Billet de blog 24 févr. 2010

Total, un dilemme écologiste?

Non, répondent Jean-François Caron, Sandrine Rousseau et Patrick Tille, candidats Europe Ecologie en Nord-Pas-de-Calais, et l'eurodéputé Pascal Canfin: à la défense des emplois dans les énergies fossiles, ils préfèrent une reconversion concertée avec les acteurs locaux dans les énergies renouvelables.

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Non, répondent Jean-François Caron, Sandrine Rousseau et Patrick Tille, candidats Europe Ecologie en Nord-Pas-de-Calais, et l'eurodéputé Pascal Canfin: à la défense des emplois dans les énergies fossiles, ils préfèrent une reconversion concertée avec les acteurs locaux dans les énergies renouvelables.

--------------

Comment manifester aux côtés des salariés de la raffinerie Total de Dunkerque, alors que les listes Europe écologie en région portent haut et fort la volonté de diminuer la consommation d'énergie fossile et donc le nombre de raffineries? C'est le dilemme auxquels les écologistes sont confrontés. Mais le dilemme n'est qu'apparent car la fermeture annoncée de la raffinerie est l'exact contraire de ce que nous portons et de ce pourquoi nous entendons nous battre.
Total est une entreprise qui se dit responsable. Elle fait, pour en convaincre les actionnaires et comme toutes les entreprises cotées à la bourse de Paris, elle publie un rapport annuel dit de responsabilité sociale. Dans le cas de Total, la responsabilité sociale et environnementale dont elle fait preuve est une source inépuisable d'inspiration et d'enquête pour les ONG qui dénoncent sans relâche les dérives de l'entreprise et ses liens avec les pouvoirs les plus corrompus. Dans le cas précis de Dunkerque, Total fait semblant de consulter le comité d'entreprise alors que les salariés connaissent déjà la décision de fermeture. Total est donc très loin d'une politique de responsabilité sociale qui eût été de travailler avec les salariés et les parties prenantes de l'entreprise, notamment les collectivités territoriales et les autres entreprises de la zone, dont les sous-traitants, pour organiser la transformation de cette raffinerie et non sa fermeture de manière unilatérale et brutale.
Au-delà des méthodes très contestables de l'entreprise, cette situation nous interpelle, nous, écologistes, sur la manière de convertir l'économie. En effet, les emplois créés par les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique sont plus nombreux et plus stables que les emplois créés par les énergies fossiles. Ainsi, selon l'Insee, pour réaliser un million d'euros de chiffre d'affaires, une raffinerie doit employer deux personnes. Pour réaliser le même million d'euros, des travaux d'isolation des bâtiments permettent d'employer 16 personnes, soit 8 fois plus! Bien sûr la création de ces nouveaux emplois n'est pas concomitante forcément et immédiatement avec la destruction des autres; de même que les qualifications des salariés ne sont pas immédiatement utilisables dans le secteur des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique. C'est là que réside l'importance d'une politique prospective et concertée qui anticipe l'avenir.
La conversion écologique telle que nous la proposons repose sur trois piliers : le premier est l'existence d'une période de formation et de qualification avec maintien du salaire pendant le temps nécessaire à la qualification des salariés et la conversion de leur savoir-faire. Ceci pour permettre à chacun de ne pas être immédiatement pris à la gorge en cas de changement d'activité.
Le second est le soutien affirmé par les pouvoirs publics, et notamment les collectivités territoriales, aux nouveaux secteurs et emplois pour accélérer leur émergence et leur développement (aide aux entreprises, marchés publics, etc.). La création de sociétés d'économie mixte par les conseils régionaux dont la mission sera de mener à bien des plans d'isolation des bâtiments et d'installation d'énergies renouvelables permettra d'économiser de l'argent sur les factures de chauffage, de diminuer les émissions de gaz a effet de serre et de créer des emplois.

