Il y a ceux qui tuent la politique, d’autres qui la défendent

Candidats pour la France insoumise face à Manuel Valls dans la première circonscription de l’Essonne aux législatives de 2017, Farida Amrani et Ulysse Rabate qualifient l’ex-premier ministre de «fossoyeur de la politique» après sa décision de se porter candidat à la mairie de Barcelone et d’abandonner ses responsabilités en France.

Mardi 25 septembre, Manuel Valls a enfin annoncé sa candidature pour la mairie de Barcelone. Quelques minutes plus tard, il déclarait renoncer à tous ses mandats en France, dont bien entendu celui de député dans la 1ère circonscription de l’Essonne. La conséquence de cette décision est l’organisation d’un nouveau scrutin sur notre territoire dans les mois qui viennent. Cela ne le concerne plus. Nous si.

Depuis plusieurs mois, l’ancien Premier-Ministre aura savamment entretenu le suspens sur le dos des électeurs de notre circonscription, et plus largement sur celui de tous les français. Et la comédie continue. Dès demain, il fera le tour des rédactions et tentera de faire oublier l’immoralité de sa démarche. Il s’agit donc de rappeler de quoi nous parlons : après avoir fait des pieds et des mains pour conserver son siège, raté son entrée dans la majorité au pouvoir, profité durant 14 mois des avantages conséquents de son mandat de député pour préparer sa sortie, Manuel Valls fait peu de cas de la représentation nationale, mais aussi sur les exigences élémentaires de nos régimes démocratiques.

Parachuté sous étiquette socialiste il y a 18 ans à Evry, sur ce territoire populaire et ancré à gauche, il représentera la droite dure à Barcelone. Une trajectoire qui fait penser aux mercenaires de ces mauvais westerns qui tentent leur chance ailleurs après avoir brûlé la terre quelque part.

Sauf que nous sommes dans la vraie vie. Depuis un an, nous sommes revenus à nos engagements respectifs sur nos territoires, à nos mandats d’opposition à Evry et à Corbeil-Essonnes. Dans la vraie vie, l’escapade barcelonaise de Manuel Valls, permise uniquement par le temps et l’argent que lui confère son mandat depuis plusieurs mois, est indéfendable. En jouant cette comédie indécente, le député fantôme a entretenu une idée terrible : celle que la politique, ce n’est pas la vraie vie. Qu’on peut écrire sur son affiche de campagne « Toujours avec vous » mais ne pas en penser un mot, qu’on peut se prendre en photo dans le RER D qui traverse notre circonscription, mais ne s’asseoir que dans la classe business d’un vol pour Barcelone. On peut faire des pieds et des mains pour présider la mission parlementaire d’information sur l’Avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, et abandonner le navire à un mois du référendum qu’elle prépare.

En ce sens, Manuel Valls est bien un fossoyeur de la politique.

Dans notre pratique d’élu au quotidien, nous ressentons la fracture entre les citoyens et le monde politique. Nous n’oublions pas que lors du second tour des élections législatives 2017, à peine 50 % des électeurs de notre circonscription s’étaient déplacés. Manuel Valls en rajoute une couche, sans retenue ni remord. Ses derniers défenseurs, bien isolés, osent évoquer « une marque de panache », comme si la politique était une affaire personnelle qui n’engageait pas la société toute entière. 

L’élection qui vient est un événement politique majeur. Il ne s’agit pas de « rejouer le match » de 2017, aussi animé fut-il, mais de faire gagner une conception de l’engagement pour la vie publique. Cette conception nous dépasse. Elle n’est pas celle d’un camp ou d’un parti. Elle est, nous en sommes convaincus, largement partagée.

Car en face de ceux qui tuent la politique, il y a heureusement ceux qui la défendent. Nous parlons de ces élus locaux qui donnent du sens à l’engagement pour l’intérêt général à l’échelle de leur territoire. Nous pensons à ces acteurs associatifs, professionnels et bénévoles, qui chaque jour défendent la dimension collective de la vie humaine. Nous pensons à tous les citoyens qui se mêlent de la vie de la cité à leur manière : voilà la meilleure réponse au cynisme et à l’opportunisme. Voilà où nous trouvons la force de poursuivre notre engagement sur notre circonscription, dans un contexte aussi exceptionnel qu’incertain.

Pour notre part, depuis 14 mois, nous n’avons pas dévié. Sans illusions sur cet adversaire pas comme les autres, nous n’avons pas la prétention de dire que ce qui arrive aujourd’hui était prévisible. Mais nous affirmons que ce triste feuilleton s’ajoute aux arguments d’hier pour tourner enfin la page sur notre territoire.

Manuel Valls a lancé sa candidature en prenant en photo ses pieds sur le sol catalan. Il est étonnant qu’aucun observateur n’ait relevé ce lapsus : métaphore de la honte, cette image nous indique comme un miroir inversé la voie à suivre. Le scrutin qui se tiendra dans quelques mois doit être celui de la fierté retrouvée.

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