Billet de blog 26 sept. 2013

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Contre les barbaries, une nécessaire intervention en Syrie

« Les puissances occidentales se sont saisies de tous les prétextes » pour ne pas intervenir en Syrie depuis trente mois, pointe Farouk Mardam Bey. Pour l'éditeur franco-syrien, aucune issue n’est envisageable dans l’état actuel des rapports de force sans une vigoureuse intervention internationale qui force Bachar al-Assad à se démettre.

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Pendant deux ans et demi, les puissances occidentales se sont saisies de tous les prétextes, non pour intervenir en Syrie, comme on l’entend souvent dire, mais, au contraire, pour ne pas le faire. Le dernier en date –la proposition russe d’un contrôle de l’armement chimique à la disposition de Bachar al-Assad– n’est pas moins fallacieux que ceux qui l’ont précédé. Car ces puissances savent pertinemment, à la lumière des malheureuses expériences des observateurs de la Ligue arabe ou de l’ONU, qu’elles ne seront en mesure de contrôler quoi que ce soit. De toute façon, en réduisant la tragédie syrienne à l’usage par le régime d’armes chimiques, elles le lavent de tous les autres crimes qu’il a déjà commis, depuis la sanglante répression des manifestations populaires pacifiques de 2011 jusqu’au bombardement par l’aviation et les missiles balistiques des villages et des quartiers urbains.

Qui ne voit que les rodomontades et les gesticulations occidentales, d’ailleurs fort peu crédibles et suivies d’honteuses débandades, n’ont servi qu’à prolonger la vie du régime en place –et le malheur de l’ensemble de la population ? Dans les conditions propres à la Syrie, on pouvait légitimement hésiter entre plusieurs options, couloirs humanitaires ou zone d’exclusion aérienne, armement de l’opposition ou intervention militaire directe, mais il est d’une lâcheté sans nom de fanfaronner, puis de temporiser, puis de s’interdire toute forme d’action quelque peu efficace.

En trente mois, alors que les « lignes rouges » américaines et européennes étaient impunément transgressées, massacre après massacre, Bachar al-Assad a eu le temps, avec un cynisme et une terrible détermination dignes de son père, de noyer les revendications démocratiques de la population dans le marécage des alliances régionales. Les intrusions des faux « amis du peuple syrien », autant que celles des vrais amis de son bourreau, se sont ainsi multipliées, les peurs et les méfiances communautaires se sont exacerbées, et le fléau baassiste s’est doublé d’un autre, incarné par des djihadistes d’un autre âge et des seigneurs de guerre sans foi ni loi. Tout s’est passé et tout se passe encore comme si les quarante-trois ans de règne du clan Assad, parsemés des pires méfaits en Syrie même et alentour, n’avaient pas suffi à convaincre l’ainsi nommée « communauté internationale » qu’il ne plaisantait pas en se disant éternel, ne serait-ce qu’en se contentant d’administrer les ruines de son pays.

Certes, les dirigeants occidentaux démocratiquement élus sont-ils tenus d’écouter leurs opinions publiques qui se souviennent des mensonges de George W. Bush et de sa lamentable mésaventure en Irak. Certes, la chute du régime pourrait entraîner une période plus ou moins longue d’instabilité. Certes, les directions autoproclamées de l’opposition, divisées et velléitaires, ont tout fait pour corroborer les incertitudes et les préventions. Certes, la situation confuse sur le terrain, et notamment la montée en puissance des djihadistes, rendait de plus en plus perplexes même d’anciens sympathisants de la cause syrienne. Il reste qu’aucune issue n’est envisageable dans l’état actuel des rapports de force sans une vigoureuse intervention internationale, et peu importe la forme qu’elle prendrait pourvu qu’elle force Bachar al-Assad à se démettre.

Sauf si l’on se résigne à laisser dépérir la Syrie comme Etat-nation et décimer son peuple sous prétexte qu’on ne peut choisir entre deux barbaries, celle du régime et celle de l’islamisme radical. C’est oublier que ces deux barbaries ont depuis toujours partie liée et qu’elles prospèrent ensemble, dans le même terreau de violence et de haine, chacune se justifiant par l’autre. Aussi, si toute intervention est un pari risqué, si personne ne peut prévoir à quoi ressemblerait la Syrie sans Bachar, il est en revanche absolument certain que la non-intervention n’aboutira qu’à la livrer, et pour très longtemps, aux abominables exactions et de Bachar et des djihadistes.

Aucun patriote syrien ne se résout de gaité de cœur à réclamer le secours d’une puissance étrangère quelle qu’elle soit. Aucun n’a la naïveté de croire que ce sont les bons sentiments, et non les intérêts économiques et stratégiques, qui déterminent les prises de position en politique internationale. Mais aucun non plus ne peut hésiter quand il s’agit de la survie de son pays. Non seulement parce que c’est son pays, mais aussi parce que c’est l’un des tous premiers dans l’histoire de l’humanité où l’homme est devenu humain. 

Farouk Mardam Bey, éditeur

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