Marine Le Pen m’a dit

« Marine, Marine, Marine. Ce sont les fous qui n’ont pas d’identité, qui ne sont pas sûrs de qui ils sont, qui ne savent pas qui ils sont. Et moi, je ne suis pas folle...» Qu’y a-t-il dans la tête de Marine Le Pen ? Exercice littéraire d’imagination signé Leslie Kaplan, auteure notamment de Fever (POL, 2005 et Folio) et de Louise, elle est folle (POL, 2011).

« Marine, Marine, Marine. Ce sont les fous qui n’ont pas d’identité, qui ne sont pas sûrs de qui ils sont, qui ne savent pas qui ils sont. Et moi, je ne suis pas folle...» Qu’y a-t-il dans la tête de Marine Le Pen ? Exercice littéraire d’imagination signé Leslie Kaplan, auteure notamment de Fever (POL, 2005 et Folio) et de Louise, elle est folle (POL, 2011).
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Moi je fais partie des mammifères supérieures et ça me suffit, ça me suffit amplement. Je suis supérieure, c’est comme ça, supérieure et normale, pour moi il est normal d’être supérieure, et c’est tout. C’est l’ordre des choses, l’ordre naturel, l’ordre de la nature. L’ordre de l’ordre. Les valeurs.

Les valeurs, il faut que tout le monde puisse s’accorder dessus, alors c’est ce qui existe, c’est ce qui est là, ce qui est donné, c’est le patrimoine, c’est ce que tout le monde peut reconnaître.

On ne peut pas nier les inégalités, ou alors on est de mauvaise foi, c’est terrible d’être de mauvaise foi. Prenons la civilisation française, c’est clair, c’est une civilisation supérieure, et la supériorité de la langue française, c’est évident, c’est complètement évident. Si on la compare à la langue anglaise, par exemple, cette langue qui nous envahit, tous les jours, tous les jours, et en plus ils ont brulé Jeanne d’Arc, il ne faudrait quand même pas l’oublier, eh bien c’est clair, la langue française est supérieure. Vous n’avez qu’à prendre n’importe quel mot, je dis bien n’importe lequel, et vous verrez tout de suite, en français il correspond. Prenez le mot vache, eh bien c’est clair vous dites vache, v, a, c, h, e, va, che, va, che, vache, vous voyez une vache. Mais si vous prenez le mot cow, vous ne voyez rien du tout. Mais rien de rien. Ce mot ne correspond pas, tout simplement, il ne correspond pas du tout.

Les mots doivent correspondre. S’ils ne correspondent pas, s’ils ne correspondent pas… eh bien ça ne va pas.

C’est pour ça que j’aime tellement le mot France. Je dis le mot France, je vois tout de suite la France. Je la vois, elle est belle, elle est grande, elle est…la France.

C’est comme quand je dis mon nom, Marine. Je suis sûre, je suis absolument sûre, que c’est moi, Marine.  Si je n’étais pas sûre, ce serait affreux, j’aurai une impression, je ne sais pas, de fêlure, si je dis Marine et que rien ne se passe, si je ne me vois pas, je ne peux pas imaginer, c’est épouvantable, je perds mes repères, je perds mon identité, mon identité à moi, c’est pas possible, je ne peux pas imaginer. Marine, Marine, Marine.

Ce sont les fous qui n’ont pas d’identité, qui ne sont pas sûrs de qui ils sont, qui ne savent pas qui ils sont. Et moi je ne suis pas folle. Les fous, il faut les enfermer, ils sont fous c’est tout. Troublent l’ordre. Troublent tout.

Moi je suis normale. Normale, simple, en bonne santé, costaud, musclée même, pas de maladie, pas de virus, moi je suis normale, je le dis haut et fort. Pas comme les gens pas normaux, les déviants, les différents. Différents de qui ? Différents de moi, c’est tout. C’est clair.

Mon père avait une blague, il disait ça souvent, « Moi, c’est moi et toi, tais toi ». Elle est bien bonne, cette blague, et elle est vraie.

