Les langues régionales dans la présidentielle 2017 : le moment de l’action !

L'avenir de ses langues régionales ou minoritaires n'a guère été discuté dans cette campagne . Cette question n'est pas prise en compte par Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. En revanche, Benoit Hamon et Emmanuel Macron s'engagent à faire ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

Pour les présidentielles 2017, la stratégie des « régionalistes » a été pour le moins confuse. Une candidature de Christian Le Troadec, maire de Carhaix, annoncée le 8 avril 2016, sera fort heureusement retirée le 6 mars 2017, sous prétexte qu’il est difficile de recueillir les parrainages requis. Son programme était d’ailleurs d’une extrême confusion, juxtaposant une indispensable réforme institutionnelle, carte et financement des régions, un refus des Jeux Olympiques de Paris et une politique culturelle consistant à supprimer le ministère de la Culture. Pas un mot dans ce fatras pour de quelconques actions en faveur des langues régionales ou non-territoriales… On mesure le tort qu’une telle candidature aurait causé au régionalisme et à la cause de la diversité linguistique.

Cependant, aujourd’hui on constate un profond désenchantement des régionalistes et citoyens attachés à la promotion des langues régionales. Ils ne croient pas un instant que l’actuelle campagne présidentielle puisse changer quoi que ce soit à la situation de ces langues. Plusieurs prises de position témoignent de ce désenchantement. 

David Grosclaude publie sur son blog un article significatif « Présidentielle : la der des der » ? . Certes il a raison de souligner : « Il nous faut du temps, il nous faut répartir le pouvoir, le partager, le décentraliser. C’est la seule façon de dédramatiser des élections. La bascule ne se fait pas en même temps de droite à gauche dans les états fédéraux. On peut avoir des pouvoirs régionaux qui changent, mais qui ne sont pas de la couleur du fédéral. On peut avoir des entités territoriales qui viennent jouer les contre-pouvoirs. Je ne dis que des banalités, mais elles sont oubliées. Il faut une séparation des pouvoirs et des contre-pouvoirs. Il faut du temps et de la diversité dans les lieux de décision pour traiter de problèmes aussi universels que le changement climatique, les flux démographiques par exemple ».

 Le Parti Occitan, de son côté, regrette que « ne soient pas évoquées dans cette campagne les questions liées aux langues dites régionales. La question de la diversité culturelle est trop souvent envisagée de façon négative, comme si elle représentait un danger pour les principes républicains ».

Et pourtant, dès le mois de mai 2016, le mouvement Bastir Occitanie, fondé par Guilhem Latrubesse et David Grosclaude en 2014, s’est engagé dans la campagne présidentielle en faveur d’Emmanuel Macron. 

Au moment où j’écris ces lignes, Emmanuel Macron est le seul candidat en position d’être élu qui propose des perspectives pour la prise en compte des langues et cultures régionales. Dans son Discours de Pau du 12 avril 2017, il déclare :

« En disant que la France se tient par cette langue, par sa langue, je dis aussi que cette France indivisible, elle est plurielle, elle a d’autres langues. Elle a ses belles langues régionales si importantes dans ce Béarn et que je veux reconnaître, et que nous reconnaîtrons. Elle a toutes ces langues qui de la Bretagne jusqu’à la Corse, doivent pouvoir vivre dans la République, sans en rien menacer la langue française, mais en faisant vibrer notre diversité et notre richesse ».

Cet engagement confirme ce qu’il avait déclaré en Corse, le 7 avril 2017 : « Il faut aider à ce qu’on enseigne le corse à l’école. Mais, sortons des débats théoriques de la coofficialité ! La République a une langue : le français. Cela ne doit pas changer, mais çà n’interdit pas qu’on enseigne des langues qui font partie de la culture et de la vie de chacun. L’existence de langues régionales est compatible avec l’esprit de la République et sa force ».

Certes, il est regrettable que ces engagements ne figurent pas dans son programme. Mais il nous appartient de nous saisir de cette ouverture pour avancer. Dans sa toute récente réponse à la lettre d’ELEN, Réseau Européen pour l’Égalité des Langues, Emmanuel Macron, s’engage à faire ratifier par la France la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et il précise que les moyens de l’expression des identités régionales seront accrus et l’apprentissage de la langue et de la culture locale dès l’école facilitée.

Il faut que les militants, défenseurs des langues régionales, cessent d’être obsédés par la sempiternelle revendication de la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l’Europe. Persister dans une revendication qui a d’infimes chances d’aboutir c’est s’enfermer dans le symbolique pour le plaisir de constater que le pouvoir politique en place refuse de leur donner satisfaction. 

Durant le quinquennat de François Hollande, ils ont concentré leurs efforts sur la revendication de la ratification de la Charte alors même que, depuis que la gauche a perdu la majorité au Sénat en 2014, il était impossible d’obtenir cette ratification quand bien même le pouvoir l’aurait sincèrement désiré. Le fantasme, la revendication symbolique, l’a emporté sur l’action dans l’aire du possible.

Durant ce quinquennat, une majorité a existé à l’Assemblée nationale qui aurait pu, sans difficulté majeure, imposer l’adoption d’une loi sur les langues régionales. Il est bien certain qu’une telle loi aurait pu modifier de façon importante la situation réelle des langues régionales. Il aurait été possible d’aller plus loin dans des dispositions de reconnaissance et de valorisation que les dispositions prévues par l’acte d’adhésion à la Charte de 1995. 

Alors, aujourd’hui, l’urgence est d’agir pour définir un ensemble de mesures innovantes pouvant assurer la connaissance, la valorisation et la transmission aux nouvelles générations des langues régionales. Lier la promotion de la diversité linguistique à un nouveau mode de développement, assurer la créativité culturelle et le développement économique en utilisant les ressources de la diversité. C’est possible, c’est ce qui est déjà en marche dans la société. Il faut, sans tarder, définir les mesures permettant aux instances de décision politique d’accompagner et de soutenir ce mouvement.

 

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