Aide au développement : parions sur l’avenir !

Les arbitrages budgétaires au sein des ministères et de l’Elysée sont en train de se dérouler et les lettres plafonds vont être envoyées. De nombreuses organisations rappellent l’importance du budget français alloué à l’aide publique au développement et la nécessité de reprendre une trajectoire ascendante vers les 0,7% comme promis par François Hollande il y a quelques années.

Chaque année, en juin, c’est dans le secret des arcanes ministériels que se déterminent les arbitrages budgétaires définitifs de la France. Une négociation dans l’ombre entre ministères et administrations, qui a pourtant un impact sur des millions de personnes. Le budget alloué à l’aide publique au développement (APD) ne fait pas exception.

Alors qu’on observe depuis quelques années un creusement des inégalités mondiales, une multiplication des catastrophes liées au changement climatique, une recrudescence des conflits armés, le projet de loi de finances - qui présente le budget de la France pour l’année à venir - se traduit depuis 6 ans par une baisse des crédits budgétaires de l’aide publique au développement. Pire encore, moins d’un quart de l’aide de la France, politique pourtant cruciale de redistribution des richesses, bénéficie directement aux pays les plus pauvres. Triste réalité.

Comme beaucoup de pays développés, la France s'est engagée à consacrer 0,7 % de sa richesse nationale à l'aide publique au développement. Pourtant l’histoire retiendra qu’en 2015 elle n’y consacrait que 0,37 %, manquant ainsi à ses engagements de solidarité envers les populations les plus pauvres. D’autres pays européens, pourtant confrontés aux mêmes difficultés économiques et budgétaires, respectent eux l’engagement historique d’allouer au développement cette part infime mais qui peut changer la donne pour les plus pauvres.   

Comment justifier cela ?

Les responsables politiques parlent d’« effort en ligne avec le budget général ». Faux ! Depuis deux ans ce budget est dix fois plus impacté que le budget général.

Ils et elles opposent aux demandes de la société civile un chiffre de 10 milliards d’euros que la France allouerait au développement. Irréel ! Ce chiffre est largement gonflé par des prêts que la France lève sur les marchés financiers à un coût très bas, voire inexistant pour le contribuable. En même temps, ce qui devrait être  le cœur de l’aide, les dons pouvant financer les secteurs sociaux dans des pays extrêmement pauvres, est réduit à une portion congrue.

Ils et elles nous promettent une nouvelle ambition. Elle tarde ! L’urgence de répondre aux déséquilibres du monde est là, et les solutions existent également. Elles n’attendent qu’à être financées et mises en œuvre. Si nous tardons à répondre, le défi ne sera que plus grand encore.

Une nouvelle ère de coopération vient de s’ouvrir. La France, tout comme les autres pays membres de l’ONU,  vient de souscrire à 17 Objectifs de développement durable (ODD) qui ambitionnent d’éradiquer la pauvreté en 15 ans, de combattre les inégalités et de garantir un accès universel à la santé et à l’éducation. En tant que présidente de la dernière Conférence internationale sur le climat (COP 21), la France s’est également engagée à lutter contre le changement climatique et à protéger les populations vulnérables de ses conséquences.

Après les engagements, 2016 doit être l’année de l’action. La France, puissance économique mondiale et membre influent de l’Union européenne a une responsabilité particulière et elle doit l’assumer. Les déclarations sont certes un préalable nécessaire, mais elles risquent de rester lettres mortes si la France ne mobilise pas dès cette année les moyens pour les mettre en œuvre. Derrière ces enjeux politiques rappelons que ce sont des vies humaines qui sont en jeu.

L’aide au développement est un puissant catalyseur de changement et permet à des millions d’enfants d’avoir accès à l’éducation, à des femmes d’avoir accès aux soins de santé, à des agriculteurs de protéger leurs activités des aléas du climat. En juillet 2015, on estimait que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme avait fourni, depuis sa création, 548 millions de moustiquaires pour aider les familles à se protéger contre le paludisme, avait permis le dépistage et le traitement de 13,2 millions de cas de tuberculose et avait fourni des traitements antirétroviraux à 8,1 millions de personnes.

C’est pourquoi, lors des arbitrages imminents qui détermineront le niveau d’engagement d’aide publique au développement pour 2017, la France doit enfin tenir ses engagements de solidarité envers les plus vulnérables. Dès maintenant, le Gouvernement doit concrétiser l’engagement d’allouer 0,7 % du RNB (revenu national brut) d’ici à 2022 à l’aide publique au développement, et relever de 10% le budget consacré à l’APD dans la loi de finances en préparation. Il s’agira, tout simplement, d’inverser la tendance de coupes drastiques dans la solidarité internationale qui a marqué le quinquennat jusqu’à présent. Et de recréer les conditions de la crédibilité de futures annonces, et de respect à terme des engagements déjà pris.

Les signataires :

Claire Fehrenbach, Directrice générale d’Oxfam France

Friederike Röder, Directrice de ONE France

Bruno Rivalan, Directeur France d’Action Santé mondiale

Véronique Andrieux Directrice générale d’Action contre la Faim

Philippe Lévêque, Directeur de CARE France

Bernard Pinaud, Délégué général du CCFD-Terre Solidaire

Vincent Brossel, Directeur de Peuples Solidaires – ActionAid France

 

 

 

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