L’aéronautique un secteur qui ne connait pas la crise … en apparence !

La coordination CGT de l’aéronautique (1) alerte sur la suppression des deux tiers de l’activité sous-traitée par Airbus, soit 5000 emplois suite à la réorientation de la politique d'Airbus au profit des actionnaires. « L’argent public que lui donne l’Etat, nos impôts, sert donc à supprimer des emplois, à provoquer la crise annoncée du secteur avec comme seul objectif : rétribuer tout de suite des actionnaires comme Lakshmi N. Mittal ou des fonds de pension ».

La coordination CGT de l’aéronautique (1) alerte sur la suppression des deux tiers de l’activité sous-traitée par Airbus, soit 5000 emplois suite à la réorientation de la politique d'Airbus au profit des actionnaires. « L’argent public que lui donne l’Etat, nos impôts, sert donc à supprimer des emplois, à provoquer la crise annoncée du secteur avec comme seul objectif : rétribuer tout de suite des actionnaires comme Lakshmi N. Mittal ou des fonds de pension ».


 

Le salon du Bourget est l’occasion de mettre en lumière le secteur aéronautique : un secteur qui ne connait pas la crise, qui se veut exemplaire dans les relations avec ses sous-traitants et qui pourtant supprime 5000 emplois dans la plus grande indifférence.

 

En effet, le désengagement des Etats auprès d’Airbus entraine une politique orientée vers les actionnaires.

 

 

Pour satisfaire les besoins de rentabilité des fonds de pension désormais présents au capital d’Airbus, la direction d’Airbus réduit considérablement sa R&D et ne prévoit pas de nouveau programme avion majeur avant 15 ans ! La direction d’Airbus ne s’en cache pas : l’objectif est de faire passer l’EBIT (marge après impôt) de 6 à 10 % pour rétribuer les actionnaires. Le meilleur moyen pour y arriver est de réduire considérablement la partie conception et ingénierie des avions : le Bureau d’Etudes. 33% de baisse (4% en 2014, 16% en 2015, 12% en 2016) mais comme cette baisse s’applique uniquement aux sous-traitants, pour eux c’est une baisse des deux-tiers :

 

 

 

Les entreprises sous-traitantes payent le prix fort : avec la suppression des deux tiers de l’activité sous-traitée par Airbus ce sont 5000 emplois qui sont en train d’être supprimés. Airbus sous-traite même son plan social ! Devant l’ampleur du problème, les syndicats CGT Airbus et sous-traitants se sont regroupés pour former la coordination CGT de l’aéronautique. Et comme nous avons rapidement compris que les directions ont la volonté de minimiser ce plan social déguisé, nous avons collecté les chiffres de nos effectifs tout au long de l’année 2014 (chiffres issus des CE et des registres du personnel donc des chiffres officiels).

 

Ceci n’est que la face émergée de l’iceberg. En effet dans les petites entreprises, celles où il n’y a pas de CE, il est impossible d’avoir des chiffres mais comme Airbus ne traite qu’avec les grandes entreprise (le rang 1) et que celles-ci ne sous-traitent plus, on imagine facilement comment cela se passe sans élu ! Et cela se confirme en 2015 : rien que pour le premier trimestre : Altran -4%, Safran -5.5%, Sogeti High Tech -8.5%.

 

Mais comme il n’est pas question pour ce secteur d’afficher cette crise artificielle, il n’y pas de plan social officiel. C’est donc par des méthodes de harcèlement et de pressions que les salariés sont brisés, dégouttés, poussés vers la sortie et sans autre alternative que le chômage. Ces méthodes sont tellement dévastatrices que l’inspection du travail, faisant suite à la sollicitation des élus de notre coordination, réprimande sévèrement certaines directions.

 

Plus largement, Airbus étrangle ses sous-traitants par sa recherche de la rentabilité à tout prix : enchères inversées, fin du free sourcing (la possibilité pour les sous-traitants de bénéficier de commandes groupées de matières premières par Airbus pour bénéficier du volume), délocalisations imposées et surtout baisse unilatérale des prix… le tout sur fond d’omerta pour ne pas perdre les marchés avec ce donneur d’ordre tout puissant.