Total a réalisé 7,8 milliards d'euros de bénéfices en 2009. Europe Ecologie est favorable à une taxation exceptionnelle de ses bénéfices pour financer le développement des emplois verts dans les régions.
Enfin, le dernier pilier est la mise en place d'un espace de prospective et de prévision, au sein des collectivités, avec les entreprises et les salariés. Nous proposons que les régions mettent en place des contrats territoriaux de conversion écologique pour réunir les différents acteurs économiques autour de la table et anticiper les mutations. Si une entreprise refuse de dialoguer, alors elle ne doit pas recevoir d'argent public.
En ayant refusé d'anticiper, la direction de Total se comporte de manière irresponsable. Mais ceux qui veulent faire croire aux salariés que la raffinerie de Dunkerque est éternelle ne font pas mieux. Développer l'économie verte sur le bassin de Dunkerque, comme ailleurs, et attribuer un revenu de transformation écologique aux salariés concernés est la voie la plus protectrice à court terme et la plus porteuse d'avenir à long terme.
Pascal Canfin, député européen Europe Ecologie
Jean-François Caron, tête de liste Europe Ecologie en région Nord-Pas-de-Calais
Sandrine Rousseau, maître de conférences en économie à l'université Lille 1, 3ème sur la liste Europe Ecologie du Nord

Patrick Tille, avocat au bareau de Lille, 2ème sur la liste Europe Ecologie du Nord

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Fraude fiscale : la procédure opaque qui permet aux grandes entreprises de négocier
McDonald’s, Kering, Google, Amazon, L’Oréal… Le règlement d’ensemble est une procédure opaque, sans base légale, qui permet aux grandes entreprises de négocier avec le fisc leurs redressements. Un rapport exigé par le Parlement et que publie Mediapart permet de constater que l’an dernier, le rabais accordé en 2021 a dépassé le milliard d’euros.
par Pierre Januel
Journal
Cac 40 : les profiteurs de crises
Jamais les groupes du CAC 40 n’ont gagné autant d’argent. Au premier semestre, leurs résultats s’élèvent à 81,3 milliards d’euros, en hausse de 34 % sur un an. Les grands groupes, et pas seulement ceux du luxe, ont appris le bénéfice de la rareté et des positions dominantes pour imposer des hausses de prix spectaculaires. Le capitalisme de rente a de beaux jours devant lui.
par Martine Orange
Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal
Le député Sacha Houlié relance le débat sur le droit de vote des étrangers
Le député Renaissance (ex-LREM) a déposé, début août, une proposition de loi visant à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales. Un très « long serpent de mer », puisque le débat, ouvert en France il y a quarante ans, n’a jamais abouti.
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet de blog
L’eau dans une France bientôt subaride
La France subaride ? Nos ancêtres auraient évoqué l’Algérie. Aujourd’hui, le Sud de la France vit avec une aridité et des températures qui sont celles du Sahara. Heureusement, quelques jours par an. Mais demain ? Le gouvernement en fait-il assez ? (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan
Billet de blog
Le bon sens écologique brisé par le mur du çon - Lettre ouverte à Élisabeth Borne
On a jamais touché le fond de l'aberration incommensurable de la société dans laquelle nous vivons. Au contraire, nous allons de surprises en surprises. Est-ce possible ? Mais oui, mais oui, c'est possible. Espérons que notre indignation, sans cesse repoussée au-delà de ses limites, puisse toucher la « radicalité écologique » de madame Borne.
par Moïra
Billet d’édition
Les guerriers de l'ombre
« Je crois que la planète va pas tenir longtemps, en fait. Que le dérèglement climatique ne me permettra pas de finir ma vie comme elle aurait dû. J’espère juste que je pourrai avoir un p’tit bout de vie normale, comme les autres avant ». Alors lorsque j'entends prononcer ces paroles de ma fille, une énorme, incroyable, faramineuse rage me terrasse. « Au moins, j’aurais vécu des trucs bien. J’ai réussi à vaincre ma maladie, c’est énorme déjà ».
par Andreleo1871