c’est la même chose. Et en lieu et place du génocide industriel organisé dans les camps de la mort, il souhaite un génocide infectieux, permis par un virus. 

Devons-nous laisser de tels « rossignols du carnage » s’ébrouer impunément ? Assurément que non, il faut une réponse pénale, car il est interdit en France d’en appeler au génocide, comme à la haine raciale, et une réponse politique. Le racisme n’est pas une opinion, c’est un crime. Si nos lois l’affirment, c’est pour une bonne raison, c’est que nous en connaissons les funestes conséquences. 

Ces paroles doivent être condamnées par tous, et nous devons rappeler aux électeurs que, quels que soient les frustrations et reproches que nous pouvons, et devons, faire à l’Union, ce n’est pas en envoyant des représentants qui prônent la barbarie humaine que nous trouverons les voies qui permettront de ré-enchanter le rêve européen. Bien au contraire. Le FN n’est pas contre le système, il en est la pire des expressions, comme l’extrême droite l’a toujours été depuis son apparition dans le champ politique. 

Jérôme Guedj, président (PS) du conseil général de l'Essonne 

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