Réponse à Luc Ferry: Pour une jeunesse pleinement intégrée

Maxime Verner, Président de l'association des Jeunes de France, répond à la chronique de Luc Ferry parue dans le Figaro du jeudi 24 février, à propos de la place de la jeunesse dans notre société. Pour lui, la restauration du pacte social passe par une rénovation des «dynamiques de solidarité intergénérationnelle».

Maxime Verner, Président de l'association des Jeunes de France, répond à la chronique de Luc Ferry parue dans le Figaro du jeudi 24 février, à propos de la place de la jeunesse dans notre société. Pour lui, la restauration du pacte social passe par une rénovation des «dynamiques de solidarité intergénérationnelle».

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Je souscris sans peine à l'une des visions de Luc Ferry qui veut que notre jeunesse ne soit pas accablée par le poids de l'Histoire. Mais les drames historiques de la guerre d'Algérie ou de la Seconde Guerre Mondiale évincent-ils derechef le poids du bizutage social et de l'exclusion? Je ne le crois pas. Un taux de chômage alarmant pour les jeunes générations, le cantonnement dans un sous-marché de l'emploi, la difficulté à trouver un logement, autant de cicatrices sur le dos de notre jeunesse. Ces meurtrissures ne trouvent pas de causes endogènes, dans l'état d'esprit des jeunes Français. Bien au contraire, ils sont le lot d'un projet de société, d'une orientation économique et d'un choix social.

En effet, le collectif Génération précaire dénombre aujourd'hui 1,2 million de stagiaires en France. Ce chiffre, en augmentation de 50% depuis 2006, est le résultat d'une vision économique à court terme. C'est la volonté d'obtenir une productivité immédiate plus forte en omettant d'investir dans la ressource humaine d'avenir que constitue les futures générations. On préfère ainsi maintenir un marché du travail gratuit et parallèle, camouflet non déguisé aux jeunes de notre pays, plutôt que de les inscrire durablement dans le paysage de l'entreprise par un apprentissage tutoré pérenne. Des solutions existent face à cet état de fait.

Je ne crois pas que Luc Ferry emprunte une voie acceptable en cherchant «un discours à la jeunesse». Un discours à la jeunesse prendra invariablement les travers qu'il pointe lui-même: la démagogie jeuniste ou le tableau du déclin. Pour parler à la jeunesse, il faut avant toute chose parler à la société. En effet, ce n'est que dans une dynamique de solidarité intergénérationnelle que les jeunes trouveront, en France, une place digne de ce nom. La jeunesse n’est pas une tranche d’âge froide et limitée. C’est un état d’esprit, un rapport au monde qui vit de solidarité et d’équité mais également d’énergie, de travail et d’engagement. C’est une conception de la jeunesse qui n’est pas partagée par les pouvoirs de ce pays puisqu’aujourd’hui on préfère laisser les jeunes en dehors de la société, plutôt que de leur offrir la possibilité de soutenir notre édifice social. Cela revient en somme à extraire le moteur d’une voiture de son capot, tout en appuyant nerveusement sur l’accélérateur pour que la carcasse avance. La société dans son ensemble a besoin de la jeunesse comme d’une source de dynamisme et d’énergie. En écoutant sa jeunesse, la France verra enfin clairement ce qu’elle peut être demain. Notre pays doit écouter et essayer sa jeunesse, avant de vouloir lui parler. Paroles, paroles... Seule l'action politique redonnera de la valeur à sa parole, et les jeunes l'attendent encore.

Comment avons nous pu dériver si fortement? Nous voyons d’un côté des personnes âgées souffrant de solitude dans leurs appartements délaissés et à l’autre bout de la chaîne des âges nous découvrons des étudiants mis dans l’impossibilité de trouver un logement décent. Les problèmes des uns trouvent leurs réponses dans les forces des autres, et les opportunités des uns ne menacent nullement les autres. Ce sont les solidarités que nous devons retrouver dans notre vie quotidienne, et c’est pour cela que les pouvoirs publics doivent permettre la rencontre de ces deux populations dans une volonté de mixité générationnelle, partout sur le territoire. Le temps presse. Les jeunes ne demandent pas la charité à travers l'apprentissage, mais de devenir parties prenantes d'une dynamique sociale partagée.

Au sein d'une entreprise, le projet de l'apprentissage tutoré me semble être une solution viable. Dans le tutorat, ce n'est pas seulement le jeune salarié qui trouve la voie de son apprentissage professionnel, c'est également le «salarié senior» qui découvre une vision novatrice et dynamique. Cet échange intérgénérationnel est le meilleur antidote à l'anomie et à l'individualisme, délétère pour nos organisations. C'est également la meilleure solution pour que chacun trouve une place digne de ce nom sur le marché de l'emploi, et donc dans la vie. C'est à ce prix que la jeunesse construira au mieux la France de demain, en l'intégrant dès aujourd'hui pleinement.

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