Il ne suffit pas d’être «anti-Valls» pour le battre

« Dégager Valls » n’est pas un projet politique en soi, écrivent Farida Amrani (titulaire) et Ulysse Rabaté (suppléant), candidats de la France Insoumise dans la circonscription de l'ancien Premier ministre. Ils s'alarment d'une multiplication de candidatures qui tournent en dérision un enjeu sérieux et, surtout, offrent à Manuel Valls le type de dilemmes politiques binaires et caricaturaux sur lesquels il prospère. 

Depuis plusieurs semaines, la candidature de Manuel Valls sur la 1ère circonscription de l’Essonne aura suscité de nombreuses réactions dans le pays. Déjà sanctionné lors de la primaire du Parti Socialiste, rejeté de tous les appareils politiques suite à ses manquements et trahisons répétées, indésirable auprès du nouveau gouvernement malgré de très ostensibles appels du pied, l’ancien Premier Ministre se replie sur les législatives pour garder son siège de député et sauver ce qui reste de sa carrière politique. 

Sur cette circonscription ancrée à gauche, dans laquelle Manuel Valls avait été parachuté en 2001, Jean-Luc Mélenchon est arrivé très largement en tête avec 29,7 % des voix au premier tour des élections présidentielles. A Evry, où les derniers soutiens de Valls sont les plus présents, 34% des électeurs ont porté leur voix sur le candidat de la France Insoumise, répondant aux injonctions de l’ancien premier ministre par un cinglant désaveu.  

Candidats de la France Insoumise sur cette circonscription et conscients de ces résultats, nous avons aujourd’hui l’opportunité de tourner enfin la page Valls par un 49-3 citoyen, après cinq années pendant lesquelles il aura fracturé notre pays, divisé notre peuple et affaibli la Gauche. 

Nous avons commencé notre campagne depuis six mois, mais nous sommes au travail depuis maintenant plusieurs années, sur le terrain, dans nos villes de Corbeil-Essonnes et d’Evry, mais aussi auprès des habitants de Bondoufle, Courcouronnes, Lisses  et Villabé . Aller à la rencontre des citoyens, répondre à leurs questions, écouter leurs idées, les prendre en compte et les mûrir, pour construire un projet… en somme, faire de la politique au service des citoyens plutôt qu’à leurs dépens, cela prend du temps. Un temps long mais nécessaire. C’est ce temps qui fait la différence entre une idée et un slogan, entre une conviction et une posture, entre le sens et le bruit. 

Nous mesurons chaque jour ce qu’une victoire représenterait pour tous ceux qui, pour des raisons si différentes, voient en Manuel Valls le symbole de tout ce qu’ils ne veulent plus voir en politique : le cynisme, l’opportunisme, l’intérêt personnel, le mépris de la différence d’idée, le renoncement à la parole donnée. 

Tant de gens comptent sur nous pour, nous disent-ils, « le dégager ».

Nous comprenons cette expression. Très présente lors des soulèvements populaires qui ont marqué plusieurs pays arabes, elle visait une classe politique corrompue et cynique, rejetée par un large mouvement, porté par la jeunesse. A ceux qui la considèrent trop vindicative, nous répondrons que cette « violence sémantique » qu’expriment nombre de nos concitoyens est à comparer à la violence réelle et politique qu’a infligée Manuel Valls à notre peuple pendant ces dernières années, lors de ses innombrables sorties : envers les Roms et les musulman-e-s, mais aussi en matière de sécurité, de dialogue social ou contre les universitaires… Le nombre de personnes blessées par ses propos et ses décisions politiques se mesure aujourd’hui à la diversité des soutiens que nous recevons.

Et pourtant, quelles que soient la frustration et la colère légitimes qu’il provoque, « dégager Valls » n’est pas un projet politique en soi. Notre circonscription vaut mieux que ça. Nos concitoyens, qui y vivent 365 jours par an, hors du temps médiatique et des polémiques, méritent mieux que cela. 

Il y a des problèmes réels qui méritent d’être résolus, des besoins urgents qui méritent d’être satisfaits, des questions sérieuses auxquelles il faut fournir des réponses. C’est tout le sens de notre projet, qui cherche à traiter des sujets de fond, plutôt qu’à suivre le candidat Valls dans sa déchéance de rationalité. 

L’annonce des candidatures de Francis Lalanne ou de Dieudonné sur notre circonscription montre les limites cruelles d’une opposition personnelle et stérile à Manuel Valls, qui risque bien finalement de tourner à son avantage, en lui offrant le type de dilemmes politiques binaires et caricaturaux sur lesquels il prospère.  

Outre un éparpillement des voix qui faciliterait la tâche au candidat Valls, la multiplication des candidatures tourne en dérision une situation très sérieuse, et profite mécaniquement au candidat sortant. La politique n’est pas un jeu. La vie de notre circonscription n’est pas une émission de télé-réalité. 

Face à la dérive libérale et autoritaire qu’incarne Manuel Valls, à son discours de division, à sa volonté du rapport de force permanent, nous opposons une vision du monde radicalement différente : basée sur l’espoir, les solidarités, le réalisme de ce que vivent nos quartiers et nos territoires, la formidable richesse humaine que recèle notre peuple. 

Nous ne prétendons pas tout savoir, tout pouvoir et tout commander, mais nous sommes animés d’une conviction profonde et sincère : 

Si nous sommes capables de rassembler nos concitoyens dans cette circonscription, si malgré les moyens limités dont nous disposons nous parvenons à mener une campagne qui inspire et donne à réfléchir, si nous incarnons un visage humain, propre  et à distance des pratiques clientélistes et malhonnêtes qui ont dégoûté tant de nos concitoyens de la politique, alors nous aurons à coup sur la victoire.

Plutôt qu’un "barrage républicain" instrumentalisé par ceux qui, pendant tant d’années, ont fait le jeu de l'extrême droite, nous appelons aujourd’hui au barrage de la dignité.

Il est temps de dire ensemble qu'un autre monde est possible. Plus encore, il est nécessaire. Le renouvellement politique ne passe pas uniquement par la forme mais aussi sur le fond, à travers un principe simple :

Nous faisons de la politique pour les gens, pas contre eux.

Farida Amrani (titulaire) et Ulysse Rabaté (suppléant)
candidats de la France Insoumise dans la 1ère circonscription de l’Essonne

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