 

Pourtant les destins d’Airbus et de ses sous-traitants sont liés. C’est ce que démontrent les Etats Généraux de l’Aéronautique que la coordination CGT Airbus et sous-traitants a organisés la semaine dernière en marge du Salon du Bourget. Ils démontrent également que c’est l’Etat stratège qui a permis la réussite de ce secteur et la création d’un écosystème qui a rendu possible la réussite des grands programmes Airbus.

 

On pourrait se demander pourquoi est-ce à la CGT d’organiser de tels Etats Généraux ? Pourquoi sommes-nous seuls à dénoncer cette situation ? N’y a-t-il pas d’autres institutions dont c’est le rôle de s’occuper de cela ? Parce que les pouvoirs publics, alertés depuis des mois sur cette situation, font la sourde-oreille. Ils n’accusent même pas réception des courriers que leur envoient les représentants des salariés, c’est quand même un comble pour un ministère dit du « dialogue social »

 

Les élus locaux que nous avons rencontrés soutiennent et approuvent notre démarche, hélas quand il faut agir, ces mêmes élus ont bien du mal à se faire entendre. La mairie de Toulouse elle-même avoue son impuissance devant ce que représente Airbus : « nous ne pouvons rien faire d’autre que de faire des routes et des ronds-points pour que les gens puissent aller travailler à Airbus ».

 

En effet cela semble compliqué puisque l’Etat lui-même récompense le patron d’Airbus, Monsieur Enders, pour sa politique en lui donnant la légion d’honneur lors de la dernière promotion, celle de pâques et rien de moins que Commandeur de la légion d’honneur ! Et oui, c’est cela la réalité du pouvoir en France d’aujourd’hui, on récompense un PDG qui supprime 5000 emplois pour des raisons boursières !!!


Cela doit être cela « les mérites éminents au service de la nation » que récompense la légion d’honneur. C’est surtout à se demander la volonté réelle du gouvernement d’inverser la courbe du chômage. On imagine en tout cas que ce ne va pas être facile si même le secteur qui marche le mieux en France supprime des emplois par milliers ! Pourtant ce secteur perçoit par millions l’aide de l’Etat : subventions directes, Crédit Impôt Recherche (CIR), Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE), en attendant le pacte de responsabilité…

 

En outre, il fragilise artificiellement un secteur qui pourtant a des carnets de commandes remplis. En effet, n’ayant plus d’avenir dans cette filière les salariés vont dans d’autres secteurs d’activités, dans d’autres régions. Ils ne seront plus là pour construire le prochain avion d’Airbus. Les jeunes diplômés des écoles prestigieuses de l’aéronautique n’ayant aucun avenir dans la filière, partent à l’étranger au terme de leurs études.

 

Au moment où l’on parle de politique industrielle, l’Etat laisse donc les dirigeants de ce secteur détruire petit à petit ce fleuron de notre industrie. L’argent public que lui donne l’Etat, nos impôts, sert donc à supprimer des emplois, à provoquer la crise annoncée du secteur avec comme seul objectif : rétribuer tout de suite des actionnaires comme Lakshmi N. Mittal ou des fonds de pension.


Les salariés et les contribuables ont le devoir de s’opposer à cette politique suicidaire à terme. C’est pourquoi notre coordination demande à ce que l’Etat prenne enfin en main ce dossier en mettant tous les acteurs de ce secteur autour de la table afin que l’intérêt général soit pris en compte. Il y a nécessité et urgence : ces salariés qui ont fait le succès des récents programmes Airbus A380, A350 ou A400M méritent mieux que le sort qui leur est réservé actuellement !

 

(1) La coordination CGT aéronautique Midi-Pyrénées : 

AIRBUS – AIRBUS DEFENCE AND SPACE -AEROCONSEIL - AKKA - ALTRAN – ASSYSTEM -

ATOS - AUSY - CAPGEMINI - CIMPA - EUROGITIEL - FERCHAU ENGINEERING – GFI –

IBM – LATECOERE SERVICES – MANPOWER - NRS - OSIATIS-ECONOCOM - POLYMONT -

SAFRAN - SOGETI HIGH TECH - SOPRA - STERIA - T-SYSTEMS


Courriel de la coordination CGT aéronautique : coord.aero.cgt.midipy@gmail.com

 

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