Retrouver le souffle des primaires

Pour Fatima Orsatelli, conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d'Azur, apparentée socialiste, François Hollande «serait bien inspiré de savoir rassembler (tous ceux) qui l'ont porté à la tête des espoirs de la gauche», «ceux qui ont exprimé leur envie d'une politique renouvelée».

Pour Fatima Orsatelli, conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d'Azur, apparentée socialiste, François Hollande «serait bien inspiré de savoir rassembler (tous ceux) qui l'ont porté à la tête des espoirs de la gauche», «ceux qui ont exprimé leur envie d'une politique renouvelée».


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puceinvite.jpgD'un tour à l'autre, plus de trois millions de nos concitoyens se sont déplacés pour les primaires citoyennes. Ce socle constitue une force pour le candidat sorti gagnant du scrutin. Et nous avons été nombreux à nous sentir concernés, à faire campagne, à saisir l'opportunité de porter notre voix à l'édifice, tout en exprimant l'espoir que le message soit compris au Parti socialiste.

L'avis est unanime: la campagne des primaires s'est révélée un antidote efficace à la politique décriée, celle des jeux subtils réservés aux initiés, éloignée des réalités quotidiennes de nos concitoyens qui portent un jugement sévère à l'égard des pratiques politiques.

Et tous les jours, dans l'exercice de mon mandat de conseillère régionale, je redécouvre l'appétit de nos concitoyens pour une vie publique différente. Mais, tous les jours, je suis confrontée au carcan des habitudes, aux pratiques clientélistes et communautaristes, aux mots d'ordre partisans et réducteurs. C'est ainsi, avec un regard neuf, que de l'intérieur d'une collectivité, on peut vivre au quotidien la réalité des reproches de nos concitoyens à l'égard du monde politique, ceux dont l'insatisfaction entraîne presque à coup sur la défection.

La campagne présidentielle qui s'ouvre est l'occasion de refonder la pratique politique, de transformer l'insatisfaction en engagement. Mais en quelques jours, le sentiment qui prédomine est celui d'un retour à la case «parti». Pourtant, l'enjeu de la campagne est bien de savoir comment réussir à agréger, non pas seulement des sensibilités, non pas seulement ceux qui se sont engagés aux côtés d'autres candidats que le gagnant, mais ceux qui, en participant aux primaires, ont exprimé leur envie d'une politique renouvelée. Le rassemblement doit leur permettre de se sentir entendus et compris. Le spectacle donné ces derniers jours va à l'inverse, comme le note fort justement la Conférence permanente des coordinations associatives.

Nos concitoyens appellent d'autres pratiques. Ils ont apprécié le Parti socialiste qui leur a redonné voix au chapitre. Mais de nouveau, je les entends critiques, quand l'essentiel de leur énergie est retraité par un appareil considéré comme incapable de prendre en compte les réalités qu'ils vivent.

Car l'enjeu de la campagne sera d'allier la nécessaire proximité avec les perspectives d'une réponse adaptée aux réalités de la crise, par des efforts justement répartis. Pour réussir, François Hollande sera bien inspiré de savoir rassembler sans perdre de vue la totalité de ceux, l'immense majorité des non encartés, qui l'ont porté à la tête des espoirs de la gauche. Surtout si l'on accepte de comprendre l'attitude de ces votants à la primaire comme un choix d'engagement mûrement réfléchi, dépassant leur incapacité à s'inscrire dans des courants, des clans ou des pratiques par trop partisanes. Si l'on y ajoute ceux qui sont des anciens adhérents échaudés et ceux soumis à des circonstances particulières (comment pouvoir adhérer à une fédération comme celles des Bouches-du-Rhône ?), alors François Hollande devra prendre soin d'entretenir le souffle des primaires en adressant à tous un message clair.

Reposant sur la totalité du socle du succès des primaires, il pourra entreprendre de convaincre les Français de solutions justes et nouvelles, parce que partagées largement au-delà des cénacles socialistes. Et alors seulement, nous serons nombreux à investir la maison socialiste, avec la conviction qu'elle est à même de devenir la garante de pratiques politiques profondément renouvelées où l'exemplarité se niche ailleurs que dans des textes de congrès.

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