Billet de blog 22 juin 2016

Contre l’intimidation technologique des manifestants, pour la liberté d’expression et de manifestation

Une soixantaine de signataires, dont Pouria Amirshahi, Olivier Besancenot, Éric Beynel, Cécile Duflot, Marie-José Mondzain, ou encore Antoine Volodine, demandent à « l’État de reconnaître les violences policières, de faire respecter le droit au travail des journalistes par ses fonctionnaires, de respecter notre droit d’expression et de manifestation, conquis le 14 juillet 1789, et de mettre en oeuvre les recommandations du Défenseur des droits ».

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D’après l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture, ACAT, en France, entre 2004 et 2015, 39 blessés graves et un mort sont imputables à l’usage des lanceurs de balle, « essentiellement des jeunes et des personnes issues de minorités visibles ».

Le 16 juillet passé, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a recommandé « d’interdire l’usage » du Flash Ball superpro « dans un contexte de manifestation ». Il a aussi demandé « la réintroduction de certaines précautions d’emploi (zones de tir, avertissements) » pour l’usage des LBD, lanceurs de balles 40/46, une arme, plus puissante et plus précise que le Flash-Ball, classée comme « matériel de guerre ». 

Malheureusement, le ministre de l’Intérieur, le 22 juillet 2015, s’est opposé à ces mesures.

Malheureusement, un supporter du Sporting Club de Bastia, à l’occasion d’un match à Reims de son équipe, le 13 février 2016, a perdu son œil gauche suite à un tir d’un lanceur de balles.

Malheureusement, une nouvelle fois, un étudiant de Rennes, lors de la manifestation du 28 avril contre la loi El Khomri, a perdu un œil suite à un tir d’une de ces « armes intermédiaires », probablement un LBD 40x46, dont la balle en plastique voyage à plus de 300 km/h.

L’arsenal d’intimidation technologique comprend depuis longtemps des grenades, encore plus dangereuses. Un photo-journaliste indépendant, lors de la manifestation parisienne du 26 mai, contre la loi El Khomri, est resté dans le coma, pendant plusieurs jours, suite au lancer d’une grenade dite de désencerclement, laquelle contient de la TNT.

Ce drame prend place dans un contexte d’intimidation du photojournalisme dans les manifestations. Après la manifestation du 1er mai à Paris, Reporters sans frontières en a appelé aux hautes autorités de l’État, images à l’appui. À Rennes, depuis la manifestation du 31 pars, le travail des photographes et des cameramen est entravé, régulièrement, par les forces de l’ordre et, occasionnellement, par des manifestants. Le Club de la presse de Rennes a saisi le Défenseur des droits le 3 juin.

Sans qu’une étude de réévaluation des risques létaux des grenades de désencerclement ait été menée après le drame du 26 mai, il en a été utilisé 175 contre les manifestants du 14 juin ! L’escalade dans l’usage de cet arsenal d’intimidation cherche à dissuader de s’exprimer dans les rues, autour des stades et dans les quartiers populaires.

En citoyens, nous demandons à l’État de reconnaître aussi les violences policières, de faire respecter le droit au travail des journalistes par ses fonctionnaires, de respecter notre droit d’expression et de manifestation, conquis le 14 juillet 1789, et de mettre en oeuvre les recommandations du Défenseur des droits.

En êtres épris de libertés, nous demandons l’interdiction de l’usage des lanceurs de balle et des grenades de désencerclement.

Les signataires :

Arié Alimi, avocat ; Pouria Amirshahi, député ; Pascal Anger, secrétaire national du SNEP-FSU ; Ariane Ascaride, actrice ; Danielle Auroi, députée ; Isabelle Attard, députée ; Étienne Balibar, professeur de philosophie ; Olivier Besancenot, facteur ; Éric Beynel, co-délégué général, Solidaires ; Laurent Binet, romancier ; Fréderic Bodin, secrétaire national, Solidaires ; Sylvain Bourmeau, journaliste ; Jean-Louis Brochen, avocat ; Dominique Cabrera, cinéaste ; Jean-Jacques Candelier, député ; Michel Cantal-Dupart, urbaniste, architecte ; Fanélie Carrey-Conte, députée ; Patrice Carvalho, député ; Pierre-Antoine Chardel, enseignant-chercheur en sciences sociales ; Pascal Cherki, député ; Hervé Christofol, secrétaire général, Snesup-FSU ; Antoine Comte, avocat ; Philippe Corcuff, maître de conférences, philosophie ;  David Cormand, secrétaire national EELV ; Sergio Coronado, député ; Cécile Duflot, députée, ancienne ministre ; Pascal Durand, député européen ; Annie Ernaux, écrivaine; Aude Évin, avocate ; Éric Fassin, sociologue ; Jean-Pierre Fraisse, conseiller municipal, père de Rémi Fraisse ; Léon Lef Forster, avocat ; Jacqueline Fraysse, députée ; Jean-Marie Gleize, écrivain ; Cécile Gondard-Lalanne, co-déléguée générale, Solidaires ; Robert Guédiguian, réalisateur ; Fréderic Hocquard, conseiller de Paris ; Leslie Kaplan, écrivaine ; Samy Johsua, professeur des universités, sciences de l’éducation ; Pierre Khalfa, coprésident, fondation Copernic ; Razmig Keucheyan, maître de conférences, sociologie ; Aude Lalande, ethnologue ; Robert Linhart, écrivain ; Virginie Linhart, auteur, réalisatrice ; Noel Mamère, député ; Philippe Marlière, politiste ; Jean-Luc Mélenchon, député européen, ancien ministre ; Marie-José Mondzain, directrice de recherches, philosophie ; Gérard Mordillat, romancier, cinéaste ; Heitor O’Dwyer de Macedo, psychanalyste ; Claude Ponti, auteur ; Philippe Queyras ; Christian Salmon, écrivain et chercheur ; Jean-Marc Salmon, chercheur en sciences sociales ; Gisèle Sapiro, directrice de recherches, sociologie ; Éva Sas, députée ; Danielle Simonnet, conseillère de Paris ; Bernard Stiegler, philosophe ; Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste ; Philippe Torreton, acteur ; Dominique Tricaud, avocat ; Antoine Volodine, écrivain ; Sophie Wahnich, directrice de recherches, historienne.

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