Coment inventer la métropole de l'après-carbone? Les propositions de Mireille Ferri, vice-présidente de la région Ile-de-France, vice-présidente de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France.

 

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pave.jpgLe projet de loi « Grand Paris » est fondé sur une triple erreur d'analyse qui lui retire d'emblée pertinence et légitimité : dans un déni de réalité savamment entretenu, il propose « du neuf » sans se soucier de « l'ancien », alors que le véritable défi est d'améliorer ce qui existe et de le prolonger pour fonder une métropole durable; il perpétue les erreurs du passé en segmentant encore davantage des territoires de plus en plus inégaux et en hyperspécialisant des clusters qui cumuleront les problèmes de vie quotidienne et de retournement cycliques de l'économie ; enfin, le gouvernement impose un projet et une méthode qui ne permettent pas de capitaliser les savoirs et les projets existants, ni d'associer les citoyens, les usagers, les acteurs économiques ou les élus territoriaux. L'expérience des autres métropoles mondiales montre pourtant que c'est un pari politico-administratif inadapté.

 

Il est urgent d'agir, mais de manière stratégique et en articulant le court et le long terme. Il s'agit aujourd'hui fondamentalement de maîtriser les flux de la mondialisation pour bâtir un « local » au service des habitants d'aujourd'hui et de demain, durablement ouvert au monde. Un projet qui pense les dynamiques économiques nouvelles sans oublier le rendez-vous avec l'histoire que nous avons à Copenhague. Dans la continuité du travail collectif réalisé pour le Schéma régional d'Aménagement d'Ile-de-France (SDRIF), il existe déjà une approche combinée, cohérente à l'échelle de la région métropolitaine de l'IDF et au-delà (Bassin parisien, « Seine-Métropole »). Des projets métropolitains s'élaborent et sont mis en œuvre (« Nouveaux quartiers urbains » par exemple). Approfondissons ces dynamiques qui dépassent les clivages politiques traditionnels au nom de ce « grand Paris » d'intérêt métropolitain, régional et national.

 

Paris Métropole réunit aujourd'hui plus d'une centaine de collectivités. Ces communes, ces départements, le conseil régional, les intercommunalités... ont choisi la voie exigeante mais responsable de la coopération. Au-delà des appartenances politiques multiples, des différences de tailles et de moyens, un accord se crée autour de l'urgence pour améliorer le quotidien et de la détermination à construire un avenir que nous savons chahuté par la crise financière et par la crise climatique. Il nous faut préserver cette base et améliorer encore son assise démocratique et ses moyens d'intervention.

 

Proposer un scénario alternatif au « Grand Paris »

 

L'appel à des équipes interdisciplinaires internationales pour définir la métropole de l'après carbone, manifestait a priori la compréhension par l'Etat du besoin d'inventer de nouveaux modèles urbains. Mais un traitement exclusivement politique et financier du dossier s'est substitué à ce débat d'idées initial. La fusion des opérateurs à La Défense, la « Société du Grand Paris » comme moyen de se réapproprier les ressources foncières espérées des opérations d'aménagement, le blocage du SDRIF voté par le Conseil régional, la création d'IDF Métropole pour concurrencer Paris Métropole composaient un prélude. Le projet de loi sur le Grand Paris, déconnecté des réalités quotidiennes autant que d'une intelligence réelle de l'avenir, confirme la disparition de toute envergure dans la vision gouvernementale. Les premiers amendements en Commission ont déjà montré que les parlementaires n'ignorent pas les limites du projet: le rappel d'une nécessaire interconnexion du « grand huit » de C. Blanc et le transfert exigé de la concertation à la Commission nationale du débat public en témoignent. Pourtant, la majorité présidentielle, de plus en plus hostile au projet de loi mais muselée par le système UMP, s'apprête à l'adopter. Espérons au moins que le Sénat pourra s'en emparer ! Ce n'est pas le moindre des paradoxes : cette institution souvent raillée pour son conservatisme comprend mieux aujourd'hui que les députés nationaux, l'intérêt de la décentralisation pour adapter les politiques structurantes aux mutations du monde !

 

Dépasser la spécialisation fonctionnelle des pouvoirs en partageant la souveraineté territoriale

 

Moderniser les systèmes institutionnels devrait avant tout répondre à la question suivante : quelles fonctions un gouvernement métropolitain régulant le global et le local doit-il remplir? Comme la liste est très longue, la recherche d'un niveau pertinent d'intervention incarné par une institution publique unique n'est pas une réponse adaptée. La création d'une Société entre les seules mains de l'Etat l'est encore moins !

Une approche par projet est plus à même de résoudre les conflits entre les différentes échelles territoriales et les territoires qui se revendiquent comme centraux ou refusent d'être relégués (la grande couronne, les territoires du Bassin parisien et de la Normandie vis-à-vis de l'IDF, les périphéries de la ville de Paris, etc.).

 

Approfondir « Paris Métropole » pour capitaliser la dynamique collective existante

 

L'enjeu est aujourd'hui celui de la rapidité de l'intervention publique, de ses moyens et de ses capacités de mobilisation de la société. Le processus d'institution de Paris Métropole s'est inscrit dans cette perspective. Saisissons l'opportunité historique de coproduire la gouvernance de la société métropolitaine naissante, malgré un contexte politiquement bloqué. Plutôt que d'inventer une nouvelle structure, ouvrons Paris Métropole en acceptant de nouvelles manières de gouverner solidairement les territoires de la métropole, plus souples et au final plus démocratiques. Elle sera ainsi le lieu où devient possible l'invention collective d'une vision de la métropole, traduite en projets concrets.

A l'opposé des démarches technocratiques qu'illustre bien la genèse de la loi du Grand Paris, Paris Métropole doit passer à un nouveau mode projet fondé sur la recherche permanente de solutions opératoires ; cela permettra d'avancer continûment, avec les acteurs économiques à l'instar du « grand Londres », avec les grands opérateurs techniques essentiels à l'aménagement stratégique territorial, avec les associations et avec les citoyens.

Quelques pistes simples peuvent être avancées : prolonger les « Conseils de développement » de la loi Voynet, associer les Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux concernés, organiser un véritable bicamérisme au sein de Paris Métropole afin de garantir un partenariat solide avec les forces-vives des territoires. Cela pourrait prendre à l'avenir la forme d'un véritable « Conseil métropolitain ». La bonne intelligence avec les acteurs économiques est en effet indispensable pour réarticuler les circuits courts de production et le réseau économique global au sein duquel nous nous situons aujourd'hui. La conversion écologique de notre économie passe par l'émergence de lieux de définition commune des stratégies économiques et de développement.

Un autre enjeu majeur est celui de l'amélioration des conditions quotidiennes de déplacement, de logement, d'accès aux services publics...Les « savoirs » citoyens sur ces questions sont fondamentaux : ouvrir Paris Métropole, c'est aussi trouver les formes amples et inventives d'associations des habitants aux grands débats et à la mise en œuvre des projets de transformation de la métropole.

Face à un activisme désordonné du gouvernement, qui commet la grave erreur de décrédibiliser l'Etat, les élus locaux se sont engagés résolument et démontrent leur responsabilité. Il nous faut passer maintenant à la construction de partenariats démocratiques encore plus ambitieux : élargissons, avec toutes les collectivités qui veulent participer à ce mouvement, consolidons mais aussi ouvrons Paris Métropole.

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