Billet de blog 27 novembre 2011

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Danielle, une militante en Amérique latine

Carmen Castillo, écrivaine et cinéaste d'origine chilienne, a travaillé avec la fille de Salvador Allende avant le coup d'Etat du général Pinochet, puis est entrée dans la clandestinité avant de se faire expulser du Chili en 1974. Elle rend hommage à Danielle Mitterrand.

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Carmen Castillo, écrivaine et cinéaste d'origine chilienne, a travaillé avec la fille de Salvador Allende avant le coup d'Etat du général Pinochet, puis est entrée dans la clandestinité avant de se faire expulser du Chili en 1974. Elle rend hommage à Danielle Mitterrand.

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La nouvelle de la mort deDanielle arrive à Santiago tôt le matin. Un tremblement de terrebref et fort m'a réveillé à 4 heures, je lis le message et sonbeau sourire ne me quitte plus. Entre éveil et somnolence le fil desouvenirs épars de sa présence au Chili et au Mexique se tisse.

Danielle à l'Elysée,le bureau de sa collaboratrice Anne Lamouche, un centre d'actionsolidaire et fraternelle avec la résistance chilienne et sesmilitants. Danielle est l'une des nôtres, son combat dans laFrance occupée continue. Elle agit pour défendre les prisonniers et leursfamilles, mais aussi pour aider lesclandestins à sortir du pays et trouver refuge en France.

D'anciensprisonniers m'appellent. Guilermo Rodriguez, survivant d'uneféroce tentative d'empoisonnement, se souvient : le poumonartificiel qui débarque en urgence et le sauve, la réhabilitation,puis, une fois libéré, l'aide financière pour un centre sociald'insertion de jeunes dans la « poblacion » VillaFrancia, l'un des quartiers populaires les plus combatifs, où iltravaille.

Danielle et ses voyages auChili, une amitié solide va naître avec les cinq dames de Santiagoqui se battent ouvertement pour la liberté, Tencha,l'épouse du président Allende, Monica, ma mère, MatildeChonchol.

Aujourd'huicomme hierMonica et Matilde se parlent et conspirent : il faut mettre enroute les réseaux, rassembler les collectifs d'ex-prisonnierspolitiques, des poblaciones et appeler tous ceux qui ont bénéficiéde l'action de Danielle durant toutes ces années pour lui rendreun hommage à Santiago. Danielle est des nôtres et les jeunesd'aujourd'hui doivent la retrouver dans les lieux de résistance.

Car Danielle a continué,après le retour de la démocratie, à s'engager auprès de ceuxque le modèle économique rejetait et réprimait. C'est ainsique Danielle a parcouru les routes sinueuses du sud du Chili pourvisiter les villages Mapuche. La Fondation France Libertés menaitune campagne internationale pour la préservation de l'eau et lescultures originaires en Amérique Latine. Peude responsables chiliens ont fait ce voyage très fatigant. Danielle, elle, avaitbesoin de rencontrer directement les peuples en résistances, ellen'oubliait jamais un visage, une cabane, un lac ou un fleuve. Sesactes étaient concrets, rigoureux, incarnés.

Indignée par lesinjustices et l'aveuglement du pouvoir politique, Danielle restaitconvaincue que nous étions chaque jour plus nombreux. Elle atoujours eu plus confiance dans l'avenir du monde qu'aucund'entre nous. Sa pensée s'ancrait dans son action et c'estainsi qu'elle n'a jamais connu le découragement. L'horizon,elle le voyait, très souvent ce fut elle qui me le montra, lointainmais existant. Visionnaire et infatigable, elle a toujours été enavance sur nous car elle n'a jamais arrêté de croire que malgrétoutes les défaites et les obstacles, le monde devaitet pouvait être changé.

Je me souviens de sa joieau Chiapas. L'émergence de la lutte zapatiste venait cristalliser,rendre visible, une multiplicité de luttes dans lesquelles elles'était engagée. Ellen'hésita pas à accepter l'invitation du Sous Commandant Marcosde les visiter. Là encore le véhicule qui la transportait àtravers les montagnes du sud est mexicain s'enfonçait dans laboue et avançait péniblement. Une fois arrivéedans le village de La Realidad, elle s'installa dans une humblemaison, elle écouta les raisons et les rêves de cette rébellion.Elle les a portés en elle jusqu'à la fin de ses jours. La dernièrefois où j'ai pu lui parler, elle demandait encore des nouvelles deMarcos et des communautés indiennes zapatistes.

Notre Danielle est en nous, nous continuons le combat.

Merci, Danielle.

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