Construire le développement durable d'Europe Ecologie

Intellectuels, responsables d'Europe Ecologie et/ou des Verts et conseillers régionaux, elles et ils s'engagent dans la voix ouverte par Daniel Cohn-Bendit lundi 22 mars dans Libération. Pour faire d'Europe Ecologie une «force politique structurée, capable de répondre d'une manière efficace aux attentes qu'elle a fait naître».
Intellectuels, responsables d'Europe Ecologie et/ou des Verts et conseillers régionaux, elles et ils s'engagent dans la voix ouverte par Daniel Cohn-Bendit lundi 22 mars dans Libération. Pour faire d'Europe Ecologie une «force politique structurée, capable de répondre d'une manière efficace aux attentes qu'elle a fait naître».

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pave.jpgLa crise que nous subissons n'est pas un événement ponctuel: elle exprime la violence déjà ancienne d'un système qui repose sur l'exploitation illimitée des hommes et des ressources naturelles, transformés en produits consommables et jetables ; elle accentue les inégalités, la précarité et bouleverse les dispositifs de la solidarité et de la sécurité sociales; elle exacerbe la course aux profits de court terme et la concurrence destructrice, alors même que la planète tout entière a besoin de solutions durables et solidaires.

À l'évidence, cette crise n'est pas la même pour tout le monde : pour les uns, elle permet d'acquérir, de consolider et de reproduire des positions dominantes ; pour les autres, elle vient saper l'espoir fragile d'une vie simplement préservée, ou modestement améliorée, pour soi-même et pour les générations futures. L'égoïsme des États et des classes les plus riches bloque des progrès écologiques et sociaux qui sont indispensables, et régulièrement repoussés.

Les vieilles recettes ont fait long feu: les «plans de relance», le «meilleur partage des fruits de la croissance», «l'attractivité mondiale de la France et de ses régions phares», autant de pseudo-solutions, pour des alternances sans alternative, portées par politiciens professionnalisés coupés de la démocratie vivante et des forces sociales les plus créatrices.

Il était et il est aujourd'hui encore de notre responsabilité de citoyens de réinventer les outils d'un changement à la fois profond et pragmatique, qui, sans promettre des lendemains qui chantent, donne et redonne envie de construire un monde écologiquement responsable, plus juste, socialement et économiquement inventif.

L'émergence et la consolidation d'Europe Écologie, son implantation confirmée par les élections régionales, répondent à cette exigence d'une transformation profonde de notre société. Elles répondent aussi à une aspiration précisément démocratique : soit la politique se nourrit d'intelligence collective, soit elle s'englue dans le conformisme gestionnaire, quand ce n'est pas dans le despotisme autoritaire.

Nous avons besoin d'une économie non aliénée aux lobbies énergétiques et aux circuits dominants de l'hyperconsommation, d'une nouvelle politique agricole et industrielle, source d'emplois et de qualifications articulés à un aménagement mieux équilibré des territoires.

La sécurisation des parcours professionnels, l'alternance judicieuse de la formation et de l'emploi, le respect salarial dû aux peines, à l'expérience et à la maturité, doivent accompagner l'allongement des espérances de vie. Il faut en finir avec le stress au travail, les incalculables heures perdues dans les transports qui minent la cohésion sociale et la qualité de la vie.

Nous avons besoin de logements plus accessibles, mieux isolés sur le plan thermique, inscrits dans une socialité urbaine ou rurale plus chaleureuse et plus solidaire. L'accès égal à l'éducation, à la formation, à la culture mais aussi aux responsabilités politiques est la base indispensable d'une société accueillante et démocratique.

La question climatique est décisive : la faible contribution de notre pays à la baisse des émissions de gaz à effet de serre montre une fois de plus à quel point le gouvernement actuel se paie de mots. Nous avons besoin d'un débat démocratique et responsable sur la taxe carbone et plus généralement sur la fiscalité écologique pour porter durablement et collectivement une politique environnementale efficace. Mais la question climatique ne doit pas être dissociée de l'attention portée à la bio-diversité, au respect combiné des milieux naturels et humains.

On le voit et on le sait désormais: l'écologie politique n'est pas la préservation frileused'une nature-fétiche. Elle ne sépare pas les réponses aux urgences environnementales d'une construction démocratique de long terme, dans le respect des libertés individuelles et de la pluralité des valeurs. Elle est porteuse d'une nouvelle offre politique, qui prend en charge les priorités écologiques, les questions sociales et le renouveau démocratique, qui doit aller de la vie de tous les jours aux grandes échéances électorales.

