Pourquoi je vote contre le protocole Chirac UMP Mairie de Paris

Alexis Corbière, conseiller de Paris et secrétaire national du Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon, explique les raisons de son opposition à l'accord conclu autour de l'affaire des emplois fictifs du RPR. Selon lui, et contrairement aux socialistes et communistes membres de la majorité de Bertrand Delanoë, «pour que la justice passe, il faut qu'on puisse la voir passer».

Alexis Corbière, conseiller de Paris et secrétaire national du Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon, explique les raisons de son opposition à l'accord conclu autour de l'affaire des emplois fictifs du RPR. Selon lui, et contrairement aux socialistes et communistes membres de la majorité de Bertrand Delanoë, «pour que la justice passe, il faut qu'on puisse la voir passer».

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Lundi 27 septembre, au terme du débat qui lui sera consacré au Conseil de Paris, je voterai contre le protocole d'accord avec M. Jacques Chirac et l'UMP. Je voterai contre, avec ma camarade Danielle Simonnet, conseillère de Paris, et comme moi membre du Parti de gauche (PG). Nous sommes contre car nous souhaitons rester partie civile dans le procès dit «des emplois fictifs de la Ville de Paris» mettant en cause M. Jacques Chirac, qui devrait avoir lieu en novembre 2010, ou peut-être en février 2011.

 

Le « protocole d'indemnisation » soumis au vote, propose que, dans la mesure où M. Chirac et l'UMP verse à la Ville la somme de 2 218 072,46 euros, cette dernière ne soit plus partie civile. Concrètement, elle se retire du procès.

 

Je ne suis pas d'accord. Certes, le but de toute partie civile est d'obtenir réparation, généralement sur le plan financier, et je ne néglige pas la somme ici discutée. Certes, ce protocole d'accord a une vertue paradoxale: il démontre la culpabilité de M. Chirac et de l'UMP, héritier du RPR, puisque, pour ma part, je ne connais personne qui débourse plus de deux millions d'euros s'il est innocent. L'UMP n'est pas une association de généreux mécènes. S'il propose de payer, c'est qu'il sait que M. Chirac, qui fut le fondateur du RPR et l'initiateur de l'UMP, risque d'être condamné.

Certes, le procès aura lieu quelle que soit l'attitude de la Ville, et c'est au Procureur de la République de requérir les sanctions adaptées. Mais, dans le cas présent, personne ne doit être dupe. Le Procureur, M. Jean-Claude Marin, a d'ores et déjà fait savoir qu'il demanderait la relaxe pour M. Chirac. Alors que dans ce même dossier, à l'occasion de procès précédents, les proches de l'ancien Maire de Paris ont été condamnés (comme MM. Juppé et Roussin), pour M. Chirac, changement d'attitude, la relaxe s'imposerait. Etonnant.

Là, on ne comprend plus, ou plutôt, on comprend trop. Et le danger est là. Avec un tel procureur, s'il n'y a plus de partie civile, le procès a toutes les chances d'être vidé de sa substance. Et pourtant, il faut que ce procès ait lieu. Tous nos concitoyens en ont besoin. C'est une nécessité civique, et donc politique au sens le plus noble du mot. Il doit être un moment de clarté et de pédagogie judiciaire. Il doit attester que la justice est bien la même pour tous. Le procès d'un ancien Président de la République n'est pas un procès ordinaire, c'est un moment de l'Histoire de France. Nos concitoyens doivent pouvoir être les témoins de ce moment inédit. C'est déterminant: pour que la justice passe, il faut qu'on puisse la voir passer.

 

Une simple transaction financière est insuffisante. D'autant que, disons-le franchement, elle n'est pas des plus sévères quand on se remémore la façon dont M. Chirac a «utilisé» la ville pour sa carrière politique. Dois-je rappeler que les seuls «frais de bouche» de M. et Mme Chirac, entre 1987 et 1995, ont été estimés a 2,13 millions d'euros? Soit 700 euros par jour, aux frais des parisiens. Mais la prescription avait alors empêché toutes poursuites.

 

Je sais aussi que M. Chirac à 77 ans. C'est regrettable que ce procès arrive si tard. Mais cela n'est dû qu'à son immunité présidentielle jusqu'en 2007. Cet argument, avancé par certains, devrait-il justifier qu'il n'y ait plus de procès? Cela n'est pas très digne. Nous ne parlons pas ici d'un vieillard sénile, mais d'un grand dirigeant de la droite française que fut M. Chirac, qui mérite mieux que cela.

 

Voilà donc quelques unes des raisons pour lesquelles je vais voter contre le protocole d'accord. Je sais que la plupart des Conseillers de Paris de gauche, même s'ils ne votent pas comme moi, partagent mes exigences. J'espère toutefois qu'ils entendront mes arguments, et je leur dis que leur vote peut modifier un épisode de l'Histoire de France.

 

Enfin, je ne ferai pas de cadeau à l'UMP en entretenant la confusion à gauche, organisant ainsi une diversion. Malgré ce désaccord, et quelle que soit la passion que nous mettons les uns et les autres pour défendre nos positions, je n'oublie pas qu'à Paris, c'est la gauche qui depuis 2001 a assaini la vie politique. Je lui demande aujourd'hui de bien achever cette tâche, dans la clarté et la dignité. Notre pays, et pas seulement sa capitale, en a besoin. Pour mieux combattre la droite d'aujourd'hui, il ne faut pas donner l'impression de préserver la droite d'hier. Car, en réalité c'est la même.

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Sur son blog, Alexis Corbière détaille plus longuement encore les raisons de son choix: lire en cliquant ici.

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