Les autres, les étrangers, on peut les admettre, admettons-les, O.K., O.K., mais il faut qu’ils reconnaissent qu’on est supérieurs, et qu’on a des droits à cause de ça. On peut aimer des inférieurs, remarquez, pas de problème, les aimer, les corriger, oui, les corriger, les aimer, mais sur la base de qui est supérieur et qui est inférieur. C’est quand même simple.

Dieu est de mon côté, c’est tout. C’est comme ça. Je suis née en France, je suis née ici, je fais partie des Français, ne me demandez pas plus, je ne fais pas de philosophie, moi, chacun son métier, chacun sa place, moi je vois ce qui est, c’est tout. C’est dans l’ordre des choses, c’est comme ça, Dieu a ses raisons, voilà, c’est simple. Je parle bien sûr du Dieu normal, celui qu’on connaît, celui des gens normaux. Celui qui reconnaît les siens.

Le reste est détail, et comme disait mon père, les détails, on s’en fiche, ce ne sont que des détails.

Je n’aime pas Sarkozy, mais Madame Christine Lagarde, elle a dit une chose, je suis complètement d’accord avec, « penser, ça suffit, ça suffit de penser, il faut retrousser nos manches », moi je suis d’accord.

Moi je n’ai pas peur de le dire, j’aime les histoires que je connais, les histoires dont je connais la fin, il n’y a que ces histoires là que j’aime. Si je ne connais pas la fin, je suis angoissée, et je déteste ça. Moi angoissée, jamais. Je ne supporte pas la tension. Et c’est normal. Tout le monde est comme ça, personne n’aime être angoissé. D’ailleurs, je l’ai dit et redit, la politique c’est l’art de la répétition.

Répéter, répéter, répéter. Personne n’aime être surpris, étonné. Surtout pas de nouveau, d’inédit, de jamais vu. Inventer, ça va bien cinq minutes. C’est fatiguant, c’est épuisant, c’est risqué. De toutes façons il n’y a rien de nouveau sous le soleil, n’est-ce pas. La politique, je le redis, c’est l’art d’enfoncer les clous, il faut savoir enfoncer les clous, les grands clous, les petits clous, en-fon-cer-les-clous. Encore une expression magnifique, si parlante, de la langue française. Je l’aime, cette expression. On voit le geste, concret, le mouvement, le marteau. J’adore.

Moi je préfère m’ennuyer, m’emmerder je dirai même, mais être tranquille. La sécurité, le calme. La tranquillité, le calme. Le calme extérieur. Le calme intérieur. Le calme dans la ville. Le calme dans la campagne. Le calme dans la maison. Le calme mental. Le calme partout.

Mais attention. Le calme ça se mérite. Le calme c’est pour les gens comme nous. Pour les autres, tous les autres, les pas normaux, les déviants, les différents, les sauvages : pas de calme. La guerre. Ils l’ont voulue, ils l’auront. Moi, je suis compatible avec le meurtre. Exterminez les brutes.

Et je dis ce que tout le monde pense. Personne n’aime être bousculé, personne. Mon père avait bien raison de le dire, on préfère sa cousine à sa voisine, et sa nièce à sa cousine, et sa fille à sa nièce. Et c’est normal.

Je dirai même plus, on préfère les poux de sa cousine aux poux de sa voisine, et les poux de sa nièce aux poux de sa cousine, et les poux de sa fille à tous les poux.

Et même, on préfère les crimes de sa cousine, aux crimes de sa voisine, et les crimes de sa nièce aux crimes de sa cousine, et les crimes de sa fille à tous les crimes.

Et c’est normal. C’est la nature humaine.

Il y a ce merveilleux dicton, si juste, si véridique, de la sagesse populaire française : il faut laver son linge sale en famille.

La famille, valeur suprême. Et son linge sale. Quelle belle image.  

Le peuple a toujours raison.

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