Habemus papouille

«Il est temps que ce soit l'ensemble des croyants qui participe aux grands dialogues et aux décisions des églises et plus seulement une minorité d'hommes blancs hétérosexuels de plus de 70 ans». Le jour où Benoît XVI quitte le trône de Saint-Pierre, une femme noire et lesbienne nous livre sa lettre de candidature «comme 266e souverainE pontive» imaginée par six chrétiens «se reconnaissant politiquement et théologiquement femmes, noires, africaines et lesbiennes».

«Il est temps que ce soit l'ensemble des croyants qui participe aux grands dialogues et aux décisions des églises et plus seulement une minorité d'hommes blancs hétérosexuels de plus de 70 ans». Le jour où Benoît XVI quitte le trône de Saint-Pierre, une femme noire et lesbienne nous livre sa lettre de candidature «comme 266e souverainE pontive» imaginée par six chrétiens «se reconnaissant politiquement et théologiquement femmes, noires, africaines et lesbiennes».

 


 Chers cardinaux,

Suite à la vacance du poste qu'occupait notre bien aimé Joseph Alois Ratzinger, je reviens vous proposer ma candidature comme 266e souverainE pontive. J'entends par cette lettre de motivation vous prouver une nouvelle fois l'opportunité de ma candidature de femme lesbienne noire à la succession apostolique. Sans revenir sur la précédente en 2005 suite au décès de Karol Józef Wojtyła, je rappelle simplement la chance que présente une telle identité dans un monde dominé par l'homme hétérosexuel, l'occident, la finance. Comme John Lenon le chantait, la femme n'est-elle pas le nègre du monde ? 

Noire, je sais de par mes origines ce que pillage des ressources a pu et peut toujours signifier pour des peuples entiers. Les miens ont connu l'esclavage, le racisme, l'Apartheid, la domination de l'homme blanc. Ces dominations prennent aujourd'hui d'autres formes mais perdurent : le patron de multinationale a seulement remplacé le missionnaire dans l'alliance avec le militaire. En occident, les miens connaissant les discriminations systémiques. Lesbienne, parce que c'est en dépassant la norme que l'on peut atteindre la vraie relation de soi à l'autre. 

La vie m'a permis de fonder un foyer avec ma compagne grâce aux progrès législatifs sur l'accès à la PMA (Procréation médicalement assistée) dans des pays plus progressistes que le Vatican de Benoit XVI ou la France de François Hollande. C'est aujourd'hui avec la sagesse acquise par la vie de parent que je m'adresse à vous. Car si un tel recours est une évidence pour un couple hétérosexuel, peut-on s'imaginer les difficultés administratives et sociales d'une telle démarche quand on est homosexuellE ? Voilà donc le nouveau visage de l'église que j'entends incarner, et suis persuadée d'obtenir, dans votre sagacité, la faveur de vos scrutins. Ainsi, nouvelle papouille de l'église catholique, j'inviterai à l'accueil de la vie et de l'amour dans toutes les couples, y compris de même sexe. Je rappellerai que la fécondité prend bien des formes, et pas seulement biologique. Je bénirai toutes les unions et accueillerai chacunE sans distinction d'origine, d'orientation sexuelle ou de situation familiale et sociale dans les églises catholiques romaines et inviterai les autres religions à faire de même. Je m'engagerai pour la dépénalisation de l'homosexualité dans le monde.

Mais ce n'est pas tout. Malgré une concurrence accrue dont notre culte fait l'objet, la stabilité de nos parts de marché me donne bon espoir : aucune délocalisation ne viendra précariser davantage le secteur. Mais, la crise nous y poussant, nous avons besoin d'idées neuves. Ainsi, en me nommant nouvelle papouille de l'église catholique, ce n'est plus la concurrence qui dictera notre approche des autres religions, mais la coopération. Car la quête du gain ne vaut que pour un plus grand partage des richesses. C'est là le trésor placé sur un fondement solide pour l'avenir, afin de saisir la véritable vie (1 Timothée 6:19).

Nouvelle papouille de l'église catholique, j'étudierai les arts et la sagesse de l'Islam, la torah et les grands maîtres orientaux, sans oublier la grande diversité d'un monde qui comptent autant –si ce n'est plus– de non croyantEs que de croyantEs. Je redonnerai à l'Eglise sa place dans le débat politique, social, humaniste, et nous inviterai touTEs aux tables des religions pour ouvrir les voies d'un dialogue sur ces sujets. Il est temps que ce soit l'ensemble des croyants qui participe aux grands dialogues et aux décisions des églises et plus seulement une minorité d'hommes blancs hétérosexuels de plus de 70 ans. C'est un appel à l'humanité en chacun de nous que je compte lancer pour aborder ce vaste chantier. Mon parcours m'en a donné les compétences, ainsi que l'expertise technique environnementale nécessaire à toute approche des cultures animistes, j'embarquerai tous les leaders des grandes traditions spirituelles dans les combats écologiques de notre temps, dans l'alliance avec toutes les femmes et les hommes de bonne volonté pour dépasser le système capitaliste. Par ces temps de chômage, je soutiens l'idée de relocalisation de l'économie et comprends à quel point les actionnaires d'EgliseCathoRom© ont à cœur de maintenir l'emploi et le patrimoine local, eux qui sont évêques d'un terroir. Ils s'engageront pour une décroissance des biens, une croissance des liens et une meilleure répartition des richesses et des pouvoirs.

Voilà ce qui fait de moi la papouille qu'il vous faut. Je conclurai sur mes modestes prétentions salariales : je réduirai mes revenus pour montrer l’exemple du partage des richesses au sein de l’Eglise. En espérant vous rencontrer prochainement. Habemus Papouille !

PS : Mettez-moi de côté vos robes et vos dentelles, trop kitsch, je kiffe !

 

Se reclamant du Christianisme social et se reconnaissant politiquement et théologiquement femmes, noires, africaines et lesbiennes : Brigitte Chazel, Héloïse Duché, Jean-François Girod, Valérie Journet-Texier, Stéphane Lavignotte, Marina Zuccon

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