Billet de blog 7 juin 2013

Au fil des poches d'été (1/2)

Dans les rayons, William Boyd, Carole Zalberg, Siri Hustvedt, A.M. Homes, Olivier Adam, etc. Mediapart avait évoqué leurs romans en grand format, les voici en poche, par ordre alphabétique d'auteurs.

Christine Marcandier
Littérature
Journaliste à Mediapart
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Dans les rayons, William Boyd, Carole Zalberg, Siri Hustvedt, A.M. Homes, Olivier Adam, etc. Mediapart avait évoqué leurs romans en grand format, les voici en poche, par ordre alphabétique d'auteurs.

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Olivier Adam, Les Lisières (J'ai lu) : "Parfois, et cela se sent d’entrée, un livre est tout entier porté par une nécessité, une tension. Dès lors, il existe. Soit donc la mer, Saint-Malo, « eaux calmes et retirées, aussi lisses qu’un lac, laissant à nu des successions d’îlots pareils à des ombres ». Les villas mortes du hors saison, et une villa habitée qui se ferme pour Paul Steiner, double romanesque d’Olivier Adam. Après de longues années de vie commune, deux enfants, Sarah a rompu : « Tu n’es jamais là. Vivre avec toi c’est vivre avec un fantôme. Tu n’es jamais là. Jamais vraiment. » Et Paul regarde, entre les branches du cèdre, à quelques mètres des fenêtres, la vie sans lui, les enfants sans lui. Il n’écrit plus, et l’écriture est ce qui le fait tenir debout" (Lire ici la suite de l'article de Dominique Conil, "Les Lisières d'Olivier Adam, périphérie et noyau dur", accès réservé aux abonnés)

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William Boyd, L'Attente de l'aube (Points) : "l’espion que les lecteurs de Boyd vont aimer s’appelle Lysander Rief. Mais il n’est, au début de L’Attente, en 1913, qu’un jeune acteur anglais qui se rend à Vienne pour soigner, par la psychanalyse naissante, son anorgasmie – pas une absence de désir sexuel, mais une incapacité à le mener jusqu’au climax. Dans la salle d’attente du Dr Bensimon, il croise Hettie, incarnation de cette ville sous laquelle coule un « fleuve de sexe » et se laisse entraîner dans une passion échevelée mais aussi dans un guet-apens qui le conduit en prison. Il doit fuir Vienne, aidé par deux diplomates britanniques. L’Europe entre dans la Première Guerre mondiale et Lysander se retrouve espion malgré lui, engagé dans la traque d’un traître à la cause alliée, à la recherche d’un code secret. Et le roman hystérique roule dans le récit haletant – osons l’adjectif bondissant – qui croise intrigues historique, intime, sociale, dramatique... L’Attente de l’aube est un concentré de l’œuvre de Boyd" (Lire sur Mediapart, accès réservé aux abonnés, l'article consacré à L'Attente de l'aube — Son nom est Boyd, William Boyd — et l'entretien vidéo avec William Boyd, par Christine Marcandier & Vincent Truffy).

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Paul Fournel, Anquetil tout seul (Points) : "La bibliographie du « secrétaire définitivement provisoire » de l'Oulipo témoigne d'une sévère cyclomanie : plusieurs des nouvelles qui composent Les Athlètes dans leur tête (1988) ou Courbatures (2009), l'essai Besoin de vélo (2001), l'abécédaire amoureux Méli-Vélo (2008) ont la bicyclette pour petite reine, jusqu'à Anquetil tout seul. Solitaire, solaire, isolé, ce cycliste est unique : « Jacques Anquetil a traversé mon enfance cycliste comme une majestueuse caravelle », écrit Paul Fournel dans ce récit qui dresse un double portrait, celui du champion et celui de l'écrivain, un diptyque pour narrer une fascination. « Il était le plus beau cycliste possible. Je l'ai suivi, je l'ai admiré sans jamais chercher à le comprendre, ajoutant du mystère à son mystère. Il avait l'âme complexe, ses motivations étaient contradictoires, son élégance tranchait dans le peloton, sa vie de château sentait le parfum et la poudre. Bien plus tard, parce que mon admiration ne s'est jamais éteinte, l'idée me vint de lui tirer le portrait. Mais ce cycliste de génie aimait-il vraiment le vélo ? » Faire le portrait de Jacques Anquetil est une manière de cerner le cyclisme dans son essence : sa beauté, la fascination qu'il exerce sur le public, mais aussi, les moins admirables, les ruses, arrangements, potions magiques. Anquetil incarne les paradoxes du cyclisme." (Lire la suite de l'article sur Mediapart, accès réservé aux abonnés).

