Réussir l'intégration républicaine du handicap: signez la pétition de l'APAJH

Au lendemain de la deuxième Conférence nationale du handicap, constatant que «les acquis de la "loi Handicap" sont détricotés méthodiquement par le gouvernement», la Fédération des Apajh lance sur Mediapart un appel «à repenser la place du handicap dans la société».

Au lendemain de la deuxième Conférence nationale du handicap, constatant que «les acquis de la "loi Handicap" sont détricotés méthodiquement par le gouvernement», la Fédération des Apajh lance sur Mediapart un appel «à repenser la place du handicap dans la société».
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puceinvite.jpgAssociation du secteur du handicap, la Fédération des Apajh (Association pour adultes et jeunes handicapés) choisit aujourd'hui de relancer le débat public sur la place du handicap dans la société française. A l'approche des échéances politiques de 2012, l'Apajh met en débat une série de propositions pour une «intégration républicaine» du handicap, selon un principe simple: ce qui est bon pour les personnes en situation de handicap, est bon pour la société toute entière. Pour chacun et pour tous.
«Dans les cinq ans à venir, pas un seul jour ne se passera sans que le gouvernement travaille au service des personnes ayant un handicap, des personnes fragiles et de leurs familles.» C'était l'engagement du président de la République lors de la première Conférence nationale du handicap, en juin 2008. La deuxième édition de ce rendez-vous national sur la politique du handicap vient de se conclure sur une nouvelle séquence d'autosatisfaction du gouvernement Fillon. Et une nouvelle désillusion pour les acteurs du champ du handicap.
L'adoption de la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005 avait constitué une avancée fondamentale pour l'égalité des droits et la condition des personnes en situation de handicap. Accessibilité de l'espace public, conditions de ressources, emploi et formation, scolarisation, culture et citoyenneté: cette loi fondatrice ouvre la voie à l'intégration du handicap dans la société en fixant des objectifs clairs pour 2015.
Depuis 2007, les acquis de la «loi Handicap» sont détricotés méthodiquement par le gouvernement, dans le domaine de l'Éducation nationale comme de l'emploi, dans l'accessibilité des lieux publics comme dans celui de la santé et de la protection sociale. En février 2010, l'Apajh avait saisi la Halde pour dénoncer ce désengagement des pouvoirs publics pour ce qu'elle est: une violation des valeurs républicaines, une rupture de l'égalité de traitement entre les citoyens. Une situation de «discrimination d'État» contre les personnes en situation de handicap.
Le consensus républicain qui avait prévalu au moment de la loi Handicap de 2005 est mort depuis quatre ans. Les exhortations néoconservatrices sur «la fin de la République des assistés», le sacrifice des personnes fragilisées sur l'autel de la «rigueur», l'exclusion du handicap de l'emploi comme du chantier du cinquième risque, démontre l'incapacité des pouvoirs publics à penser le handicap comme un atout pour la transformation de la société. Réussir l'intégration républicaine du handicap est pourtant un enjeu majeur pour inventer une «société inclusive». À une époque où 6 Français sur 10 redoutent de se retrouver à la rue et où la jeune génération est persuadée qu'elle vivra moins bien que celle de ses parents, la question de l'autonomie et du droit à l'avenir concerne chacun et tous. Les personnes fragilisées n'attendent pas de charité, mais les conditions d'une vie digne et autonome.
Garantir l'égalité des droits aux personnes en situation de handicap, c'est la garantir à tous. La politique du handicap ne concerne donc pas seulement les personnes en situation de handicap, les associations et leurs familles, le secteur médico-social et les professionnels de santé. L'État républicain n'a pas vocation à «assister», mais à garantir la citoyenneté et l'autonomie des individus. Syndicats, entreprises, collectivités territoriales, société civile, doivent tous contribuer à l'intégration républicaine du handicap.
La deuxième Conférence nationale du handicap n'a donc rien résolu pour la situation du handicap en France. Nous appelons aujourd'hui à dépasser la seule application de la loi Handicap d'ici le terme du 1er janvier 2015, pour repenser la place du handicap dans la société à l'aune des valeurs républicaines et universalistes pour construire une «société inclusive».
Dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012, l'Apajh lance aujourd'hui une consultation nationale des forces vives, de la société civile, des élus, des syndicats, des citoyens pour «réussir l'intégration républicaine du handicap». Le handicap doit cesser d'être une question traitée exclusivement par le monde associatif. Une mobilisation de la société civile, des forces économiques, des responsables politiques, est indispensable pour mettre un terme à la «discrimination d'État» à l'égard des personnes en situation de handicap. Cette consultation citoyenne, en ligne, aboutira à une plateforme de propositions que l'Apajh soumettra à l'ensemble des partis républicains à l'automne 2011, avant la campagne présidentielle.
Il est temps d'inverser la tendance de l'exclusion et d'épouser un nouveau modèle de société: celui qui ne compartimente pas l'accès aux droits, mais qui garantit au contraire son universalité. Une société progresse à mesure qu'elle laisse sa place à chacun. Refuser l'accès aux droits à certains, c'est l'interdire à tous.

 

 

Premiers signataires:

Noël BAEKLANDT, Secrétaire général de la Fédération des APAJH.
Jean-Louis GARCIA, Président de la Fédération des APAJH
Daniel SARTELET, Vice-président de la Fédération des APAJH

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