Billet de blog 22 janv. 2016

Pourquoi Caroline Fourest trahit notre laïcité

Samuel Grzybowski, entrepreneur social, fondateur de Coexister, initiateur de #NousSommesUnis, attaqué par Caroline Fourest dans Le Monde réagit: «Cette attaque honteuse à mon égard et à celui de l’extraordinaire travail fourni par Coexister et les Coexistants depuis sept ans, me contraint ici encore à me défendre là où c’est la fraternité qu’il faudrait entendre».

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J’ai lu ce matin avec consternation les propos mensongers de Caroline Fourest qui récidive une fois de plus dans le maniement de la calomnie et du discrédit.

Au cœur de cette polémique stérile qui ne nous permet pas assez d’aller au cœur des débats sur cette laïcité que j’aime, je regrette de ne pas pouvoir réfléchir en bonne intelligence avec d’autres concitoyens qui ne pensent pas comme moi. Cette attaque honteuse à mon égard et à celui de l’extraordinaire travail fourni par Coexister et les Coexistants depuis sept ans, me contraint ici encore à me défendre là où c’est la fraternité qu’il faudrait entendre.

Je réponds aux différentes accusations de Mme Fourest dans l’édition du Monde datée du mardi 26 janvier 2016, imprimée la veille. En attendant j’aimerais revenir sur le contexte de cette crise et de ces attaques puériles.

Avant d’être embarqué dans cette tourmente médiatico-politique vis à vis de laquelle je ne pouvais plus me taire, je me levais chaque matin avec la joie et la conviction d’être à ma place. Ma place, celle d’un militant convaincu que grâce à la laïcité et aux valeurs de la République nous pouvons vivre ensemble. Celle d’un entrepreneur social qui a tout mis en œuvre pour que la diversité de nos convictions religieuses ou philosophique forme une complémentarité de prétextes et motivations pour agir au service des autres et avec les autres. Celle d’un ex-adolescent fidèle aux mouvements de jeunesse, à l’éducation populaire, à l’énergie de l’espoir qu’elles portent en elle. 

Cette place est heureusement reconnue et saluée par le rapport annuel des Etats-Unis sur la liberté religieuse nous classant depuis trois ans parmi les meilleurs bonnes pratiques au monde dans la lutte contre l’antisémitisme, par la remise du prix Émile Boutmy pour mon engagement politique au service de la laïcité et du vivre ensemble, par le programme La France s’engage de l’Elysée dont nous sommes lauréats par vote des citoyens depuis le 5 mars 2015, par le Ministère des Affaires Étrangères qui finance une partie de notre tour du monde à la recherche des bonnes pratiques pour en ramener les meilleurs ici en France (nuit porte ouverte des lieux de culte, atelier sur la laïcité et le fait religieux pour les enfants, valorisation du patrimoine pluriel des communes …), par le CESE qui nous a ouvert ses portes à l’occasion du grand colloque sur la « laïcité garante de la cohésion sociale » et par tant d’autres encore… Voilà la place qui est la mienne et c’est à celle-ci que j’espère retourner sans tarder.

Ce qui m’attriste le plus en lisant les propos de Caroline Fourest, c’est de penser à tous ces jeunes sur le terrain, tous ces acteurs, « humbles militants pénétrés d’idéal » qui se reconnaissent dans l’un ou plusieurs signataires de #NousSommesUnis et qui, grâce à cette initiative incroyable ont pu le temps d’un instant s’imaginer être unis eux aussi, avec ceux qu’on leur a appris à haïr. Tous ces signataires, toutes ces organisations sans exceptions - même les plus contestables - portent en elle des citoyens, des acteurs associatifs, des femmes et des hommes de bonne volonté qui ont cru faire le mieux pour la France et pour la collectivité en s’engageant ici plutôt que là, fidèles à leurs convictions et au service de l’intérêt général.

Naïfs ? Pardonnez notre génération de ne pas jeter l’opprobre sur des pestiférés, mis au banc de la République, victimes d’une excommunication laïque et symbolique, les rangeant à tout jamais du côté des infréquentables. Des « vauriens » exclus du débat public sans procès et sans droit de réponse. Et si quand bien même tous les reproches à leur égard étaient vrai ? Signer ce texte ne pourrait-il pas être une façon de faire un pas de plus vers le collectif et la citoyenneté ? Cumulés, les associations membres du collectif rassemblent plus de trois millions de français. Le texte a quant à lui été soutenu par quinze mille personnes sur les réseaux sociaux, majoritairement des jeunes de 18 à 24 ans. Ce sont toutes ces bonnes volontés, pures, saines, bien intentionnées et profondément républicaines qui sont balayées d’un revers de main par la violence de ces propos et la posture malheureuse du Premier Ministre.

Depuis la rentrée 2016, mes nouvelles responsabilités de conseil dans l’entreprise m’ont davantage porté à rencontrer chaque jour des responsables et des managers pour réfléchir avec eux à la façon dont ils envisagent la laïcité dans leur quotidien. Mais quand, grâce à Coexister, j’aurai l’occasion de retourner devant des jeunes et des lycéens pour à nouveau leur présenter la grandeur de notre laïcité, qu’aurai-je à leur dire ? Que vais-je répondre à ceux qui me demanderont pourquoi des élites visibles et audibles s’en sont pris à un collectif unitaire et rassembleur ? Que vais-je répondre à ceux qui me demanderont pourquoi certains citoyens sont fréquentables et d’autres non ? Que vais-je répondre à ceux qui vivent déjà l’unité dans la diversité ? Je leur dirai que la laïcité leur appartient et que c’est à eux de faire battre le cœur de la fraternité française ! 

Samuel Grzybowski, entrepreneur social, fondateur de Coexister, initiateur de #NousSommesUnis, auteur du Manifeste pour une Coexistence Active (Atelier, Paris, 2015, 111 pages, 5€)

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