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A.M. Homes, Le Sens de la famille (Babel) : " «Etre adopté c'est être adapté, être amputé puis recousu.» Comment trouver une signification mais aussi une direction à sa vie, lorsque l'on a été adoptée, que soudain la mère biologique fait irruption, qu'une histoire, autre, s'impose :

« Le récit fragile, fragmentaire, la trame ténue, l'intrigue de ma vie se trouvent brusquement remaniés. Me voici confrontée au fossé qui sépare la sociologie de la biologie : au collier chimique de l'ADN, qui se porte tantôt comme un magnifique ornement - notre droit de naissance, notre histoire - et tantôt comme un collier étrangleur.

J'ai souvent senti la différence entre celle que j'étais au départ et celle que j'étais devenue ; les couches se superposant les unes aux autres jusqu'à me donner l'impression d'être enduite d'un mauvais vernis, comme le lambris bas de gamme d'une salle de jeux de banlieue.

(...) Depuis trente et un ans, je sais que je viens d'autre part, que j'ai d'abord été quelqu'un d'autre ».

Noël 1992. A.M. Homes apprend, de ses parents adoptifs, que sa mère biologique a entrepris des démarches pour la retrouver. Le bouleversement est absolu, il touche la femme qui s'est jusqu'ici construite sur un « sentiment d'altérité profonde, de douloureuse solitude », la fille, dans son rapport à une famille aimée, mais souffrant de silences, de non-dits (« tout ne fut que secret et sous-texte »), la future mère, l'écrivain qui voit son rapport à la fiction profondément modifié : elle qui invente des histoires s'en voit imposer une. La sienne. Elle qui avait rêvé, fantasmé sa mère — « la femme qui a hanté mon esprit, phénoménale », « reine des reines » —, doit se faire à un visage, une voix, une personnalité. Apprendre à composer avec son intimité bouleversée, comprendre, aller au-delà de la terreur première, des doutes.

« Dans mes pensées s'ouvre une faille profonde, le même refrain revient sans cesse : je ne suis pas celle que je croyais être, et je n'ai aucune idée de qui je suis ».

Le Sens de la famille suit cette histoire, sur quinze ans." (Lire la suite du Bookclub, en accès libre) (Voir ici l'article consacré au dernier roman traduit d'A.M. Homes, La Fin d'Alice et l'entretien vidéo avec l'auteur qui vient de recevoir le Woman's Prize for Fiction — accès réservé aux abonnés)

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Siri Hustvedt, Un été sans les hommes (Babel) : "Siri Hustvedt est partie d'un cliché romanesque, celui de la femme abandonnée : Boris, éminent neuroscientifique, quitte Mia après trente ans de mariage. Il a besoin d'une «pause». «La Pause était française, elle avait des cheveux châtains plats mais brillants, des seins éloquents qui étaient authentiques, pas fabriqués, d'étroites lunettes rectangulaires et une belle intelligence. Elle était jeune, bien entendu, de vingt ans plus jeune que moi». Le roman creuse et diffracte ce bien entendu, renverse le cliché, s'en amuse entre ironie et sérieux : l'humiliation, la sidération de Mia laissent peu à peu place à une renaissance, à une reconstruction et à l'analyse, fine et caustique, de nos sociétés fondées sur la «magie de l'autorité, de l'argent, du pénis»." (Lire le portrait de Siri Hustvedt — et entretien — autour d'Un été sans les hommes, accès réservé aux abonnés).

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Pierre Patrolin, La Traversée de la France à la nage (J'ai lu) : c’est la France que traverse à la nage le personnage de Pierre Patrolin. Sur plus de 700 pages, l’eau qui porte, qui coule, et, au-delà du sujet même – un Dépaysement que l’on peut rapprocher de celui de Jean-Christophe Bailly – une aventure de lecture extrême, un voyage dans les mots, les sensations, un rythme et un vocabulaire portés par cette « envie de voyager, et d’aimer nager dans l’eau ». Un livre fou, pas vraiment un roman, plutôt une expérience, un geste poétique un peu dingue...« Je n’aurais pas besoin de carte, ni d’itinéraire, je me contenterais de suivre le cours de l’eau » : la nage devient récit et fiction, le conditionnel un programme romanesque, renouvellement du récit de voyage comme du roman d’aventure ou d’initiation, les pans de phrases entre virgules épousent les mouvements de bras du nageur. Le livre de Pierre Patrolin est pour le moins insolite, à contre-courant, un objet saugrenu, d’une poésie presque arrêtée, multipliant les détails, les regards, un défi déroutant, somptueux. « Je ne sais pas ce qui me pousse à recommencer tous les jours, à reprendre l'eau tous les matins. A poursuivre une si dérisoire épopée. Une expédition sans objet, sans but plutôt. Sinon celui de ne pas abandonner. Comme l'eau justement, celle des sources et des ruisseaux, qui coule, sans jamais renoncer ». (Lire ici l'article dans Mediapart, accès réservé aux abonnés et l'article de Dominique Conil sur son dernier roman, La Montée des cendres, P.O.L. en accès libre).

