Obama et Sarkozy sur le ring

Américain à Paris, auteur et comédien de stand-up, chroniqueur, John Von Sothen compare les fiches techniques des «boxeurs» Nicolas Sarkozy et Barack Obama, en vue de leurs combats respectifs lors des présidentielles. 

Américain à Paris, auteur et comédien de stand-up, chroniqueur, John Von Sothen compare les fiches techniques des «boxeurs» Nicolas Sarkozy et Barack Obama, en vue de leurs combats respectifs lors des présidentielles. 

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Ça ne fait pas bien longtemps, on dirait, qu'à coups de «Yes We Can» et de «Travailler plus pour gagner plus», Barack Obama et Nicolas Sarkozy étaient sacrés champions présidentiels de leurs pays respectifs. Et pourtant, tous deux se retrouvent déjà à défendre leur titre, et ce la même année, pour la première fois depuis 1988.

Les deux présidents ont été marqués de façon indélébile par «la crise» omniprésente; mais si tous deux peuvent prétendre avoir sauvé quelque chose (Obama l’industrie automobile, Sarkozy l’euro), avoir tué des méchants (Obama: Oussama Ben Laden, Sarkozy: Mouammar Khadafi), et hérité d’un désastre après un prédécesseur décervelé (Obama avec Bush et Sarko avec Chirac), la fortune politique de chacun semble bien différente aujourd’hui, du fait pour beaucoup de leurs styles de gouvernement autant que de leurs comportements personnels.

Paradoxalement, c’est Obama, l’Américain, qui a adopté un style plus européen avec une approche mesurée et graduelle, implantant avec art dans l’électorat américain, et cela pratiquement dès le départ, l’idée mitterrandienne que son projet ne prendrait pas quatre, mais huit ans.

Sarkozy, de son côté, a mené une présidence plus à l’américaine, adoptant le style «champ de pétrole koweïtien», éteignant des feux à droite et à gauche sans vraiment d’autre plan que celui d’éteindre ces feux et d’être réélu. Tout comme Georges Bush en 2004, Sarko se présente comme l’homme de la crise, l’homme du moment, misant sur le fait qu’en temps de guerre ou de circonstances exceptionnelles, les gens hésitent à changer de chef. Non?

Quand ils sont ensemble, on dirait presque un duo de flics que seul Francis Veber aurait pu inventer. On a le plus grand, Obama, évoquant (bien qu’il soit le premier afro-américain élu à cette fonction) les présidents d’ères révolues comme Roosevelt ou Churchill, posant un regard souvent agacé sur le petit François Pignon effervescent à côté de lui, celui qui tape dans le dos de tout le monde à tout bout de champ, comme s’il se trouvait dans un vestiaire quelconque plutôt qu’à l’Elysée.

L’approche de long terme à l’européenne d’Obama semble depuis peu produire des résultats (chômage au plus bas depuis trois ans) et lui donne un élan politique à l’entrée des élections. Ses victoires (réforme du système de santé, sortie d’Irak) sont considérées comme remarquables «étant données les circonstances» tandis que ses échecs (réforme du système financier, équilibre du budget) sont les revers inévitables de tout parcours. Le message sous-jacent qu’il a réussi à imposer: j’ai besoin de plus de temps.

Sarko, lui, a l’air à contretemps. Contrairement à Obama qui a réussi à tailler une présidence sur mesure pour «la crise», Sarkozy, élu un an plus tôt, sur une plate-forme bling-bling ultra libérale, semble comme aveuglé par une lumière trop crue. Sa présidence paraît bloquée et a manqué de la discipline qu'avait montrée sa campagne bien huilée de 2007.

Les deux candidats sont considérés comme très polarisants, et tous deux sont haïs par leur opposition. Mais même si Sarkozy peut susciter les anathèmes de la gauche, personne en France ne lui a demandé de présenter son certificat de naissance pour prouver sa nationalité française ou pour vérifier qu’il n’est pas un agent double. Et je ne crois pas que Mélenchon pense que Sarkozy soit un singe –peut-être, mais je ne crois pas.

En fait, l’opposition enragée dont la droite américaine a fait preuve envers Obama a fait que son style de leadership a paru encore plus présidentiel, surtout par rapport à la vulgarité de la campagne des candidats républicains lors des primaires et à leur manque de compétence.

Peut être qu'après le «Yes we can» viendra le «Regarde les maboules en face».

Sarkozy n’a pas eu cette chance. Il a galvanisé l’opposition, qui, pour une fois, se montre à la fois unie derrière le candidat et joyeuse: elle doit être soulagée que le leader socialiste antérieur (DSK) se soit débrouillé pour exploser en plein vol avant les primaires, pas après.

Si on avait affaire à deux boxeurs, Obama serait plutôt Mohammed Ali –un combattant qui entraîne ses adversaires à frapper et finit par les épuiser. Non seulement Obama a prouvé qu’il sait encaisser les coups, il sait aussi, et Hillary Clinton et John McCain peuvent en attester, achever l’adversaire –un trait qu’il a appris lors de ses débuts politiques à Chicago.

Sarkozy ressemble plus à Mike Tyson, mais celui d’après la prison, celui qui amenait plus de rage que de stratégie sur le ring. Ce qui ne veut pas dire que Sarko ne soit pas dangereux ou n’ait pas la capacité de vous mettre KO. Il est un débatteur acharné et en campagne il est prêt à vous arracher l’oreille avec les dents; et si il y a bien une chose que l’affaire DSK a prouvé, c’est que les choses les plus folles peuvent arriver dans les six mois qui nous séparent de l’élection. Demandez à Lionel Jospin.

Obama n’est pas un coup 100% sûr non plus. Ses succès sont liés à des choses qui échappent pour une part à son contrôle (une attaque de l'Iran par Israël, le prix du pétrole, les deux ensembles). Si Romney peut séduire le centre et convaincre qu’il n’est pas aussi cinglé que son parti ou que Rick Santorum, Obama pourrait perdre une grosse part des électeurs qui ont voté pour lui en 2008 uniquement pour éviter de voir Sarah Palin dans les parages présidentiels.

Peut-être que les résultats des élections de cette année seront aussi improbables que les candidats eux-mêmes, et que le style et le leadership, certes utiles quand on gouverne, ne pèsent plus si lourd quand on est sur le ring et que la cloche retentit.

Car comme l’a dit un jour Mike Tyson, «tout le monde a un plan, jusqu’à ce qu’il se prenne une droite dans la gueule».

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