En soutien à Omar Radi, journaliste marocain emprisonné pour un tweet

Contre la censure des voix libres et pour la liberté de la presse, des centaines personnalités signent une tribune en soutien à Omar Radi, journaliste marocain placé en détention jeudi 26 décembre pour avoir publié un tweet dénonçant une décision de justice contre des membres du Hirak. La justice marocaine a décidé d’accorder la liberté provisoire au journaliste Omar Radi ce mardi 31 décembre. 

Omar Radi, un journaliste marocain de 33 ans, dort en prison depuis jeudi 26 décembre pour un tweet publié neuf mois auparavant. Nous, journalistes de tous horizons, intellectuels, penseurs, artistes et citoyens soucieux de défendre la liberté de la presse et d’opinion, tenons à lui exprimer notre soutien face à ce qu’il a toujours dénoncé : la condamnation et l’incarcération arbitraire d'activistes et de journalistes pour leur prise de position en faveur de la justice sociale et pour le respect des droits humains.

Les faits remontent au mois d’avril. À cette période, un juge de la Cour d’appel de Casablanca avait confirmé des peines allant jusqu’à 20 ans d'emprisonnement à l’encontre de 42 membres du Hirak, un mouvement de contestation sociale qui a agité le nord du Maroc en 2016 et 2017. Omar Radi avait alors dénoncé la cruauté de cette décision.

Convoqué une première fois, le 18 avril 2019, par la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ), il avait défendu son droit à l’expression libre et sa liberté d’opinion, garantis par la Constitution marocaine et les conventions internationales ratifiées par le Royaume, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Mais à l’occasion de sa seconde convocation, le 26 décembre 2019, Omar a été déféré devant le procureur d’Aïn Sebaa et le juge a alors ordonné sa poursuite sur la base de l’article 263 du Code Pénal pour outrage à magistrat, refusant par ailleurs sa demande de liberté provisoire alors même qu’elle était justifiée par son état de santé. Emprisonné juste pour un tweet contre l’injustice de la justice.

Cette affaire, qui survient seulement quatre mois après l’arrestation de la journaliste Hajar Raïssouni, met en lumière des manquements graves à la liberté de la presse et d’opinion au Maroc. Une nouvelle fois, c’est un journaliste qui couvre les sujets liés à l’injustice sociale, à la corruption et aux droits humains qui est visé. Ses enquêtes rigoureuses, saluées notamment par un prix du journalisme d’investigation IMS-AMJI, lui ont déjà valu par le passé l’hostilité des autorités marocaines. En 2017 par exemple, il avait été arrêté puis relâché par les autorités marocaines durant la préparation d’un documentaire sur les mouvements sociaux au sein de la ville d’Al Hoceïma (Hirak Rif : la mort plutôt que l’humiliation).

Au-delà de la poursuite de Omar Radi, nous voulons souligner que l’exercice de la liberté d’expression au Maroc connaît de graves restrictions. Après une année 2018 qui a vu six journalistes injustement condamnés à de la prison ferme pour leur couverture du Hirak, l’étouffement des voix les plus libres du pays se poursuit. Plusieurs procès récents pour délit d’opinion sont ainsi engagés ou ont déjà été jugés, essentiellement au pénal. Et ces lourdes pressions exercées par les autorités concernent également les libertés sur internet. Le même jour où Omar a été placé en détention, un youtubeur connu sous le nom de « Moul Kaskita » a été condamné à quatre ans de prison pour « offense au roi ». Quelques jours auparavant, un lycéen s’est vu infliger trois ans de prison pour avoir posté sur Facebook une publication reprenant la chanson du rappeur Gnawi, lui-même condamné à de la prison ferme pour une « atteinte à un corps constitué. »

Les mesures coercitives contre la liberté de la presse, et le droit d’informer se sont multipliées ces derniers mois. Les poursuites engagées contre des journalistes, des blogueurs ou de simples internautes, ainsi que le délai de latence qui s’est écoulé entre la première convocation de Omar Radi et la réactivation de la plainte nous permettent de supposer que son arrestation se situe dans le sillage d’une large campagne visant à restreindre les libertés d’expression et d’opinion des citoyens marocains.

Quand on songe que Omar Radi est désormais emprisonné pour avoir dénoncé l'absence de dignité des fonctionnaires de justice qui emprisonnent les manifestants du Hirak en se justifiant de ne faire que "exécuter les ordres" (du pouvoir ?), la justice marocaine confirme pour le moins par l'emprisonnement du journaliste l'indignité dont celui-ci l'accuse.

Selon l'article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la liberté d’opinion et d’expression ne doit connaître ni obstacle, ni frontière. C’est pourquoi l’arrestation de Omar Radi n’est pas seulement l’affaire des Marocains. Elle doit susciter l’indignation de toute personne attachée aux Droits humains les plus fondamentaux, partout dans le monde.

Initiatrices/Initiateurs :

Aida Alami, journaliste
Aziz El Yaakoubi, journaliste
Hind Meddeb, réalisatrice
Ayla Mrabet, journaliste
Rachid Zerrouki, professeur

Liste principale :

Adonis, poète
Khaled Al Khamissi, romancier égyptien
Reda Allali, artiste
Kader Attia, artiste
Claude Askolovitch, journaliste
Nabil Ayouch, cinéaste
Omar Balafrej parlementaire marocain
Etienne Balibar, philosophe
Fouad Bellamine, artiste
Faouzi Bensaidi, cinéaste
Houda Benyamina, cinéaste
Olivier Besancenot, membre du NPA
Sophie Bessis, historienne
Mahi Binebine, écrivain
Ian Brossat, adjoint à la Mairie de Paris
Barbara Cassin, philosophe
Patrick Chamoiseau, écrivain
Noam Chomsky, philosophe.
Jérôme Clément, écrivain
Alexis Corbière, député de la France Insoumise
Mireille Delmas Marty juriste, professeur au Collège de France
Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice
Nassira El Moaddem, journaliste
Éric Fassin, sociologue
Abbas Fahdel, cinéaste
Raphael Glucksmann, écrivain et député européen
Yasmine Hamdane, auteure, compositeur, interprète

Pierre Haski, journaliste, président de RSF France
Hicham Houdaifa, journaliste
Imhotep, beatmaker
Aboubakr Jamai, enseignant IAU College Aix en Provence, journaliste
Amazigh Kateb, auteur compositeur interprète
Leila Kilani, cinéaste
Driss Ksikes, écrivain
Robert Littell, écrivain
Édouard Louis, écrivain
Bachar Mar Khalifé, auteur, compositeur, interprète

Laila Marrakchi, cinéaste
Guillaume Meurice, journaliste
Youssef Mezzi, Attac
Mobydick aka Lmoutchou, rappeur
Marie-Josée Mondzain, philosophe
Olivier Mongin, écrivain
Rosa Moussaoui, journaliste
Jean-Luc Nancy, philosophe
Selim Nassib, écrivain
Oum, auteure, compositeur, interprète
Edwy Plenel, journaliste
Hajar Raissouni, journaliste
Karim Rissouli, journaliste
Ghita Skali, artiste
Leila Shahid, Ancienne Ambassadrice de Palestine
Françoise Vergès, militante féministe décoloniale, politologue
Abdellah Taïa, écrivain

Consultez ici la liste complète des signataires.

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