Et maintenant, faire tomber le mur

Les députés (Front de gauche) François Asensi et André Chassaigne rappellent, alors que l'Assemblée s'apprête à débattre de la reconnaissance de la Palestine, l'illégalité du mur construit sur près de 700 km par l'Etat d'Israël. Au-delà, soulignent-ils, le mur est « un outil essentiel de la politique de colonisation des territoires occupés. Il porte en lui l’immoralité de l’occupation ».

Les députés (Front de gauche) François Asensi et André Chassaigne rappellent, alors que l'Assemblée s'apprête à débattre de la reconnaissance de la Palestine, l'illégalité du mur construit sur près de 700 km par l'Etat d'Israël. Au-delà, soulignent-ils, le mur est « un outil essentiel de la politique de colonisation des territoires occupés. Il porte en lui l’immoralité de l’occupation ».

 


 


Il y a 25 ans chutait le mur de Berlin. Aujourd’hui, un autre « mur de la honte » perdure et fait fi de la force du droit comme de l’esprit de justice. Il s’agit d’un mur israélien. Un mur dont le gouvernement israélien a fait un instrument de sa stratégie d’extension de ses colonies. Un mur qui attise les tensions et entretient le cercle vicieux de la violence et de la vengeance. Un mur qui sépare dramatiquement deux peuples au destin commun et entrave toute possibilité de dialogue (voir le tracé du mur en cliquant ici).

Un premier mur de séparation avait été bâti autour de Gaza durant la première Intifada (1987-1993), lorsque l’Etat israélien avait entouré cette enclave palestinienne d’une barrière électrifiée hermétiquement close. Celle-ci lui avait permis de maintenir ses seize colonies et de contrôler la circulation des Palestiniens. Le procédé avait été transposé – sous une forme plus rigide encore – en Cisjordanie. Israël a ainsi érigé un mur de béton long de près de 700 km, qui le sépare de façon discontinue de la Cisjordanie. Décidée le 14 avril 2002 par le gouvernement dirigé par Ariel Sharon, cette « barrière de sécurité » a été construite en vue d’enrayer les infiltrations et attaques terroristes en Israël. Or, derrière l’argument sécuritaire, c’est une entreprise coloniale qui est à l’œuvre. Le tracé de ce mur redessine les frontières de 1967, avec annexion, découpage et encerclement de nombreux territoires palestiniens. On assiste ainsi à la mise en œuvre de la logique implacable du fait accompli, selon laquelle « ce qui est construit est acquis ». Le cynisme de cette logique met en cause toute coexistence de deux Etats indépendants et viables.

Il y a dix ans, dans son avis consultatif du 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye jugeait illégale l’édification de ce mur israélien. Selon la CIJ, le mur de séparation est constitutif d’une violation manifeste du droit international : non seulement il concrétise une annexion de territoires occupés, mais son emplacement ne saurait être justifié par des raisons de sécurité nationale. L’organe juridictionnel des Nations unies a souligné les divers points constitutifs de cette violation : la construction du mur a entraîné la destruction ou la réquisition de propriétés ; la construction du mur et le régime qui lui est associé entravent la liberté de circulation des habitants du territoire palestinien occupé, à l’exception des ressortissants israéliens et assimilés ; ils entravent de surcroît l’exercice par les intéressés des droits au travail, à la santé, à l’éducation et à un niveau de vie suffisant ; enfin, la construction du mur et le régime qui lui est associé induisent des changements démographiques. La conclusion de la CIJ est sans appel : « L’édification du mur qu'Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international » ; en conséquence, « Israël est dans l'obligation de réparer tous les dommages causés par la construction du mur dans le territoire palestinien occupé, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est ». Suite à cet avis et à la demande de l’Assemblée générale de l’ONU, un Bureau d’enregistrement onusien a été créé pour recevoir les plaintes (plus de 42 000 à ce jour) et prendre acte des dommages causés par la construction du mur.

Au-delà de son illégalité, le mur israélien est un outil essentiel de la politique de colonisation des territoires occupés. Il porte en lui l’immoralité de l’occupation et l’esprit colonial qui anime les dirigeants israéliens depuis 1967. Il symbolise aussi l’oppression subie par des Palestiniens pris au piège d’une prison à ciel ouvert. La mise en œuvre de la stratégie de fragmentation et de dépeçage de la Cisjordanie a transformé ce territoire en une sorte d’archipel formé d’îlots isolés les uns des autres par un mur, des colonies de peuplement, des routes de contournement et d’innombrables check-points. 

Alors que la reconnaissance de l’Etat palestinien s’impose plus que jamais à l’ordre du jour de l’agenda diplomatique international, et ce vendredi 27 novembre à l’Assemblée nationale, la poursuite de la construction du mur en Cisjordanie et autour de Jérusalem-Est apparaît pour ce qu’il est : un anachronisme animé par le rejet de l’Autre.

François Asensi, député, vice-président des groupes d’amitié France-Palestine et France-Israël
André Chassaigne, député, président du groupe Front de gauche                        

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