Billet de blog 22 déc. 2011

L'Equateur, un exemple à suivre pour les pays européens endettés

En 2008, le président équatorien décidait de ne pas rembourser «la part “illégitime” de la dette» de son pays et organisait un audit public. Se référant à ce précédent, Guillaume Beaulande, membre du Parti de gauche, réclame un audit de la dette française car «les citoyens ont le droit de savoir d'où vient la dette, pourquoi elle a été contractée».

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En 2008, le président équatorien décidait de ne pas rembourser «la part “illégitime” de la dette» de son pays et organisait un audit public. Se référant à ce précédent, Guillaume Beaulande, membre du Parti de gauche, réclame un audit de la dette française car «les citoyens ont le droit de savoir d'où vient la dette, pourquoi elle a été contractée».

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Le 14 décembre 2008, le président de l'Equateur, Rafael Correa prenait la décision simple et ferme de ne plus payer la part «illégitime» de la dette publique et de suspendre le remboursement des titres de la dette.

Rafael Correa annonçait un plan de restructuration ainsi qu'un audit de la dette publique pour en déceler la part «légitime» (la part utilisée dans l'intérêt du peuple équatorien) et «illégitime» (le renflouement des banques privées et issue des contrats de dettes illégaux), voire «odieuse» (contractée par des régimes dictatoriaux contre l'intérêt du peuple). Le pouvoir exécutif avait en effet décider en 2007 de mettre en place une commission d'enquête pour un audit de la dette sur la période 1976-2006 dont faisaient partie des experts européens tels que Eric Toussaint du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM). Le président de l'Equateur déclara qu'il ne paierait plus toute une part de la dette jugée illégitime. Cette part fut estimée alors à 70% de sa totalité. Un point significatif de cette démarche est que 95% des créanciers de l'Equateur (FMI, Banques, et autres fonds institutionnels) ont accepté cette décision!

En utilisant l'outil de l'audit de la dette et grâce à une mobilisation populaire, alors à son paroxysme en Equateur, Correa a pu établir le rapport de force nécessaire pour faire accepter à l'oligarchie financière que cette part de la dette n'était pas celle du peuple, ce n'était par conséquent pas au peuple de la payer.

Cela marquait un tournant décisif dans l'histoire politique du pays et mit fin en partie au cercle vicieux de la dette: l'hémorragie financière, la baisse des dépenses publiques qui enrayent toute possibilité de relance, provoquant l'augmentation scandaleuse des intérêts de la dette, mais surtout la perte totale de souveraineté du peuple équatorien qui était demeuré pendant des décennies sous la tutelle du FMI et de la Banque Mondiale. Tous les gouvernements depuis celui de Guillermo Lara (1972-1976) avaient jusque-là appliqué sans sourciller les mesures d'austérité budgétaires imposées par les institutions financières internationales (FMI et Banque Mondiale), mal leur en a pris.

Le non-remboursement de la dette décidé courageusement par Rafael Correa, contrairement à ce que prétendaient les pseudos-experts qui juraient leurs grands dieux que l'on courait droit à la catastrophe, a permis à l'Equateur d'économiser (intérêts compris) près de 7 milliards de dollars. Ils ont été depuis réinvestis dans les dépenses sociales et nottament dans la santé, l'éducation et les aides sociales. Par ailleurs, la part du budget de l'Etat pour le paiement de la dette est passée de 32% à 15% et celle concernant les dépenses sociales de 12 à 25%. En outre, la croissance est en moyenne de 4% depuis 2006, ce qui a permis de financer l'augmentation des salaires, des pensions et l'amélioration générale des conditions de vie.


En mai 2010, los d'une rencontre avec le premier ministre grec Papandreou, Rafael Correa lui avait pourtant bien conseillé de ne plus payer sa dette mais en vain. Il lui expliqua alors avec des mots simples et chargé de bon sens, la logique financière du capitalisme: «Tu es tombé, tu me payes davantage et plus cher, mais pas pour le développement, je te "relève" et on avise». Il a réitéré ce conseil le 8 octobre dernier aux pays européens touchés par la sacro-sainte «crise de la dette» qui n'est qu'un prétexte pour la mise en place des politiques «austéritaires». Il a ajouté qu'il ne fallait pas céder au Fonds monétaire international et à ses prérogatives néfastes. La situation catastrophique de l'Argentine après sa crise de 2001 et le moratoire du paiement de la dette décrété par le président argentin Nestor Kirchner depuis 2003 avait donc montré une voie politique que Rafael Correa a pu approfondir. Grâce à ce moratoire, Nestor Kirchner est parvenu à renégocier sa dette et à relever temporairement l'économie exsangue du pays, celle-ci avait été mise à sac par une décennie de politique néolibéral acharnée, faite de «plans de sauvetages» et autres mesures d'austérité qui n'avaient fait que creuser la plaie.


Pas de cataclysme donc, tout le contraire même: il s'agit de retrouver sa souveraineté en sortant d'une telle «dettocratie» pour pouvoir se doter des outils qui permettent de mettre le système économique au service de l'intérêt général du peuple. Il s'agit de l'intérêt général défini par le peuple pour le peuple et non par un gouvernement soumis aux banques et qui accepte de faire payer au peuple la spéculation financière.

Le courage ce n'est peut-être pas d'annoncer aux peuples comment et pourquoi «il n'y a pas d'alternative» comme le répétait à l'envi Mme Thatcher, le courage politique, c'est sans doute de tout faire pour libérer les peuples de la tyrannie des marchés. Le courage politique, c'est le fait de cesser de parler de la «crise de la dette» quand il s'agit d'une crise systémique et le fait de mettre tout en oeuvre dans l'intérêt des peuples et non pas des créanciers.

En Europe, une dynamique citoyenne commence à se mettre en place, des campagnes pour l'audit et l'annulation de la dette publique se mettent en marche en Grèce, Belgique, Allemagne, Italie et commencent à créer des liens avec les luttes historiques de pays du Sud contre la dette: notamment avec le Maroc, la Tunisie, l'Egypte, la République Démocratique du Congo, l'Equateur, le Brésil...

En France, d'ores et déjà une cinquantaine de collectifs locaux ont été crée en réponse à l'appel national pour un audit citoyen de la dette publique: www.audit-citoyen.org. Les citoyens ont le droit de savoir d'où vient la dette, pourquoi elle a été contractée.

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