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Amy Waldman, Un concours de circonstances (Points) : "Un concours de circonstances d'Amy Waldman est tout entier dans ce « what if ». Et si un musulman avait remporté le concours d’architecture du mémorial aux victimes du 11 septembre ? Et si c’était lui ? Quelques années après le 11 septembre 2001, la plaie est toujours ouverte, les familles des victimes à cran, l’Amérique divisée sur les répercussions de l’attentat, sécurité intérieure, les guerres à mener, islamophobie plus ou moins larvée. Ground Zero est l’image même de cette blessure béante. Il faut donc reconstruire. Ne pas oublier mais témoigner, par un mémorial, de la capacité de l’Amérique à dépasser l’impensable. « On ne pouvait pas se dire américain si on n’avait pas, par solidarité, regardé ses concitoyens de faire pulvériser, mais quel Américain devenait-on par la suite ? Une victime traumatisée ? Un vengeur gonflé à bloc ? Un voyeur gêné ? Paul, ainsi que beaucoup d’autres Américains, il le soupçonnait, était un peu tout ça. Le mémorial avait pour dessein de permettre l’apaisement. » Là est le rôle, culturel, social, politique, de l’architecture, « imaginer des bâtiments qui symbolisaient les valeurs de l’Amérique telles la démocratie et l’ouverture d’esprit »." (Lire le Bookclub consacré au livre, en accès libre). A paraître le 20 juin.

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Carol Zalberg, A défaut d'Amérique (Babel) : "Il est des titres, si pleins dans leur évidence, qu’ils sont en eux-mêmes une invitation impérieuse à ouvrir un livre. A défaut d’Amérique est de ceux-là, ouvrant une brèche — celle du manque — que la fiction vient tendre et tisser. Deux voix se mêlent dans le roman : celles de Fleur et de Suzan qui évoquent une même femme, Adèle, de part et d’autre de l’Atlantique et du temps. Fleur est l’arrière petite fille d’Adèle. Suzanne, la fille d’un « beau soldat yankee » qui a éperdument aimé Adèle. Adèle, aimée et perdue, finalement retrouvée par Stanley qui « voulait épouser sa belle enfin libre ». Mais « la courtisée avait décidé que non, merci, c’était tout à fait flatteur mais sans façon : elle n’avait pas envie de s’occuper du linge ou de la santé défaillante d’un autre vieux monsieur ». En deux pages, l’histoire est close, quatre personnages meurent, « interruption volontaire du conte de fées ». Pourtant Adèle ne disparaît pas tout à fait, morte et si terriblement présente : elle demeure dans les souvenirs et les interrogations identitaires de Fleur et Suzan.

L’une et l’autre se souviennent : le roman explore le passé en suivant l’histoire d’Adèle, cette femme née en Pologne, qui a survécu à l’exil et à deux guerres mondiales, cette femme qui a marqué l’histoire intime de Fleur et Suzan. L’une reconnaît avoir reçu de son arrière-grand-mère son côté « frondeur et peiné » et elle tente de se « désengluer de la transmission ». L’autre tente de digérer une rancœur tenace : Adèle est venue à Palm Beach revoir Stanley mais elle a refusé son amour, précipitant le père de Suzan vers la mort, de dépit. « On n’était pas dans un putain de film hollywoodien ».

Le ton si particulier de ce roman est donné, « mélange sucré salé », exploration de territoires intimes, d’histoires longtemps tues qui soudain se révèlent et se croisent, mais sans apitoiement ou pathos. L’ironie irrigue les jeux de miroir du roman et permet d’édifier un superbe portrait de femme(s), Adèle, centrale, solaire, en diptyque, à deux voix, mais aussi Fleur et Suzan qu’un océan sépare, qu’une même figure réunit. A travers Adèle, ce sont leurs propres failles qu’elles explorent, leurs doutes, leurs manques. Ce « défaut » qu’annonce le titre." (Lire la suite du Bookclub, en accès libre)

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