Au-delà des résultats électoraux actuels, il importe que ce processus de renouvellement et de construction politique se renforce et s'organise. C'est la condition pour une alternative crédible en 2012, dans laquelle l'écologie politique devra jouer un rôle déterminant. L'espérance née et portée dès les élections européennes de 2009 et confirmée ce printemps 2010 ne doit pas s'éteindre. Pour tous ceux et toutes celles qui ont fait naître cette espérance, ceux et celles qu'elle a emportés et enthousiasmés, il serait insupportable que le débat politique en revienne au face-à-face d'une droite cynique au service des puissants, et d'un PS piégé par ses féodalités. Nous sommes nombreux à être prêts à nous battre pour une société plus juste, plus solidaire, et moins irresponsable. Pour cela, un rééquilibrage des forces à gauche doit s'opérer de manière durable.

La question de l'organisation d'Europe Ecologie comme force politique structurée, capable de répondre d'une manière efficace aux attentes qu'elle a fait naître, se pose donc dès aujourd'hui. Partout, dans les départements et dans les régions, en prenant sérieusement la mesure des enjeux à venir, il faut que tous ceux qui se reconnaissent dans le renouveau qu'elle est seule à incarner se réunissent, pour débattre des formes démocratiques que le mouvement doit prendre, et élaborer une plate-forme fédératrice pour le futur, à partir des valeurs fondatrices de l'écologie politique. C'est le sens de l'«Appel du 22 mars» lancé par Dany Cohn-Bendit.

Nous appelons tous les sympathisants, militants et responsables d'Europe Ecologie à diffuser et à soutenir cet appel, à initier et à prendre part, dès maintenant, à un processus d'assises constituantes du mouvement. Ce processus doit se donner le temps de la réflexion, aussi bien pour ne faire violence à aucune des composantes d'Europe Ecologie, que pour éviter les solutions bâtardes et les arrangements bureaucratiques. Mais il doit être conduit avec résolution, pour conjurer les risques d'enlisement et de dispersion. Nous appelons donc à un processus en deux étapes :

1, dès le printemps, la tenue d'assises régionales et nationales qui devront aboutir à une plate-forme politique pour les années à venir, et à une charte servant de cadre au débat sur l'organisation du mouvement.

2, à l'automne, une assemblée constituante ayant mandat pour poser les principes qui permettront de rassembler toutes les forces d'Europe Ecologie dans une organisation nationale innovante et démocratique.

Nous devons tenir ce calendrier du développement durable d'Europe Ecologie : pour rassembler, pour inventer, et pour gagner !

 

Signataires:

 

David Belliard, membre du Comité d'animation et de pilotage (CAP) d'Europe-écologie Ile-de-France
Marie Bové, conseillère régionale Aquitaine,
Frank Burbage, philosophe, Paris (18e), animateur (2008-2009) du Pôle écologique du PS
Nathalie Chouchan, philosophe
Françoise Diehlmann, conseillère régionale Ile-de-France
René Dutrey, conseiller de Paris (Vert)
Barbara Feledziak, Europe-écologie Paris 19e
Stéphane Gatignon, maire de Sevran (93), membre du Comité d'animation et de pilotage (CAP) national
Bernard Jomier, maire-adjoint Paris19e, membre du CAP national d'Europe-écologie (Vert)
Pierre Lauret
, philosophe, directeur de programme au Collège International de Philosophie
Nathalie Laville, Europe-écologie, secrétaire du groupe local Vert Paris 13e
Dan Lert, membre du bureau exécutif national d'Europe-écologie et du conseil politique national des Verts
David Le Pabic, Europe-écologie Seine St-Denis (Vert)
Michel Yvernat, membre du CAP national d'Europe-écologie
Olivier Raynal, Europe-écologie Paris 10e (Vert)
Hakim Romatif, Europe-écologie Ile-de-France
Lucas Surel, Europe-écologie Bruxelles
Frédérique Tarride, membre du CAP d'Europe-écologie (Verte)
Eric Thebault, documentariste
Rosandre Valleray, animatrice du réseau Gauche Citoyenne, Val-de-Marne
Amigo Yonkeu, Europe-écologie 94

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