Haïti: bonnes élections à tous

Haïti vote ce dimanche pour élire président de la République, députés et un tiers des sénateurs. Frantz Duval, rédacteur en chef du seul quotidien de l'île, Le Nouvelliste, met en garde contre une autre catastrophe, la fraude électorale.

Haïti vote ce dimanche pour élire président de la République, députés et un tiers des sénateurs. Frantz Duval, rédacteur en chef du seul quotidien de l'île, Le Nouvelliste, met en garde contre une autre catastrophe, la fraude électorale.

"Si nous étions dans un autre pays ou dans une autre année, on pourrait se lamenter que nous avons le choix entre la peste et le choléra. Le choléra, nous sommes en plein dedans, alors que la peste de la contestation du processus électoral nous pend au nez à quelques heures du scrutin.Cette année 2010 nous aura fait voir de toutes les couleurs.

Décembre 2009 était annonciateur d'un changement de cap. Qui s'en souvient ? Le plus grand paquebot au monde fait sa première escale dans un port haïtien et nous offre une image de carte postale que nous n'avions plus eue depuis des lustres. Les plus grands DJ de la planète animent des fêtes comme à Ibiza pour la jeunesse dorée dans nos boîtes de nuit et sur nos plages. Les groupes de rap et de musique compas cartonnent pour le plus grand plaisir des moins lotis par le sort.

Avec le recul, on peut dire que nous étions au paradis en 2009.

Les yeux encore bouffis par les nuits de fiesta, Haïti entre en fanfare le 1er janvier, dans une année qui s'annonce bonne. Des investisseurs sont venus, ont vu et ont pris date pour le démarrage de leurs projets. Le gouvernement s'est stabilisé après les émeutes de la faim d'avril 2008 et gère le pays dans un mélange de nonchalance et de laisser-faire qui est, ici, l'idéal pour tous les secteurs.

Tout allait bien ? Non. Tout avait un sens. L'avenir, un horizon clair.

Le séisme, dès le 12 janvier, nous a anéantis. Physiquement. Moralement. Pire, notre intelligence ne s'est pas relevée des décombres. Le gouvernement se liquéfie sous nos yeux. L'Etat disparaît. La société civile, les entrepreneurs, comme le commun des mortels, attend un miracle venu d'ailleurs.

Qui ne rêve pas de recevoir une maison parce qu'il vit sous une tente ou un pays neuf parce que celui de son enfance est cassé, déglingué, comme un bobota qui ne verra plus l'autoroute ?

Qui ne rêve pas en secret de recevoir du Père Noël un fabuleux cadeau, depuis le 12 janvier ?

Notre décente aux enfers depuis le tremblement de terre vient de cette méprise gigantesque : tous les Haïtiens croient que l'international a un devoir envers ce pays. Que le monde entier la une dette à nous rembourser pour nous avoir fait souffrir ou parce que nous souffrons.
Quelle erreur monumentale!

Les élections devraient servir de césure pour séparer l'après-12 janvier et l'avenir. Pas parce que les candidats ont enfin trouvé la baguette magique ou le programme idéal. Non. Personne ne se présente comme tel. Personne n'est vue comme tel.
L'attente est autre. Un changement de personnel, un renouvellement des ambitions, une envie de faire autrement. C'est tout ce que nous souhaitons pour commencer.

Que les élections du 28 novembre nous permettent de relancer la machine Haïti et que Dieu, les loas et les esprits de bonne volonté nous préservent d'une nouvelle aventure suite à des élections entachées d'irrégularités ou aux résultats contestés.
Bonnes élections à tous. Bonne chance à tous les candidats. Rendez-vous dans le secret des isoloirs.
Le choléra est déjà là. Ne faisons pas en sorte que la peste s'installe ici."

Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com

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