Socialistes, vendez Solférino !

Le réseau « Inventons demain » est né du traumatisme de l’affaire Cahuzac. Un choc d’autant plus rude que les moins de trente ans qui l’ont créé sont adhérents du Parti socialiste, presque tous secrétaires de section, et souvent élus locaux. Un an et demi plus tard, et au lendemain du remaniement, le malaise ne s’est pas dissipé. « Inventons demain » s’est élargi aux écologistes et à quelques membres du Front de gauche, et lance sur Mediapart un appel au PS réuni à La Rochelle, ainsi qu’à toutes les forces de gauche…

Le réseau « Inventons demain » est né du traumatisme de l’affaire Cahuzac. Un choc d’autant plus rude que les moins de trente ans qui l’ont créé sont adhérents du Parti socialiste, presque tous secrétaires de section, et souvent élus locaux. Un an et demi plus tard, et au lendemain du remaniement, le malaise ne s’est pas dissipé. « Inventons demain » s’est élargi aux écologistes et à quelques membres du Front de gauche, et lance sur Mediapart un appel au PS réuni à La Rochelle, ainsi qu’à toutes les forces de gauche…

 


       

Les Etats Généraux ont initié la Révolution Française, la fin de la féodalité, l’abolition des privilèges, la suppression de la Cour, le retour à une échelle sociale basée sur le mérite, la première réforme territoriale d’ampleur. Jean-Christophe Cambadélis a une conscience aigüe des faits historiques et ne manie pas les références au hasard. En promettant de vastes « Etats Généraux » dès son entrée en fonction, il savait que son initiative pouvait aboutir sur un véritable processus révolutionnaire : la fin des baronnies, la remise en question des privilèges de quelques apparatchiks, la mise au pilori de la Cour comme de la Fronde.

L’un des plus grands historiens de la Révolution Française fut un socialiste, abondamment honoré cette année : un dénommé Jean Jaurès. Alors que tous le célèbrent, beaucoup oublient sa conception de ce que devait être un parti. Dans l’utopie jaurésienne, la « forme-parti » constitue l’avant-garde d’une représentation de la société fondée sur la coopération plutôt que la compétition, sur la morale plutôt que l’égoïsme, sur la fraternité plutôt que sur l’inégalité. En résumé : le Parti socialiste devait être une représentation de ce que les socialistes voulaient pour la société.

Aujourd’hui, quel socialiste sain de corps et d’esprit peut imaginer un seul instant que le parti auquel il appartient, en état de mort cérébrale, éclaboussé par les malversations de certaines fédérations, monopolisé par les grands féodaux, donne une représentation de la société idéale que nous voulons pour demain? Quel spectateur du petit théâtre médiatique peut imaginer un seul instant que la guerre que se livrent la Cour et la Fronde est à la hauteur ? De ce fossé entre les discours et les actes provient une partie du sentiment de trahison qui traverse l’électorat populaire.

Pour nous, une véritable Nuit du 4-Août est indispensable à la survie identitaire et culturelle de la gauche. Le PS doit pour cela devenir un parti « nouvelle génération » et retrouver un réel ancrage social. En promouvant une nouvelle éthique, une nouvelle organisation territoriale et de nouvelles expériences démocratiques, les socialistes peuvent inventer demain.

La gauche ne retrouvera pas la confiance du peuple sans inventer une nouvelle morale de l’action politique. Il est temps de dire haut et fort : la politique est un engagement bénévole et les mandats politiques doivent être des CDD, renouvelables une fois. Le combat pour le non-cumul des mandats ne doit pas se restreindre au seul champ électoral : dans un souci d’oxygénation de la vie publique, le non cumul des mandats dans le temps doit s’appliquer à tous les mandats, y compris les mandats partisans (dirigeants locaux et nationaux des partis politiques), les mandats économiques (sièges dans les conseils d’administration), les responsabilités diverses (théâtres, conseils d’administration d’organes de presse, etc.). Il ne doit non plus y avoir de place dans les partis pour les repris de justice : l’interdiction, pour toute personne condamnée pour des délits financiers (corruption, prise illégale d’intérêts, abus de biens sociaux, trafic d’influence, etc.), d’exercer la direction d’un parti devrait figurer dans les statuts de toute formation politique républicaine. Enfin, la transparence ne doit pas s’appliquer qu’aux élus, mais à toute personne exerçant une fonction exécutive dans un parti, avec publication des déclarations de patrimoine et des déclarations d’intérêts.

La politique partisane, plus que jamais, a besoin d’oxygène : les partis n’auraient jamais dû cesser d’être des laboratoires à innovations démocratiques, décentralisées et citoyennes.

Pour cela, nous appelons l’organisation d’une vraie réforme territoriale dans les partis français, écartelés entre le centralisme démocratique et les baronnies. La pratique détestable du « parachutage » doit être abolie. Aujourd’hui, l’émergence des leaders locaux peut désormais être garantie par la généralisation de primaires citoyennes, pour toutes les désignations à un mandat concernant plus de 20 000 électeurs.

Ainsi, un parti comme le PS pourrait engager sa réforme territoriale, qui débuterait symboliquement par la vente de Solférino et l’implantation du siège du PS dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. L’échelon de la circonscription serait choisi pour décentraliser un certain nombre de moyens matériels et humains, avec la désignation par tirage au sort (au sein d’un « pool » de volontaires) des équipes locales. Cette réforme territoriale poserait les bases d’un nouvel « Epinay » : tous les militants des partis de la majorité parlementaire pourraient participer à nos réunions et votes internes et des maisons de la gauche, ouvertes aux militant(e)s et sympathisant(e)s de la majorité parlementaire, seraient créées dans chaque département.

En 1789, les Etats Généraux firent émerger des figures extrêmement jeunes, qui allaient incarner les valeurs de la Révolution : Saint Just n’avait que 20 ans, Desmoulins 29 et Danton 30 ans. Aujourd’hui, nous, jeunes leaders de gauche, prenons nos responsabilités : l’objet de ce texte n’est pas de désigner les têtes à couper mais bien d’indiquer un chemin pour la gauche. Sans la Fronde, sans la Cour, Inventons demain !

 

Premiers signataires

Amroze Adjuward (Yvelines), Lokmane Benabid (Moselle), Aurélien Bernicchia, Nicolas Brien (coordinateur national), Fabrice Cabral (Tarn), Marc-Henri Duvernet (Jura), Louis de Fontenelle (Pyrénées-atlantiques), Baptiste Fournier (Essonne), David Le Roux (Côtes d’Armor), Anthony Leroy (Puy-de-Dôme), Barnabé Louche (Ardèche), Arnaud Mac Farlane (Meuse), Florian Maily (Saône-et-Loire), Thibault Marchand (Oise), Julien Ranc (Rhône), Nordine Ranji (Hauts-de-Seine), Jean-Philippe Robelet (Allier), Grégoire Ruhland (Meurthe-et-Moselle), Damien Thibault (Hautes-Alpes), Melissa Youssouf (Seine-Saint-Denis), tous référents départementaux du réseau « Inventons demain ».

 

 

 

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